Les Haïtiens ont besoin d’aide pour la reconstruction de leur pays
Königstein/Taunus, 30 mars 2010 (Apic) Le tremblement de terre qui a dévasté le 12 janvier dernier la capitale haïtienne Port-au-Prince mais aussi les villes et agglomérations avoisinantes, a fait au moins 300’000 morts, «peut-être même beaucoup plus», constate Mgr Louis Kébreau, président de la Conférence des évêques de Haïti (CEH). C’est avec de la tristesse dans la voix, mais aussi beaucoup de détermination, qu’il dresse pour l’Apic un constat sans fard de la situation en Haïti à la veille des fêtes pascales.
«Il faudra des années et des années pour tout reconstruire, de façon intelligente, avec le concours de techniciens, car le pays, situé sur plusieurs failles géologiques, est à la merci de nouveaux séismes…», poursuit Mgr Kébreau. L’archevêque de Cap-Haïtien était ces jours-ci à Königstein, au siège de l’œuvre d’entraide internationale «Aide à l’Eglise en Détresse» (AED), en compagnie de Mgr Joseph Lafontant. Ce dernier a été nommé administrateur apostolique de Port-au-Prince après le décès de l’archevêque, Mgr Joseph Serge Miot, écrasé sous les décombres de sa résidence située juste à côté de la cathédrale désormais en ruines.
Venant de Rome, les deux prélats haïtiens sont passés par Königstein pour partager leur expérience de «l’après tremblement de terre» et surtout pour remercier l’AED pour son aide d’urgence en faveur des séminaristes sinistrés. Ils sont aussi venus dire merci pour la générosité des Européens envers Haïti meurtrie.
Le grand séminaire interdiocésain de Port-au-Prince, qui dessert les dix diocèses de Haïti, a été fortement frappé par le séisme du 12 janvier 2010: sur les près de 250 séminaristes (98 en section philosophie et 150 en section théologie), 14 ont été tués lors de l’effondrement du bâtiment (8 de la section philo et 6 de la section théo). «Le séminaire est complètement par terre, et nous nous efforçons de récupérer les archives et les livres de la bibliothèque», nous confie Mgr Kébreau.
Le séminaire n’est pas le seul bâtiment appartenant à l’Eglise à avoir subi de gros dommages. En effet, «80% des écoles catholiques, la cathédrale, l’archevêché, une cinquantaine d’églises, des chapelles, des presbytères, ainsi que les bâtiments de Radio Soleil et de Télé Soleil ont été détruits par le tremblement de terre… C’est une véritable hécatombe. Mais d’autres diocèses ont aussi été fortement touchés, car l’épicentre du cataclysme était à Léogane….»
Mgr Kébreau se dit très touché par la solidarité que son pays a reçue de Suisse, de France, d’Allemagne, d’Autriche, de Belgique, des Etats-Unis, des Caritas nationales, de la Caritas internationalis, du Catholic Relief Service (CRS/USA), tout en étant bien conscient que l’émotion va bientôt retomber dans le grand public, happé par de nouvelles tragédies quelque part dans le monde.
«Pourtant, ce sont les années à venir qui vont être difficiles», poursuit l’archevêque de Cap-Haïtien. «Je suis toutefois optimiste: les gens reprennent goût à la vie, les petits commerces reprennent leurs activités, il y a de l’espoir, car la solidarité est bien présente, et les gens recommencent à sourire». Mais la population ne veut pas retourner dans les maisons fissurées: les gens ont peur des répliques. Ils vivent dans les cours, sous des bâches qui ne tiennent pas l’eau en cas de grosses pluies. Elles sont attendues vers le mois de mai.
Si la situation s’améliore lentement avec un certain retour des institutions de l’Etat, note pour sa part Mgr Joseph Lafontant, l’insécurité est toujours présente dans les rues, car quelque 4’000 prisonniers se sont échappés de prison lors du séisme. On ne compte plus les viols à la nuit tombée! Beaucoup d’institutions catholiques, des presbytères, des écoles, des couvents et des collèges ont été pillés.
«Le pillage était généralisé, et nous n’avons pas été épargnés… Pendant l’enterrement de Mgr Joseph Serge Miot, devant les ruines de la cathédrale, on pouvait voir les pillards à l’œuvre dans les décombres de l’archevêché! Cette catastrophe révèle bien les contradictions sociales du pays, et la solidarité en ce moment-là n’était pas présente. Comme tous les immeubles de commerce, Radio Soleil et Télé Soleil n’ont pas échappé aux voleurs: tous les appareils, magnétophones, caméras ont été pillés ou vandalisés!».
L’administrateur apostolique de Port-au-Prince se veut lui aussi optimiste, car entre-temps la vie a repris ses droits. Ainsi Radio Soleil, dont les antennes sont restées debout, peut à nouveau émettre – 12 heures au lieu de 24 heures. Si le bâtiment qui l’abritait, à moitié effondré, a dû être rasé et si trois de ses journalistes sont morts sous les décombres, le minibus de l’unité mobile est par contre intact et il est opérationnel.
Depuis le mois dernier, l’ensemble des radios chrétiennes de France, associées à AED et au Secours Catholique, se mobilisent pour reconstruire Radio Soleil, la radio catholique diocésaine très écoutée à Port-au-Prince. En effet, la radio est l’un des seuls moyens pour les Haïtiens de se tenir informés. Les radios chrétiennes unies dans l’action de solidarité «Il faut reconstruire Radio Soleil !» sont: Radio Notre Dame – les 62 radios du réseau chrétien RCF – Radio Jérico – Radio Accords – Salve Régina – le réseau de radio Présence – Radio Dialogue – Fidélité Nantes – Fidélité Mayenne – Radio Lapurdi – Radio Grand Ciel. (apic/be)
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