Fribourg : Des conférences dans le cadre du 500e anniversaire du Chapitre de St-Nicolas

Du dernier Prévôt de la collégiale à l’actuel Prévôt de St-Nicolas

Fribourg, 5 février 2010 (Apic) Jeudi 4 février, l’historien Marius Michaud a présenté un exposé intitulé : « Le dernier Prévôt de la Collégiale de St-Nicolas : Léon Esseiva (1902-1925) ». Cette présentation, parmi de nombreuses autres, s’inscrivait dans le cadre du colloque organisé par les Archives de l’Etat de Fribourg, le Chapitre cathédral St-Nicolas et l’Université de Fribourg en vue du 500e anniversaire du Chapitre. Selon Marius Michaud, le Prévôt Esseiva représente « l’incarnation même de ce chapitre de la collégiale, avec des usages archaïques, ses antiques traditions (…) ». La parole fut également donnée à l’actuel Prévôt, l’abbé Claude Ducarroz, qui, sur le ton de l’humour, a présenté le 400e anniversaire du Chapitre, un siècle plus tôt.

Une quarantaine de personnes étaient réunies jeudi matin 4 février à la salle Rossier de l’Hôpital des Bourgeois de Fribourg pour écouter, parmi d’autres orateurs, l’historien et archiviste Marius Michaud. L’ancien responsable des archives littéraires suisses et auteur d’une thèse sur la contre-révolution dans le canton de Fribourg y a exposé la vie de Léon Esseiva (1828-1888), le dernier Prévôt de la collégiale St-Nicolas, dont le chapitre a été fondé en 1512 par le pape Jules II – le même qui a instauré la Garde Suisse Pontificale. L’édifice allait passer du rang de collégiale à cathédrale en 1924.

Issu d’une famille de bourgeois commerçants ultramontaine et anti-moderniste, Léon Esseiva est élu, par le Grand Conseil, Prévôt de la collégiale St-Nicolas, le 24 octobre 1902. (*)

Mgr Esseiva marquera la vie religieuse des dernières années de la collégiale par son enclin à l’éclat, au faste des cérémonies. Lui qui choisit « personnellement sur échantillons le tissu de ses chasubles » va multiplier les manifestations religieuses : Fête-Dieu, Immaculée Conception, etc. Malgré ce faste, quelques problèmes s’esquissent. D’une part, les germanophones dénoncent des lacunes dans les services en allemand. D’autre part, la croissance démographique de Fribourg engendre des tensions dans les délimitations des paroisses et l’arrivée à Fribourg de nombreuses congrégations religieuses amène la multiplication de chapelles et la concurrence entre les messes.

Dès 1914, le Prévôt Esseiva sera aussi l’instigateur de projets de paix, sous l’encouragement du pape Benoît XV : récolte de fonds pour les Arméniens persécutés, prières publiques, etc.

« De l’élection du curé de ville à l’érection de la cathédrale de St-Nicolas »

Marius Michaud accordera une importance particulière à la question de l’élection du curé de ville qu’il présente comme un élément déclencheur dans l’érection de la cathédrale de St-Nicolas. Cette élection était réalisée par les bourgeois de la Ville. Elle paraît anti-canonique aux yeux du prévôt Esseiva qui souhaite abolir ce droit et en faire l’affaire du Chapitre. Il soumet sa requête au nonce en 1923. A Rome, on examine les deux dossiers à la fois : l’érection de la cathédrale – les tentatives d’inscrire la collégiale au rang de cathédrale avaient déjà été nombreuses – et la nomination du curé de Ville. Pie XI conclut dans sa bulle à l’insertion de Fribourg dans le diocèse de Lausanne et Genève, à l’élévation de la collégiale au rang de cathédrale et à l’octroi d’un privilège pour l’Etat de Fribourg de nommer les chanoines ainsi que « le droit de la Bourgeoisie d’élire le curé de St-Nicolas, sur présentation de trois candidats faite par l’Evêque ». A la lecture des décisions de Rome, le Chapitre reconnaît que le passage de collégiale à cathédrale répond à l’organisation générale des diocèses, mais il regrette « la perte du caractère insigne et exempt du Chapitre ».

