Moldavie: Rencontre des Conférences épiscopales des pays de l’Europe du Sud-Est
Saint-Gall, 23 février 2010 (Apic) Les présidents des Conférences épiscopales des pays d’Europe du Sud-Est se retrouvent à Chisinau, en République de Moldavie, du 25 au 28 février 2010 sur le thème «Droits et devoirs des minorités catholiques dans les pays de l’Europe du Sud-Est». Cette 10e rencontre se tiendra cette année au siège de l’unique diocèse de ce pays en grande majorité orthodoxe, à l’invitation de l’évêque catholique du lieu, Mgr Anton Cosa.
Neuf Conférences épiscopales sont présentes à cette réunion: Albanie, Bosnie et Herzégovine, Bulgarie, Chypre, Grèce, Moldavie, Roumanie, la Conférence épiscopale internationale Sts. Cyrille et Méthode (Serbie et Monténégro – Macédoine) et la Turquie. A cette rencontre participeront également le cardinal Péter Erdö, archevêque d’Esztergom-Budapest et président du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), Mgr Francisco-Javier Lozano, nonce apostolique en Roumanie et en République de Moldavie, et Mgr Aldo Giordano, observateur permanent du Saint-Siège auprès du Conseil de l’Europe.
Après son Assemblée plénière qui s’est tenue à Paris du 1er au 4 octobre dernier, le CCEE revient sur la question des rapports entre l’Eglise et l’Etat dans le contexte particulier des pays où l’Eglise catholique est minoritaire, en particulier ceux de l’Europe du Sud-Est. «Au cours de cette rencontre, nous allons analyser la situation particulière de l’Eglise catholique dans les pays où nous sommes minoritaires, non seulement pour parler des droits qui nous sont dus au même titre que n’importe quelle institution reconnue au niveau local, mais aussi et surtout pour réfléchir sur la contribution spécifique que les catholiques peuvent et doivent apporter au bien commun dans nos sociétés», estime ainsi le cardinal Vinko Puljic, archevêque de Sarajevo et président de la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine.
«En particulier, poursuit-il, les changements rapides en cours dans nos sociétés, déjà durement éprouvées dans le passé par les guerres, les privations et par différentes formes de totalitarisme, sont aujourd’hui exposées à un processus de sécularisation incontrôlé qui, bien que différant d’un Etat à l’autre, présente des points communs. Par exemple, les familles doivent faire face aujourd’hui dans nos pays à de nouveaux problèmes, beaucoup moins fréquents autrefois, tels que le chômage, l’émigration, l’alcoolisme, la drogue et l’avortement. Dans ce contexte, l’Eglise catholique est appelée à défendre les valeurs traditionnelles de nos peuples, à les promouvoir et à les renforcer».
Un deuxième aspect de cette rencontre est celui des visites dans différentes réalités ecclésiales qui animent la société moldave et contribuent au bien commun. Les participants visiteront en particulier la Maison de la Providence, centre social pastoral du diocèse de Chisinau, qui gère une cantine pour les plus démunis où sont distribués 100 repas par jour, une école maternelle, et une maison d’accueil pour étudiants universitaires. Ils se rendront ensuite dans la paroisse de Stauceni, située dans les environs de la capitale, qui gère une école maternelle et une maison d’accueil pour les pauvres, ainsi qu’au Cénacle «Regina Pacis», un centre d’accueil pour les enfants des rues qui ont entamé un parcours de foi. Ce centre s’occupe entre autres de l’accueil et de la réinsertion sociale des victimes du trafic d’êtres humains, de l’aide matérielle et juridique aux familles les plus défavorisées. JB/Com
L’Eglise catholique est officiellement présente depuis 1993 en Moldavie, un pays très majoritairement orthodoxe, mais qui compte également des minorités de catholiques romains, de «Vieux-croyants», de juifs, de pentecôtistes, de musulmans et d’autres. Elle a un évêque depuis l’an 2000 et constitue aujourd’hui un diocèse au service du peuple moldave, un peuple qui a une forte tradition chrétienne. Les catholiques de Moldavie représentent environ 1% de la population. Outre les activités pastorales de ses 17 paroisses réparties sur tout le territoire, où travaillent des prêtres et des religieux issus de différents pays, elle exerce une «pastorale de rue» quotidienne, faite de disponibilité envers les plus démunis, et de services d’aide sociale.
