Kenya: Des Eglises protestent contre une clause constitutionnelle sur les tribunaux islamiques

Crainte d’un stratagème pour introduire la charia dans le pays

Nairobi, 4 février 2010 (Apic) Des responsables d’Eglise du Kenya s’unissent à leurs fidèles pour dénoncer un projet de Constitution qui, selon eux, favorise les musulmans et risque de polariser le pays.

« Les chrétiens ne reviendront pas sur leur position, car c’est là notre devoir national », a déclaré le pasteur Peter Karanja, secrétaire général du Conseil national des Eglises du Kenya, le 1er février. Le pasteur Karanja s’exprimait lors d’une conférence de presse à Nairobi, durant laquelle les responsables religieux ont rendu public un communiqué mettant en garde contre une clause du projet de Constitution perçue comme un stratagème pour introduire la charia – la loi islamique – au Kenya.

« On peut penser que les chrétiens cherchent à dramatiser la situation, mais si l’on se projette dans 50 ans, dans 100 ans ou dans deux siècles, lorsque aucun de nous ne travaillera à une nouvelle Constitution, lorsque les conséquences réelles de cette décision se feront ressentir, les gens reviendront sur le passé et demanderont: ›Les chrétiens étaient-ils si naïfs qu’ils ont laissé faire?’ » a déclaré le pasteur Karanja.

Crainte de la création d’un Etat islamique

Les responsables d’Eglise ont par ailleurs accusé certains musulmans de chercher à créer un Etat islamique à l’intérieur même du Kenya au moyen d’institutions telles que des banques et des assurances conformes à la charia, un bureau des normes halal, et désormais un système judiciaire islamique représenté par les tribunaux de kadhi.

Ils souhaitent une résolution de ce problème car ils estiment qu’en définissant ce qu’est le pays, ses principes et ses valeurs, la Constitution revêt une importance primordiale.

« Il est donc extrêmement important de traiter ces questions cruciales, afin que le processus actuel de révision de la Constitution soit fructueux », a déclaré l’évêque pentecôtiste Gerry Ribarabara, qui préside le Forum constitutionnel chrétien du Kenya.

Bien que les tribunaux de kadhi soient prévus par la Constitution kenyane depuis l’indépendance du pays, des chrétiens ont lancé une procédure en justice en 2004 pour demander leur suppression.

Par ailleurs, certains musulmans accusent les responsables religieux d’hypocrisie, affirmant que les tribunaux protègeraient les droits religieux des musulmans, qui sont mis de côté par la Constitution actuelle.

« La Constitution actuelle et le projet de Constitution se fondent largement sur la common law britannique, elle-même inspirée des règles et traditions judéo-chrétiennes … La façon dont l’Etat est régi est de nature chrétienne », a affirmé Ibrahim Isaac, secrétaire général du Centre international de ressources Da’awah, au correspondant d’ENI à Nairobi le 2 février. « Pas de tribunaux de kadhi, pas de Constitution. » (apic/eni/js)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/crainte-d-un-stratageme-pour-introduire-la-charia-dans-le-pays/