Cette décision ne découle pas d’un simple autoritarisme de Rome, d’autres éléments ont joué un rôle : la volonté de l’Eglise catholique-romaine à s’unir, l’accession de Mgr Besson à l’épiscopat, la création de l’Université de Fribourg, la revendication de Fribourg d’être un centre catholique international, etc.

Enfin, selon Marius Michaud, la figure du Prévôt Léon Esseiva est « l’incarnation même de ce chapitre de la collégiale, avec des usages archaïques, ses antiques traditions (…) ». Si le Prévôt n’a pas réagi face à la modification décidée par Rome, sa réaction ne reflète-t-elle pas une docilité héritée de ses études : « ›Fideliter servire’ » ?

Retour sur les festivités un siècle plus tôt

L’actuel Prévôt de St-Nicolas, l’abbé Claude Ducarroz, a commencé son exposé avant la pause de midi en ces termes : « Je me sacrifie sur l’autel de l’apéritif ». Sa conférence, menée sur le ton de l’humour, avait notamment trait à des propos culinaires. Son titre : «›Les 400 ans’ en 1912 : une fête liturgique et gastronomique ». Le Prévôt y a fait état des préparatifs de la fête en 1912. Citant la liste des invités – dont 17 paroisses – et celle des absents : l’abbé de St-Maurice est remplacé par le Prévôt de Lucerne, Mgr Segesser, qui s’adresse à Rome pour obtenir une permission et qui tergiverse sur la couleur de ses mules ; les « portés malades » sont légion ; le prêtre de Tavel n’est pas au rendez-vous, critiqué qu’il est de « mélanger les biens de sa paroisse à ses propres biens ». Seront présents à la cérémonie 220 prévôts, « tous dignes, dont certains illustres » sous une nef décorée de « verdure et d’écussons ». Durant la cérémonie, il sera fait mention de gratitude envers le conseil de paroisse pour « le chauffage et l’éclairage », ce à quoi l’abbé Ducarroz ajoute : « vu le froid qu’il y fait toujours, le chauffage n’a probablement jamais été changé ». 76 convives auront pris part au banquet, dont le menu débute par un potage royal pour n’en plus finir. La note du repas s’élève à 1220.-, dont 9.– de cigares et 15.– de vin…LCG

Encadré

La culture religieuse est liée à l’Etat

Professeur d’histoire à l’Université de Fribourg, Francis Python a également présenté un exposé intitulé « Un chanoine et curé de ville radical au milieu du XIXe siècle, Ignace Gottrau (1809-1865). Opportunisme ou contre-pouvoir ». Il y a décrit le rôle « mystérieux » d’Ignace Gottrau, issu d’un milieu populaire et fréquentant le milieu radical, en le confrontant au chanoine Jean-Pierre Aeby, né d’une famille patricienne conservatrice, proche des Jésuites. A la fin de la présentation, un participant s’est étonné de l’importance du lien entre Etat et religion à Fribourg. L’abbé Claude Ducarroz lui a indiqué que la bourgeoisie a élu le curé de ville jusqu’en 1963 : « la culture religieuse est liée à l’Etat. » Aujourd’hui encore, le Chapitre de St-Nicolas assure le lien avec les autorités civiles. Le 28 janvier, par exemple, il a été sollicité pour bénir la nouvelle patinoire de Fribourg. LCG

(*) Particularité du chapitre St-Nicolas, la nomination des prévôts et des chanoines passait par les autorités civiles. Même si actuellement ces privilèges ont été abandonnés, le Chapitre de St-Nicolas continue d’exercer son offre d’intercession et de pastorale auprès du diocèse, de la ville et du canton. (apic/lcg)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/du-dernier-prevot-de-la-collegiale-a-l-actuel-prevot-de-st-nicolas/