Tout avait commencé par une attaque masquée du quotidien berlusconien «Il Giornale»

Italie: «Affaire Boffo», le pape déplore les «attaques injurieuses» de la presse italienne

Rome, 9 février 2010 (Apic) La Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège a déclaré mardi que Benoît XVI déplorait les «attaques injustes et injurieuses» de la presse italienne à l’encontre du Vatican et à son encontre au sujet de «l’affaire Boffo», qui avait défrayé la chronique en Italie à la fin de l’été 2009. Le directeur du quotidien épiscopal italien «Avvenire», Dino Boffo, avait été faussement impliqué dans une affaire de mœurs homosexuelles par le quotidien milanais «Il Giornale» et il avait finalement démissionné de son poste.

Vittorio Feltri, qui dirige un journal dont l’éditeur n’est autre que Paolo Berlusconi, le frère de Silvio Berlusconi, avait alors accusé Dino Boffo d’être impliqué dans une affaire de mœurs homosexuelles sur la base de documents judiciaires, déclenchant une vive polémique entre son journal, proche du pouvoir italien, et l’Eglise du pays.

Les faux publiés par Vittorio Feltri

Le directeur d’»Il Giornale» indiquait quelque trois mois plus tard, quasiment en catimini, que les documents en sa possession à l’époque, alors transmis par «un informateur crédible et insoupçonnable», s’étaient révélés faux. Ce qui jette une lumière crue sur une certaine conception de l’éthique professionnelle en vigueur dans le monde médiatique en Italie, notent les observateurs.

Dans une note particulièrement ferme publiée le 9 février 2010, la Secrétairerie d’Etat a également démenti les allégations apparues récemment dans la presse de la Péninsule impliquant le directeur de «L’Osservatore Romano» ainsi que la Gendarmerie vaticane et le secrétaire d’Etat lui-même dans les origines de cette affaire qui avait contraint à la démission Dino Boffo de sa charge de directeur de l’»Avvenire», le quotidien de la Conférence épiscopale italienne.

Mise en scène d’une machiavélique lutte de pouvoir au sommet de l’Eglise

Le communiqué du Saint-Siège précise ainsi que, «depuis le 23 janvier», la presse italienne surtout met en avant une machiavélique lutte de pouvoir entre le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Tarcisio Bertone, et le président de la Conférence épiscopale italienne, le cardinal Angelo Bagnasco.

Certains journaux soutiennent ainsi que le secrétaire d’Etat, par le biais du directeur de «L’Osservatore Romano», Gian Maria Vian, et par la Gendarmerie vaticane, aurait fait communiquer à «Il Giornale» – quotidien proche du gouvernement italien – un faux document judiciaire impliquant le directeur du quotidien épiscopal italien «Avvenire», Dino Boffo, dans une affaire de mœurs homosexuelles. Celui-ci a été contraint à démissionner le 3 septembre dernier. Le directeur du quotidien «Il Giornale» est ensuite, discrètement, revenu sur ses accusations.

Des allégations mensongères

Indiquant que la presse italienne souhaite «démontrer une implication dans cette affaire du directeur de ’L’Osservatore Romano’ parvenant même à insinuer la responsabilité du cardinal secrétaire d’Etat», la note officielle indique ensuite que «ces informations et ces reconstitutions des faits sont sans aucun fondement».

«Il est faux, poursuit la note, de dire que les responsables de la Gendarmerie vaticane ou le directeur de ’L’Osservatore Romano’ aient transmis des documents qui sont à l’origine de la démission du directeur de l’’Avvenire’». Gian Maria Vian, indique encore la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège, n’a pas écrit dans d’autres journaux en utilisant un pseudonyme à propos de cette affaire, ni inspiré d’articles à ce sujet.

Une «campagne de diffamation» contre le pape

La note de la Secrétairerie d’Etat évoque ensuite les argumentations et les hypothèses les plus incroyables publiées «de façon gratuite et calomnieuse» par la presse au sujet de cette affaire. Elle juge alors que ces informations «donnent lieu à une campagne de diffamation à l’encontre du Saint-Siège qui implique le pape lui-même».

«Le Saint-Père, qui a toujours été informé, déplore ces attaques injustes et injurieuses», indique ensuite le communiqué. Benoît XVI, est-il encore précisé, «renouvelle sa confiance totale à l’égard de ses collaborateurs et prie pour que ceux qui souhaitent vraiment le bien de l’Eglise fassent tout afin que la vérité et la justice soient affirmées».

Ce dernier paragraphe fait particulièrement référence aux hypothèses de la presse selon laquelle Benoît XVI n’aurait pas été complètement informé des rebondissements de «l’affaire Boffo». Ainsi, selon certains médias, la Secrétairerie d’Etat aurait choisi de ne pas faire apparaître les articles consacrés à cette affaire dans la revue de presse quotidienne préparée pour le pape. D’aucuns affirment aussi que Benoît XVI aurait chargé son secrétaire particulier, Mgr Georg Gänswein, de mener une enquête sur les origines de cette affaire.

Une «hypothèse absolument impensable»

Début février, déjà, 2 cardinaux de la curie romaine s’étaient exprimés pour réfuter toute implication du Vatican dans «l’Affaire Boffo». Le 3 février, le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques, s’était en premier élevé contre l’accusation de «conspiration» lancée par le quotidien laïc «La Repubblica» selon lequel le cardinal Tarcisio Bertone lui-même aurait déclenché l’affaire.

Il s’agit d’une «hypothèse absolument impensable», avait ainsi affirmé le haut prélat, condamnant par ailleurs vivement «ceux qui ont mis sur pied une manœuvre aussi ignoble sous couvert d’anonymat». Puis, le lendemain, le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, avait jugé «ridicule la thèse du complot entre la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège et ’L’Osservatore Romano’» ayant fait éclater «l’Affaire Boffo». Le haut prélat avait soutenu que personne au Vatican ne pensait à une implication du cardinal Tarcisio Bertone et s’en était pris, au contraire, à «un anticléricalisme» qui «attaque l’Eglise en inventant des guerres de bandes inexistantes au Saint-Siège». (apic/imedia/ami/be)

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