Des tueries de l’Ouganda à la République centrafricaine en passant par le Soudan et la RDC
Bangassou/Kinshasa, 30 mars 2010 (Apic) La sanglante «Armée de Résistance du Seigneur» (LRA), le groupe armé ougandais fondé en 1998 par Joseph Kony et accusé récemment par l’ONG «Human Rights Watch» d’avoir commis de très graves atrocités dans le Nord-est de la République Démocratique du Congo, est également actif au Soudan et en République Centrafricaine.
Le 21 mars, un groupe de la LRA a frappé la ville de Rafai, dans le Sud-Est de la Centrafrique. Mgr Juan José Aguirre Munos, évêque de Bangassou depuis 12 ans, a donné des détails de ce raid sanglant à l’agence vaticane «Fides». La ville de Rafai, à 150 km de Bangassou, en République centrafricaine (RCA), a été attaquée le dimanche 21 mars par les rebelles de la LRA (Lord’s Resistance Army).
«Ce n’est pas une armée, ces gens ne représentent aucune résistance, ils ne sont pas du Seigneur, mais sont simplement des barbares criminels qui piétinent mon peuple, ont enlevé des enfants, ont violé et tué des personnes sans défense dans l’impunité totale».
«Quand le petit groupe de gendarmes locaux a vu arriver une quarantaine d’ougandais exaltés, tatoués, recouverts d’amulettes ’anti-projectiles’, qui hurlaient à pleins poumons, toute volonté de résister à l’attaque s’est évanouie en eux. La LRA à Rafai a balayé les vies et les biens des personnes comme un rouleau compresseur écrase l’herbe sur la route. Les guérilléros ont saccagé les cultures, brûlé les maisons, achevé les blessés à coups de machette».
«La nuit après l’attaque, poursuit Mgr Juan José Aguirre Munos, les survivants étaient en proie à l’hystérie collective et au désespoir. Le petit nombre qui n’avait pas fui dans la forêt ne savait pas si les disparus s’étaient cachés ou s’ils avaient été enlevés. Le lendemain, le Père franciscain qui dirige la mission locale a organisé les funérailles des victimes, catholiques et protestants ensemble, dans la même tombe, car les pasteurs des différentes églises avaient fui dans la jungle. Le Père franciscain a enseveli les huit victimes tout seul, en avalant ses larmes et en restant en alerte pour noter les activités suspectes.»
L’évêque de Bangassou a envoyé une voiture pour tirer de cet enfer cinq religieuses congolaises de la mission. «C’est la seconde fois en deux semaines que je suis contraint de retirer des sœurs de la région. L’école où elles enseignaient a été fermée temporairement jusqu’à tant que le voudra la LRA ou ceux qui peuvent résoudre cette situation qui depuis trois ans nous met à genoux.»
Dans son récent rapport, l’ONG «Human Rights Watch» témoigne du terrible niveau d’atrocité des actes commis par la LRA, a déclaré à l’agence catholique «Fides» Mgr Richard Domba Mady, évêque de Doruma-Dungu, dans la Province orientale de la République Démocratique du Congo. Depuis quelques années les rebelles ougandais de la LRA frappent la population locale et sèment la mort également dans cette région.
«Human Rights Watch» (HRW) a publié un rapport de 67 pages, intitulé «Sillage de mort: les atrocités de la LRA dans le Nord-Est du Congo» qui documente les massacres effectués par la LRA dans le Nord-Est de la RDC entre fin 2009 et début 2010. «Nous savons que les chercheurs de HRW ont mené une enquête sérieuse, se rendant dans les localités attaquées par les rebelles et interviewant les survivants et les opérateurs humanitaires qui aident les victimes des violences. Parmi ceux-ci il y a aussi les employés de la Caritas locale», précise Mgr Domba Mady.
Selon le rapport d’HRW, les combattants de la LRA ont attaqué 10 villages, tué et capturé des centaines de civils, parmi lesquels des femmes et des enfants. La plupart des victimes sont des hommes que les combattants ont auparavant liés à des arbres et ensuite massacrés à coups de machette, ou dont ils ont écrasé la tête en utilisant la hache ou des bâtons. Parmi les morts il y a aussi 13 femmes et 23 enfants: la plus petite avait à peine 3 ans et a été brûlée vive. Les guérilleros ont aussi tué plusieurs prisonniers, les considérant trop faibles, ou pour les punir d’avoir tenté de fuir. Les familles des victimes et les autorités locales ont ensuite trouvé leurs corps le long du parcours de 105 kilomètres de Makombo au village de Tapili, effectué à pied par les combattants de la LRA avec les prisonniers.
«La localité la plus touchée est celle de Tapili, où plus de 200 personnes ont été tuées, à mi-décembre», raconte l’évêque de Doruma-Dungu. «J’espère que les autorités congolaises et la communauté internationale se décideront enfin à agir pour arrêter ces assassins», dit Mgr Domba Mady. «Ce n’est pas possible que des populations entières continuent à vivre dans la terreur causée par ce groupe.»
L’évêque ne cache cependant pas les difficultés d’une opération pour éradiquer la LRA du territoire congolais: «La LRA est subdivisée en petits groupes qui sont toujours en mouvement dans les zones les plus reculées et inhabitées de la forêt. Ils émergent seulement pour attaquer les villages, où ils prennent de la nourriture et des biens de première nécessité, et enlèvent des personnes. Leurs attaques sont improvisées et très rapides. Une fois le village razzié, ils disparaissent de nouveau dans la forêt. Mais cela ne doit pas être une excuse pour ne pas agir», conclut Mgr Domba Mady. (apic/fides/be)
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