Genève: Rencontre interreligieuse en présence d’un nombreux public

Á quoi servent les prophètes: des intervenants à la mesure du débat

Genève, 26 mars 2010 (Apic) Plus que des convergences et quelques divergences. Le grand rabbin Marc Guedj, le frère dominicain Adrian Schenker et le musulman Shady Ammane ont exposé leurs vues sur le prophétisme jeudi soir, à Genève. Une rencontre de haute tenue qui a attiré un nombreux public dans les locaux de la paroisse St-Paul.

La délégation catholique à la Plateforme interreligieuse de Genève, qui a mis sur pied cette rencontre, ne s’attendait pas à une telle affluence. Or, sans aucune polémique, en s’écoutant mutuellement et en dialoguant, les orateurs sont parvenus à captiver l’attention de l’assistance par la profondeur de leurs propos.

Shady Ammane parle des prophètes comme d’»éclairs dans les ténèbres de l’ignorance». Ils sont venus, périodiquement, rappeler les termes du pacte primordial conclu par Dieu avec l’humanité. Chaque communauté a eu son « avertisseur ». Et cela jusqu’à ce que Mahomet mette fin à cette alternance de la lumière et des ténèbres. L’islam, dit Shady Ammane, respecte tous les messagers envoyés par un Dieu unique – dont Jésus qui reviendra à la fin des temps. Et il nous oriente vers la paix et la solidarité, par gratitude pour ce qui nous a été donné par le Créateur.

L’initiative de la prophétie appartient à Dieu, c’est l’expression de son désir d’entrer en contact et en communion avec nous, souligne Adrian Schenker. Jésus est un prophète, mais il est aussi davantage qu’un prophète. Il est venu « pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20,28). La rançon est le prix à payer pour obtenir la réconciliation et la paix. Le service de Jésus consiste à restaurer la communion entre Dieu et les hommes, ce qui permet la fondation de la communauté pour laquelle nous avons été créés.

Avons-nous encore besoin de la prophétie ?

La fonction prophétique a-t-elle encore un sens? Que nous apporte-t-elle aujourd’hui? a demandé Marc Guedj. La prophétie implique l’idée d’inspiration. Elle vient d’ailleurs. Comme l’air qu’on respire, on ne peut pas la garder pour soi, sinon on étouffe. C’est le souffle qui m’anime. Or, affirme Marc Guedj contre certains courants philosophiques, seules les pensées au diapason de ce souffle me font vivre. Il faut que la sagesse humaine soit traversée par le courant prophétique, mais qu’elle se mette, en même temps, à l’abri de ce courant pour garder son autonomie.

Qu’en est-il de la prophétie aujourd’hui, si la Bible est close, si Mahomet a mis son « sceau » sur la lignée des prophètes ? Quand un enfant arrive à marcher seul, il n’a plus besoin qu’on le tienne par la main, répondra Adrian Schenker à une question de l’assistance, reprenant ainsi ce thème de l’autonomie. Cependant, celle-ci doit être inspirée. Et il y a toujours des prophètes – on citera Dietrich Bonhoeffer et Mgr Romero – même si leur parole n’a pas été authentifiée.

Les juifs attendent-ils encore le messie ? a-t-il encore été demandé. « Les chrétiens attendent qu’il revienne, nous attendons qu’il vienne », a répondu le grand rabbin Guedj. Pour lui, la venue du messie marquera l’aboutissement de l’humanité et il nous appartient d’œuvrer à cet aboutissement. « C’est notre travail de chaque jour ». (apic/mba)

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