Pour les opposants à cette pratique, la fatwa seule n’arrêtera pas le phénomène
Nouakchott, 9 février 2010 (Apic) Une trentaine de leaders religieux mauritaniens ont lancé un décret religieux contre la pratique de l’excision. Ils ont estimé que cette pratique courante dans le pays, est «très nuisible» à la santé. «Un grand pas en avant a été franchi», a déclaré Cheikh ould Zein, secrétaire général du Forum de la pensée islamique en Mauritanie, cité par divers médias internationaux.
«Partout, tous les gens qui combattent pour la société doivent prendre cette fatwa-là pour convaincre les autres et dire que l’excision féminine n’est plus acceptée en Mauritanie», a-t-il ajouté.
Mais pour les activistes qui luttent contre les mutilations génitales féminines et les excisions (MGF/E) en Mauritanie, cette fatwa ne suffira pas à réduire la pratique, sauf si les responsables religieux relaient ce message auprès de la population. «Convaincre les gens d’arrêter prendra du temps et nécessitera un engagement des responsables religieux», a déclaré une mauritanienne citée par l’agence de presse de l’ONU, IRIN (Réseau d’information régionale intégrée). Car, a-t-elle ajouté, les MGF sont tellement répandues, les parents mutilent leurs filles en disant «comme Allah le veut».
Pour l’érudit musulman, Baba ould Mata, «les imams et les oulémas ne doivent pas se contenter de faire connaître cette fatwa dans leurs prêches». «Ils doivent sortir et aller au devant des populations, notamment dans les régions reculées où les MGF sont les plus courantes».
Une étude datant de 2007 du ministère de la Santé a montré que 72% des femmes en Mauritanie ont subi des MGF/E. C’est environ la même proportion qu’en 2001, malgré des années de campagne de sensibilisation et une loi de 2005 punissant l’excision. Ces campagnes ont néanmoins aidé les religieux à prendre leur fatwa, selon les dirigeants religieux. Les responsables religieux qui ont émis le décret se sont appuyés sur une déclaration de 2008 de médecins et de sages-femmes mauritaniens contre les MGF/E.
Déjà, en 2006, une association mauritanienne d’érudits religieux islamiques a délivré une fatwa dénonçant les MGF/E mais peu de responsables religieux avaient accepté de la signer. La déclaration de 2008 a cette fois, renforcé le mouvement, a dit à IRIN Cheikh ould Zein, érudit musulman et secrétaire général du forum.
Selon Yakhare Soumaré, responsable d’une Organisation non gouvernementale (ONG) mauritanienne dénommée «Action», la loi a eu peu d’effet sur le terrain. Elle est d’accord sur le fait que la fatwa ne peut avoir de l’influence que si des responsables religieux la soutiennent activement. «C’est la position de certains religieux qui a été jusqu’ici le plus grand obstacle à nos actions de sensibilisation», a-t-elle déploré, ajoutant que même si leurs campagnes touchaient des populations isolées, ce sont toujours les guides religieux qui ont le dernier mot». (apic/ibc/js)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse