Un dialogue à venir le 20 mars dans un climat tendu fait de critiques des lefebvristes
Rome, 18 mars 2010 (Apic) Pour la 3e fois depuis sa création, la commission de dialogue doctrinal entre l’Eglise catholique et les Lefebvristes se réunira à huis clos au Vatican dans la matinée du 20 mars 2010, indique I.Media.
Cette nouvelle rencontre, après celles du 26 octobre 2009 et du 18 janvier 2010, intervient alors que la Fraternité Saint-Pie X vient de publier plusieurs prises de position négatives à l’encontre de Benoît XVI, de Jean Paul II et de l’épiscopat français.
Plusieurs voix, à Rome, notamment, font état des réelles difficultés d’établir un véritable dialogue face à «l’immobilisme» des positions de la délégation de la Fraternité Saint-Pie X et que, depuis la France en particulier, parviennent des signaux défavorables des membres de cette même fraternité.
Ainsi, dans un communiqué assez inhabituel publié début mars, l’abbé Régis de Cacqueray, supérieur du district de France de la Fraternité Saint-Pie X, s’en est pris aux évêques de l’hexagone. Il a accusé «un grand nombre d’évêques français» de «noyer le catholicisme dans une cohabitation avec les autres religions», leur reprochant en revanche de se taire «quand le Christ est attaqué». Si les évêques de France ferment leurs églises aux traditionalistes, a encore déploré l’abbé de Cacqueray, a contrario «ils concélèbrent avec des pasteurs, ils diplôment les imams et font prêcher les rabbins dans leurs cathédrales».
Deux jours plus tard, l’un des prêtres envoyés par la Fraternité Saint-Pie X pour participer aux discussions avec Rome, le Français Patrick de La Rocque, a évoqué pour sa part les «graves interrogations» soulevées par le pontificat de Jean Paul II. Il a particulièrement reproché au pape polonais d’avoir considéré «le Coran comme Parole de Dieu» ou d’avoir «activement» participé «à des cultes animistes dans les forêts sacrées du Togo».
Plus récemment encore, le site Internet de la Fraternité Saint-Pie X www.dici.org a déploré la visite de Benoît XVI, le 14 mars dernier, à la communauté de l’Eglise luthérienne de Rome. Un article de «l’organe de communication» de la fraternité a ainsi reproché au pape d’avoir oublié, lors de cette visite, «tout ce que Luther, en se séparant de Rome, (avait) explicitement rejeté du dogme catholique». Il a aussi noté que «la pratique constante de l’Eglise, avant l’œcuménisme promu par Vatican II, était de ne pas donner une approbation extérieure à des croyances erronées par une participation à des cultes dissidents, afin de ne pas entretenir dans l’esprit des fidèles l’indifférentisme ou le relativisme doctrinal». Et de souligner que «Benoît XVI entend combattre par ailleurs» ce même «relativisme».
Le 26 octobre 2009, après une première rencontre de 3 heures, le Vatican avait fait état de discussions intervenues «dans un climat cordial, respectueux et constructif». Le Saint-Siège avait aussi indiqué que les prochaines rencontres seraient l’occasion d’évoquer les questions relatives «au concept de Tradition, au Missel de Paul VI, à l’interprétation du Concile Vatican II en continuité avec la Tradition doctrinale catholique», mais aussi «aux thèmes de l’unité de l’Eglise et des principes catholiques de l’œcuménisme, du rapport entre le christianisme et les religions non chrétiennes et de la liberté religieuse».
Brisant partiellement le secret censé entourer ces discussions, le chef de la délégation de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Alfonso de Galarreta, avait ensuite jugé «positif» le début des discussions à huis clos. Lors d’une messe célébrée en Argentine, le 19 décembre, il avait particulièrement dressé la liste des nombreux sujets de discussion qui devaient être évoqués lors des rencontres suivantes : «tous les thèmes que nous critiquons depuis 40 ans, spécialement la liberté religieuse, les libertés modernes, la liberté de conscience, la dignité de la personne humaine – comme on dit -, les droits de l’homme, le personnalisme, l’œcuménisme, le dialogue interreligieux, l’inculturation, la collégialité (…) ainsi que toutes les notions d’ecclésiologie qui ont totalement changé ce qu’est l’Eglise, cette question de l’auto-conscience de l’Eglise, l’Eglise-communion, l’Eglise sacrement, l’Eglise-Peuple de Dieu…, toutes ces notions nouvelles sur la relation entre l’Eglise et le monde. Ensuite la question de la messe, de la nouvelle messe, du nouveau missel, de la réforme liturgique…, et d’autres thèmes encore».
Pour sa part, en recevant en audience les membres de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le 15 janvier dernier, Benoît XVI avait justifié sa récente «main tendue» en direction de la Fraternité Saint-Pie X. Après avoir affirmé que «la priorité de l’Eglise, de tout temps», était d’atteindre «le témoignage commun de la foi de tous les chrétiens», le pape avait ainsi confié son attachement à ce que, grâce au travail de la Congrégation pour la doctrine de la foi, «soient dépassés les problèmes doctrinaux qui demeurent pour permettre à la Fraternité Saint-Pie X d’obtenir la pleine communion avec l’Eglise».
Les experts chargés par Rome de ce dialogue, tous consulteurs de la Congrégation pour la doctrine de la foi, sont le dominicain suisse Charles Morerod, secrétaire de la Commission théologique internationale et spécialiste de l’oecuménisme, l’Espagnol Mgr Fernando Ocáriz, «numéro deux» de la Prélature de l’Opus Dei et spécialiste de la liberté religieuse, et le jésuite allemand Karl Becker. Ces 3 experts sont guidés par le secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le jésuite Mgr Luis Ladaria Ferrer, en présence du secrétaire de la Commission ›Ecclesia Dei’, Mgr Guido Pozzo.
De son côté, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X envoie à Rome 3 experts, tous français: l’abbé Benoît de Jorna, directeur du Séminaire d’Ecône (Suisse), l’abbé Jean-Michel Gleize, professeur d’ecclésiologie à Ecône, et l’abbé Patrick de La Rocque, prieur du Prieuré Saint-Louis à Nantes (France). Ils sont conduits par l’Espagnol Mgr Alfonso de Galarreta. Les mois précédant la toute première rencontre, le directeur du séminaire de la fraternité en Argentine avait été chargé de préparer ces discussions. (apic/imedia/ami/pr)
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