L’Assemblée plénière des évêques ouverte lundi à Fribourg, n’échappera pas à un débat
Berlin, 22 février 2010 (Apic) L’ampleur des scandales d’abus sexuels sur mineurs qui ont touché durant des décennies des établissements religieux a obligé l’Assemblée plénière des évêques allemands à se saisir du dossier. Surtout qu’il s’ouvre alors même que celui concernant l’Irlande est loin d’être clos, après la visite, la semaine passée, de 24 évêques irlandais à Rome.
«La Croix», sous la signature Michel Verrier à Berlin, ouvre une page, au moment où les téléphones ne cessent de sonner depuis trois semaines au cabinet d’Ursula Raue, avocate et ancienne présidente de l’association «Innocence en danger». Mandatée par les jésuites comme médiatrice auprès des victimes d’agressions sexuelles dans les collèges de cet ordre religieux, elle a déjà recueilli 120 témoignages, poignants. Les méfaits remontent aux années 1970 et 1980. Une douzaine d’auteurs, dont deux femmes, sont évoqués dans les récits rassemblés jusqu’ici.
L’auteur rappelle que l’avalanche a été déclenchée fin janvier par la lettre ouverte du P. Klaus Mertes, recteur du collège jésuite Canisius de Berlin, adressée à 600 anciens élèves, qui évoquait les confidences personnelles accumulées ces dernières années. Il présentait ses excuses aux victimes pour «ces blessures profondes que les abus sexuels infligent à des jeunes dont la vie est noircie, brisée pour des décennies».
Depuis, les témoignages parvenus sur le bureau d’Ursula Raue visent aussi d’autres collèges de jésuites, à Hambourg, à Bonn, ou à Saint-Blasien, mais aussi d’autres établissements religieux – orphelinats, internats ou maisons pour handicapés – relevant des franciscains, des maristes et d’autres.
Dimanche 21 février, dans les colonnes de l’hebdomadaire Der Spiegel, cité par «La Croix», la ministre de la justice Sabine Leutheusser-Schnarrenberger a demandé «des décisions concrètes de l’Église catholique en ce qui concerne les mesures à prendre, pour que toute la lumière soit faite», proposant aussi la mise en place de médiateurs et la constitution d’»une table ronde rassemblant les représentants des victimes, les institutions politiques et les Églises afin d’envisager entre autres les réparations indispensables».
Au sein de l’Église catholique, la demande est la même. Le président du comité central des catholiques allemands (ZdK), Aloïs Glück, soulignait déjà au lendemain des révélations concernant le collège Canisius que «la transparence devait être de règle, si douloureuse soit-elle». Il mettait en revanche en garde contre tout amalgame «mettant en cause l’œuvre éducative de l’Église catholique et l’investissement de dizaines de milliers d’éducateurs».
Aujourd’hui, même si les crimes sont prescrits, le scandale atteint toute l’Église catholique par ricochet. Il interpelle la Conférence des évêques allemands, dont l’Assemblée plénière s’est ouverte lundi matin à Fribourg, dans le sud de l’Allemagne. Son président, Mgr Robert Zollitsch, n’a pas voulu réagir avant de consulter l’ensemble de ses pairs.
Mais les témoignages qui s’accumulent mettent en question les décisions prises par la Conférence épiscopale en septembre 2002 pour lutter contre les abus sexuels. En effet, selon ses règles, la responsabilité première de l’enquête et de la vérification des faits relève de responsables désignés dans les diocèses. À charge pour eux de prendre contact ensuite avec la justice et la police.
Selon l’auteur de l’article paru dans «La Croix», le drame de Canisius montre les dangers du système. «Si les autorités religieuses avaient directement prévenu la police dès la première alerte, tant de victimes auraient ensuite été épargnées», souligne Ursula Raue. (apic/cx/mv/pr)
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