Irak: Nouvel appel au secours de l’archevêque chaldéen, Mgr Emil Shimoun Nona

Des centaines de familles chrétiennes ont fui Mossoul ce mercredi

Mossoul, 25 février 2010 (Apic) Après une vague d’assassinats et de menaces, «des centaines de familles chrétiennes» ont fui Mossoul, métropole du Nord de l’Irak, mercredi 24 février, a déclaré l’archevêque chaldéen de la ville, Mgr Emil Shimoun Nona. «Nous devons faire face à une véritable urgence humanitaire, les gens ont tout quitté, laissant leur maison derrière eux, leurs biens, leurs activités commerciales…», a lancé le prélat, interrogé jeudi par l’agence de presse catholique italienne AsiaNews.

Parlant d’un «calvaire sans fin», Mgr Nona souligne que l’archidiocèse tente d’aider les réfugiés en leur fournissant des biens de base, mais «la situation est dramatique». L’archevêque, dont le prédécesseur – Mgr Paulos Faraj Rahho avait été enlevé par des hommes armés le 29 février 2008 avant d’être retrouvé mort deux semaines plus tard – va se rendre prochainement à Bagdad pour tenter d’obtenir une réaction et l’intervention du gouvernement central de l’Irak. Une lettre a été adressée au Premier ministre Nuri el Maliki pour attirer l’attention sur ce drame et demander que les forces de sécurité agissent enfin à Mossoul.

Mgr Louis Sako, archevêque de Kirkouk, annonce pour ces prochains jours une manifestation et un jeûne pour attirer l’attention de l’opinion publique internationale sur le «massacre des chrétiens d’Irak» et tenter de faire cesser la violence dans le pays.

L’archevêque chaldéen de Mossoul se dit très préoccupé par le sort de tant de familles qui ont dû fuir la ville, face au changement de méthode des terroristes et des bandes armées qui n’hésitent plus à forcer les portes pour assassiner les gens à l’intérieur des maisons privées. «Dans le passé, nous disions aux chrétiens de rester enfermés chez eux, mais désormais ils se font attaquer jusque chez eux». Ainsi, le 23 février dernier, un commando est entré dans la maison d’Aishwa Marosi, un syriaque catholique de 59 ans, et l’ont abattu ainsi que deux de ses fils. Son épouse et sa fille ont assisté à cet odieux assassinat mais ont été épargnées par les tueurs. En moins de dix jours, ce triple assassinat porte à huit le nombre de chrétiens mis à mort par des inconnus qui peuvent agir sans crainte de poursuites par la police irakienne, plus que passive face à ces attentats ciblés.

Mgr Nona exprime la crainte que la ville de Mossoul soit totalement vidée de ses habitants chrétiens, qui vont chercher refuge dans la Plaine de Ninive et dans d’autres régions considérées comme plus sûres. Les gens ayant fui sans rien emporter avec eux, a poursuivi l’archevêque chaldéen, «le danger d’une crise humanitaire est très concret».

Maintenir la présence chrétienne à Mossoul est devenu très difficile, admet Mgr Nona, et il est probable qu’aucun chrétien n’ira voter lors des élections générales prévues en Irak pour le 7 mars prochain. Confiner la présence chrétienne dans la Plaine de Ninive, les chrétiens étant victimes d’un conflit de pouvoir entre arabes sunnites et kurdes pour la contrôle de la région de Mossoul, semble devenir une réalité de plus en plus concrète, même si les responsables des Eglises chrétiennes en Irak se sont toujours opposés à cette «ghettoïsation». D’autres part, relèvent les observateurs sur place, il serait trop facile de rejeter cette vague de violences sur un mythique réseau d’Al-Qaïda; il faut plutôt chercher les coupables dans les partis en lutte – sunnites, kurdes, chiites – qui vont provoquer une escalade croissante de la violence jusqu’aux élections du 7 mars.

Le projet de faire de l’Irak un pays de citoyens, nonobstant les appartenances religieuses, ethniques, tribales ou politiques, a largement échoué. «Il n’existe pas un Etat, une patrie – relève Mgr Louis Sako – et les divisions sectaires sont un fait évident. Les chrétiens ne sont pas intéressés aux jeux de pouvoir, à l’hégémonie économique, mais à la création d’un Etat dans lequel les diverses ethnies pourront cohabiter de manière pacifique». Mais pour atteindre cet objectif, insiste-t-il, il faudrait commencer en premier lieu par l’unité de la communauté chrétienne et des sommets de l’Eglise. Cette dernière doit faire de l’unité un point fort à la table des négociations avec le gouvernement central et les forces politiques du pays». JB/AsiaNews

Encadré

Bagdad annonce la formation d’une commission d’enquête

Après la vague d’assassinat contre les chrétiens de Mossoul – huit en une dizaine de jours – le gouvernement irakien a finalement annoncé jeudi la création d’une commission d’enquête. Bagdad a promis que le gouvernement agirait fermement pour punir les auteurs de ces tueries. «Le gouvernement condamne les atteintes portées aux chrétiens, une des composantes de notre peuple, et décide de former une commission d’enquête», a annoncé son porte-parole Ali al-Dabbagh. Il a promis d’interroger les responsables des points de contrôle près desquels ces attaques ont eu lieu, car les tueurs peuvent commettre leur forfait sans provoquer la réaction des forces de sécurité, qui restent étrangement passives face à ces attaques. Mercredi, le pape Benoît XVI avait exprimé sa «profonde douleur» suite à ces nouveaux assassinats. (apic/asian/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/des-centaines-de-familles-chretiennes-ont-fui-mossoul-ce-mercredi/