Bangladesh: Ordination de deux prêtres de l’ethnie aborigène des Khasi
Dacca, 4 février 2010 (Apic) L’ordination, le week-end dernier, de deux prêtres de l’ethnie aborigène des Khasi a été, selon Mgr Paulinus Costa, archevêque de Dacca, un «moment historique» pour l’Eglise du Bangladesh. Les aborigènes khasi, une se réjouissent de l’ordination des premiers prêtres issus de leur communauté.
«Une page nouvelle de l’histoire khasi vient de s’ouvrir. C’est une grande joie pour l’Eglise du Bangladesh d’accueillir de nouveaux prêtres issus de ce groupe ethnique», a ainsi déclaré l’archevêque lors de l’ordination de Pius Pohdueng et Valentine Bawel Talang, premiers aborigènes khasi à recevoir la prêtrise. Ils ont été ordonnés au titre des Oblats de Marie Immaculée (OMI).
La célébration s’est déroulée à Lashipur, dans l’archidiocèse de Dacca, en l’église de l’Immaculée Conception, paroisse à majorité ethnique khasi. Plus de 5’000 catholiques aborigènes et bengalis, ainsi que d’autres groupes chrétiens et croyants de différentes confessions ont assisté à la célébration, rythmée par de nombreux chants et danses khasi (1).
«Dorénavant, les khasi pourront participer à la messe dans leur propre langue, tradition et culture», s’est réjoui le Père Talang, 34 ans, approuvé par son nouveau confrère, le Père Pohdueng, qui ajoute que le fait de pouvoir échanger avec des prêtres qui les comprennent est d’une grande importance pour les Khasi». «Ils avaient honte de parler aux prêtres avec leur mauvais bengali et (…) se tenaient donc à l’écart des autres paroissiens», a-t-il souligné.
Près de 80 % des quelque 30’000 Khasi du Bangladesh se sont convertis au christianisme, les premières conversions remontant au début du XIXème siècle, essentiellement au sein des Eglises presbytérienne et catholique. On compte également quelques rares groupes baptistes, hindous et musulmans. Après s’être considérés longtemps avec suspicion, les Khasi presbytériens et catholiques ont entamé, il y a plusieurs années, un travail d’œcuménisme important et organisent désormais de nombreuses célébrations et actions communes, notamment dans le domaine social, éducatif et médical.
Le fait pour la communauté aborigène de compter désormais deux prêtres parmi les siens va bien au-delà d’une amélioration de sa participation à la vie d’Eglise. C’est également le développement et l’acculturation d’une minorité ethnique souffrant de discriminations qui sont en jeu, souligne «Eglises d’Asie», l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP).
«Les aborigènes khasi ont un grand retard dans le domaine de l’éducation et sont mal considérés socialement, explique Babli Talang, 35 ans, sœur aînée du Père Talang. Je pense que la présence des deux prêtres dans notre communauté permettra d’améliorer la situation pour l’ensemble des Khasi». Elle ajoute que de nombreux étudiants de son ethnie sont devenus des délinquants après avoir échoué aux examens. «Ils ont littéralement renoncé, sans même essayer une autre fois. Voilà pourquoi le taux d’illettrisme est si important parmi nous».
Les Khasi, terme générique regroupant plusieurs groupes tribaux, sont une ethnie de langue môn-khmer, probablement d’origine tibéto-mongole, et de type matriarcal. Issus de flux migratoires très anciens dans le nord de l’Inde où ils sont aujourd’hui encore très présents, ils sont, au Bangladesh, essentiellement regroupés dans les montagnes de la région de Sylhet. Victimes de discrimination et de mépris de la part de la société bengalie, ils vivent isolés dans les montagnes, tirant l’essentiel de leurs ressources de la forêt et surtout de la culture du bétel, dont les feuilles sont très prisées dans toute l’Asie. JB/EdA
(1) Les Khasi sont particulièrement nombreux dans l’Etat du Meghalaya, ainsi qu’en Assam. Au Bangladesh, ils font partie des ethnies minoritaires.
Aujourd’hui, le Bangladesh compte 45 groupes ethniques (Adivasis et Jumma), des populations aborigènes et tribales, soit au maximum 3 millions (sur une population totale de 150 millions). Les peuples indigènes du Bangladesh sont parmi les groupes les plus marginalisés et exclus de la société, et leurs terres – qui n’ont jamais été cadastrées -, sont convoitées. Sur les quelque 300’000 catholiques du pays, plus de 50% appartiennent aux minorités ethniques. Les relations des catholiques avec le reste de la population sont bonnes, que ce soit avec la majorité musulmane (plus de 90% de la population), avec les hindous (moins de 10%) ou avec les bouddhistes. L’islam au Bangladesh a été toujours très tolérant, même s’il existe une petite minorité extrémiste. (apic/eda/be)
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