Infiltration à des fins de propagande communiste
Sofia, 24 mars 2010 (Apic) Le régime communiste qui était au pouvoir en Bulgarie tirait les ficelles de l’Eglise orthodoxe bulgare dans les organisations œcuméniques telles que le Conseil œcuménique des Eglises (COE), la Conférence chrétienne pour la paix (CCP) et la Conférence des Eglises européennes (KEK). C’est ce que dénonce l’historien bulgare Momchil Metodiev dans son ouvrage «Entre la foi et le compromis» paru le 9 mars.
Momchil Metodiev est également l’auteur d’un livre sur l’appareil de la sécurité d’Etat de son pays à l’ère communiste. Il affirme qu’avant la chute du rideau de fer, l’Etat s’était évertué à corrompre l’Eglise puis à l’amener à collaborer pour diffuser de la propagande pour le système communiste, rapporte l’agence oecuménique ENI.
Momchil Metodiev indique dans son livre, qui se fonde, affirme-t-il, sur des recherches minutieuses dans les archives, que le régime communiste, arrivé au pouvoir en 1944 pour se maintenir jusqu’en 1989, voulait infiltrer le COE pour l’exploiter à des fins de propagande. «La présence de l’Eglise bulgare dans les organisations œcuméniques n’était pas motivée par l’idée du dialogue et de la coopération entre les Eglises», écrit-il.
Le pasteur Martin Robra, directeur de programme au Conseil œcuménique des Eglises, a déclaré au correspondant d’ENI: «Ce sont des questions qui méritent considération. La transparence est nécessaire pour mieux comprendre le passé». «Ces allégations ne sont pas nouvelles», a-t-il ajouté. «Même pendant la période de la guerre froide, on savait que des représentants d’Eglises venant de pays communistes avaient l’obligation de rendre des comptes aux autorités de leur pays sur leurs activités à l’étranger.»
«Les réunions et politiques du COE étaient, tout comme aujourd’hui, publiques. Il n’y avait pas vraiment de ›secrets’ à révéler», a affirmé le pasteur Robra. «Il était bien plus important d’entretenir les relations entre les Eglises des deux côtés du rideau de fer qui divisait le continent et de les soutenir autant que possible.»
La Bulgarie a, tout comme les Eglises de plusieurs autres pays communistes, adhéré au COE en 1961. Mais dans les années 1950 déjà, les services de sécurité du pays avaient désigné le COE comme «objet d’infiltration», selon le livre de Momchil Metodiev. L’auteur affirme également que les services secrets et les comités chargés de l’Eglise dans les pays du bloc communiste coordonnaient l’action dans les organisations œcuméniques. On peut lire dans le livre que, dans les années 1970, c’était le métropolite russe Nikodim de Leningrad – un agent du KGB, une des branches des services secrets soviétiques – qui coordonnait ces activités d’infiltration.
Martin Robra a déclaré à l’agence ENI: «Les positions prises par le COE en faveur de la justice et de la paix ne suivaient aucune instruction du KGB, mais l’Evangile du Christ, prince de la paix, que nous rencontrons parmi les personnes les plus vulnérables et souffrantes.» D’après Momchil Metodiev, les services secrets soviétique et bulgare furent les artisans de l’élection du représentant bulgare Todor Sabev en tant que secrétaire général adjoint du COE.
En 1998, plusieurs années après la fin de l’ère communiste, l’Eglise orthodoxe bulgare a quitté le COE en signe de désaccord avec ce qu’elle considérait comme une domination protestante et occidentale sur le programme de l’organisation, qui représente 560 millions de chrétiens, principalement anglicans, orthodoxes et protestants.
Note: Le livre de Momchil Metodiev, «Entre foi et compromis», est publié par l’Institut pour l’étude de l’histoire récente et les éditions Celia. Prix: 25 levas (environ 12,50 euros). Le livre est en bulgare, avec un bref résumé en anglais.
(apic/eni/bb)
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