Cette pastorale efficace conduit nombre de Moldaves à reconnaître l’impact de l’Eglise catholique et son esprit missionnaire. Son but n’est cependant pas le prosélytisme, mais le dialogue interreligieux, la connaissance mutuelle, le partage des programmes pastoraux, et surtout l’amitié, point de départ de toute avancée œcuménique. Quelques chiffres: sur une population de 4 millions d’habitants (pour un territoire équivalent à celui de la Belgique), les fidèles catholiques sont au nombre d’environ 20’000. Ils sont accompagnés par 18 prêtres diocésains et 16 prêtres religieux. Par ailleurs 42 religieux et religieuses (2 hommes et 40 femmes) vivent dans le pays. Le séminaire accueille actuellement 5 séminaristes. JB/Com
Commentant, pour l’agence de presse catholique italienne SIR, la situation politique en Moldavie après troubles sanglants consécutifs aux élections contestées, Mgr Anton Cosa estime que ce qui s’est passé en avril dernier en Moldavie «marque un tournant dans le pays». Les dernières élections ont vu un recul du parti communiste: tout en demeurant le premier parti du pays, il n’est plus majoritaire face aux quatre autres partis qui étaient auparavant dans l’opposition et qui sont maintenant au pouvoir.
«Malheureusement la stabilité n’est pas encore assurée, car le parlement n’a pas réussi à élire le président de la République, dont le poste est vacant depuis près d’un an. De nouvelles élections doivent se tenir à l’automne. Le gouvernement actuel a annoncé clairement son intention d’adhérer à l’Europe, en cherchant auprès de l’Union européenne un allié puissant, mais il faut tenir compte aussi des liens historiques avec la Russie, qui demeure un point de référence pour la population».
L’évêque de Chisinau s’inquiète également de la pauvreté qui accable le pays. «La Moldavie traverse une période de crise comme la plupart des pays d’Europe, même si c’est un pays de référence pour les délocalisations et les investissements à l’étranger de différents pays européens, à commencer par l’Italie. Le ministère de l’économie moldave a fait savoir dernièrement qu’une légère reprise est en cours. Il est certain que l’économie locale est soutenue par les transferts d’argent des émigrés — un quart de la population se trouve à l’étranger — réinvestis principalement dans les secteurs agricole et immobilier et dans la petite industrie, qui dopent le produit intérieur brut».
Mais cela n’est pas suffisant pour relever le seuil de pauvreté, poursuit Mgr Anton Cosa: aujourd’hui encore, un quart de la population vit dans des conditions de grave malaise social. L’émigration représente un objectif pour la population, et les pays les plus recherchés sont la Russie et l’Italie.
Au cours de l’année 2009, l’ambassade d’Italie à Chisinau a délivré 25’000 visas à des citoyens moldaves. Le principal motif de cette émigration est la crainte de la pauvreté, le salaire moyen s’élevant à 182 euros par mois. La pauvreté sociale affecte tout spécialement les jeunes dont les mères sont parties travailler en Italie comme aides ménagères, et qui deviennent en quelque sorte des orphelins sociaux: «chaque aide ménagère ou auxiliaire de vie en Italie est une mère absente dans sa famille en Moldavie». Il faut souligner que 68% des émigrés sont des femmes. Une autre catégorie sociale durement touchée par la pauvreté est celle des personnes âgées, considérées comme appartenant au passé et livrées à elles-mêmes. «C’est pourquoi l’Eglise catholique en Moldavie est très présente dans ces secteurs de l’aide sociale».
«Ce trafic, en particulier pour des motifs sexuels, représente une grande souffrance pour notre beau pays qui a vu nombre de jeunes filles victimes de bandes criminelles, vendues au rabais sur les routes d’Europe par des hommes sans scrupules. L’Eglise catholique en Moldavie s’est mobilisée contre la traite. A ce propos, il faut citer en particulier les initiatives méritoires de la Fondation Regina Pacis qui descend dans la rue, va parler aux hommes politiques et aux étudiants, ramène de nombreux jeunes dans leur famille et les oriente vers un emploi. Ce phénomène est en nette diminution, grâce notamment à une intense pastorale de rue».
