Une prison aux murs écroulés, des prisonniers oubliés par l’administration de la justice

Congo RDC: Des «détenus volontaires» à la prison centrale d’Inongo

Kinshasa, 5 mars 2010 (Apic) La prison centrale d’Inongo, dans la province du Bandundu (*), à l’ouest de la République démocratique du Congo (RDC), voisine de Kinshasa et du Bas-Congo, est emblématique de la situation anarchique et la gabegie dans lesquelles se trouve le pays. Cet établissement pénitentiaire héberge en effet des «détenus volontaires». Les visiteurs qui atterrissent pour la première fois dans cette cité lacustre au bord du lac May-Ndombe en sont carrément effarés, rapporte l’agence de presse catholique congolaise DIA à Kinshasa.

Dans la prison centrale d’Inongo – et en dehors de celle-ci! -, les détenus sont libres de tout mouvement et purgent leur peine simplement de leur propre volonté, souligne DIA (cf. www.dia-afrique.org). Une mission de la société civile venue de Kinshasa a été très surprise de son premier contact avec les prisonniers dans la rue, à côté de l’établissement, qui héberge actuellement une cinquantaine de «détenus». La sortie n’est pas interdite car l’établissement est semi-ouvert: le bâtiment se trouve en effet dans un état de délabrement très avancé.

Cet établissement pénitentiaire, qui existe depuis 1923, ne détient plus des prisonniers contre leur gré, car les murs du bâtiment se sont écroulés au fil des années. Deux cachots de deux mètres sur deux, préservés par miracle, servent à garder des nouveaux venus.

Aucun soutien gouvernemental depuis plus de dix ans

«L’établissement pénitentiaire d’Inongo ne bénéficie d’aucun soutien gouvernemental depuis plus de dix ans», déclare son directeur Jean-René Boyamba qui en a référé plusieurs fois à sa hiérarchie sans résultat probant. Toutefois, tient à préciser le directeur, «les détenus sont conscientisés et moralisés trois fois par semaine par le responsable de l’établissement pénitentiaire». Ce dernier affirme le faire pour garder les prisonniers en confiance et pour que ceux-ci acceptent de garder leur statut de prisonniers jusqu’à leur libération.

Ces prisonniers circulent librement dans la cité d’Inongo et exercent des activités manuelles. Pour leur survie, certains d’entre eux entretiennent des plantes potagères à l’entrée de cet établissement, mais ils peinent à trouver des outils pour travailler la terre. D’autres vont en forêt, toute proche. Pour y trouver le nécessaire à leurs besoin: du bois ou des fruits.

Intégrés au sein de la société, les prisonniers d’Inongo sortent le matin et rentrent le soir. Interrogés par l’équipe venue de Kinshasa, ils ont déclaré ne pas vouloir s’échapper puisqu’ils n’ont pas de documents de mise en liberté délivrés par la justice. Selon la population, questionnée sur le problème des prisonniers évoluant librement en ville, «ces personnes ne commettent pas des actes de récidive pour lesquels ils ont été arrêtés. Et ils ne constituent pas de danger pour la population locale.»

Des prisonniers libérables depuis des années oubliés par la justice

De fait, la mission d’inspection de la société civile a rencontré par exemple un prisonnier «oublié par la justice». Officiellement, condamné pour cinq ans, il en déjà à sa septième année de détention. Il a supplié la délégation de Kinshasa d’intercéder en sa faveur pour que les autorités judiciaires se souviennent de son cas afin d’être libéré et de regagner son village.

Des détenus de moins de cinq ans qui purgent leurs peines pour avoir commis des délits mineurs attendent aussi avec impatience leur libération à l’expiation de leur peine. Un cas relevant plus du social que du pénal a néanmoins amené l’établissement à détenir un couple qui a assassiné son bébé né hydrocéphale. Le couple continue sa vie de foyer en prison car il a un local à eux et vaque à ses occupations dans la cité. La mère infanticide est la seule prisonnière d’Inongo.

Pas de repas ni de lits pour les détenus

Dans l’attente d’une amélioration, le directeur de l’établissement pénitentiaire d’Inongo déplore que sa prison n’offre pas de repas aux détenus, ni de lit. Les pensionnaires de cette prison dorment à même le sol. Les rares visiteurs venus de l’extérieur de la cité d’Inongo qui apportent à manger ou viennent soutenir des détenus sont rançonnés à l’entrée par la police commise à la garde.

Quand les prisonniers sont rentrés, ils refusent l’accès «par pur esprit de vexation», note la délégation. Le directeur de prison a relevé que seul les cas déclarés malades sont pris en charge et sont acheminés à l’hôpital général de référence d’Inongo, soit par un ordre du procureur ou du directeur de prisons. (cf. www.dia-afrique.org)

(*) La province du Bandundu en République démocratique du Congo. Elle est la principale localité située sur le lac Mai-Ndombe. Elle fut l’un des principaux centres d’exploitation du caoutchouc sous l’État indépendant du Congo en faisant partie du Domaine de la Couronne, domaine privé du roi Léopold II de Belgique. (apic/dia/be)

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