Les forces de sécurité spectatrices et passives
Mossoul, 22 février 2010 (Apic) La vague d’assassinats de commerçants et d’étudiants chrétiens se poursuit dans la ville de Mossoul, au nord de l’Irak. Depuis le 13 février, en une semaine, cinq chrétiens ont été assassinés dans cette métropole irakienne située à 375 km au nord de Bagdad. La dernière victime est un commerçant syro-orthodoxe de 57 ans. Le cadavre criblé de balles d’Adnan al Dahan été découvert samedi à Al-Belladiyat, dans le secteur nord de la ville. Il avait été enlevé il y a une semaine devant son épicerie du quartier d’Al-Habda, dans le nord de Mossoul.
En janvier dernier, plusieurs commerçants chrétiens avaient déjà été la cible des bandes armées. Mardi dernier, la police avait retrouvé le cadavre criblé de balles de Georges Wissam, un étudiant assyrien de 20 ans, dans le quartier de Wadi Al-ayn. Le jeune homme, qui se préparait à devenir enseignant, avait disparu aux premières heures de la matinée alors qu’il se rendait à ses cours. Cette poursuite des assassinats ciblés crée un vent de panique parmi la minorité chrétienne qui n’a pas encore fui la ville, enjeu d’une lutte de pouvoir entre militants arabes sunnites et milices kurdes avant les élections générales prévues pour le 7 mars prochain.
Adnan al Dahan a été tué de plusieurs balles dans la tête. Sa famille n’avait pas signalé son enlèvement, car elle s’attendait à une demande de rançon et ne voulait pas gêner d’éventuelles tractations.
Fin 2008, une campagne d’assassinats systématique et de violences visant des objectifs chrétiens avait causé la mort d’une quarantaine de chrétiens, provoquant en quelques semaines la fuite de près de 15’000 chrétiens de la ville. Les chrétiens de Mossoul se plaignent de ne pas être protégés par les forces de sécurité irakiennes.
Certaines sources, sous couvert de l’anonymat, parlent d’un plan concerté pour faire fuir les chrétiens d’une zone que se disputent fondamentalistes sunnites arabes et militants kurdes. La minorité chrétienne serait en fait une «victime collatérale» de cette lutte pour le pouvoir.
«Mossoul est devenu un vrai cimetière pour les chrétiens, c’est terrible», a déclaré un prêtre vivant en ville. Les chrétiens de Mossoul vivent dans l’angoisse et la peur, et ceux qui restent à Mossoul cherchent à partir à l’étranger pour protéger leurs enfants a-t-il déclaré sous couvert d’anonymat. Et de déplorer l’inaction des forces de sécurité qui ne font rien pour empêcher les meurtriers et les laissent agir en toute impunité. «Les familles chrétiennes, terrorisées, se demandent qui sera le prochain sur la liste… Des forces occultes mènent une politique d’épuration ethnique visant la disparition des chrétiens», lâche-t-il.
Le nouvel archevêque chaldéen de Mossoul, Mgr Emil Shimoun Nona, a déclaré vendredi à l’œuvre d’entraide catholique internationale «Aide à l’Eglise en Détresse» que si cela continuait ainsi, «bientôt tous les chrétiens auront quitté Mossoul». (apic/kna/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/les-forces-de-securite-spectatrices-et-passives/