«Je voudrais lancer un appel à l’Europe, insiste Mgr Cosa: n’attendons pas que ces jeunes filles deviennent des victimes au bord des routes pour nous souvenir de leur existence. Allons à leur rencontre en Moldavie pour leur donner l’espérance qui ne meurt jamais. La diminution du phénomène de la traite des êtres humains a été suivie d’une augmentation du tourisme sexuel, qui fait de la Moldavie la destination de personnages qui utilisent les femmes comme une marchandise. Aujourd’hui l’Eglise catholique travaille beaucoup sur le concept de la dignité de la femme et sur la réévaluation de sa féminité comme valeur».
«Aujourd’hui les Moldaves veulent étendre leurs connaissances et leurs relations, sortir du cadre étroit d’un pays qui a vécu trop longtemps dans l’orbite de l’Union Soviétique, connaître l’Europe et comprendre le rôle joué par l’Eglise dans les différents parcours d’européanisation. Les Moldaves veulent connaître l’Evangile et sont demandeurs d’une catéchèse et d’un dialogue avec des prêtres bien préparés; ils veulent des patronages pour que leurs enfants ne soient pas dans la rue, mais dans un milieu protégé; ils veulent des actions caritatives qui leur donne du pain et une espérance; ils veulent des écoles maternelles avec un projet éducatif et des méthodes éducatives nouvelles; ils veulent des certitudes et savent que l’Eglise catholique peut les leur donner, grâce au travail inlassable de ses prêtres et de ses religieux, sans leur demander de renoncer à leur credo orthodoxe», poursuit l’évêque catholique de Chisinau.
En Moldavie, les catholiques représentent environ 1% de la population. L’Eglise catholique en Moldavie est donc minoritaire. «Mais être une minorité est une grande force et un don de Dieu, car cela nous apprend l’humilité et nous fait comprendre que l’efficacité de notre action pastorale dépend de notre crédibilité personnelle. Ceux qui approchent l’Eglise catholique, et qui choisissent parfois d’en faire partie, le font pour la nouveauté de son message, pour le caractère concret de son engagement, pour sa cohérence qui se conjugue bien avec les choix évangéliques. Il arrive souvent que nous soyons remarqués pour nos choix de vie et notre engagement, et le fait d’être différent, fruit du sacrifice et de la cohérence, fait de notre Eglise minoritaire un ’grain qui meurt’ pour donner du fruit».
«Actuellement, la Moldavie n’est qu’un pays proche, à la frontière entre l’Union européenne et l’ancien bloc soviétique. Le chemin vers une éventuelle entrée est encore long et demande que soient résolus un certain nombre de problèmes internes sur lesquels l’Union européenne a beaucoup insisté: le statut de la région séparatiste de Transnistrie, les phénomènes de corruption et d’émigration clandestine, la définition des frontières avec la Roumanie et l’Ukraine, la certitude du droit».
L’évêque de Chisinau reconnaît qu’il s’agit de problèmes très délicats qu’un pays qui veut faire partie de l’Europe doit résoudre en faisant des choix bien précis. Les Moldaves voudraient être libres de se déplacer en Europe, mais pour le moment ils sont soumis au régime des visas, même si un accord de facilitation a déjà été signé. L’entrée en Europe doit être préparée, notamment en éliminant les nombreuses poches de pauvreté et en résolvant un certain nombre de problèmes concrets au bénéfice de la population.
«De l’Europe, les Moldaves attendent des valeurs telle que la défense de la famille, le respect de la vie, la démocratisation de la vie politique et le respect de la dignité humaine. Il ne suffit pas d’injecter de l’argent, sur lequel un contrôle doit d’ailleurs être exercé; il faut aussi faire des choix politiques et sociaux concrets dignes d’un pays qui se veut démocratique». (apic/ccee/sir/be)
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