Les Eglises craignent que les dalit ne soient exclus des chrétiens

Inde: «Le plus grand recensement de toute l’histoire de l’humanité»

New Delhi, 7 avril 2010 (Apic) «Le plus grand recensement de population jamais réalisé de toute l’histoire de l’humanité», selon le ministre indien de l’Intérieur, Palaniappan Chidambaram, a commencé jeudi 1er avril. Chaque résident de l’Inde, et non pas seulement chaque citoyen indien, âgé de plus de 15 ans devra se soumettre à des relevés biométriques (photographie, empreintes digitales, …).

Pour s’atteler à la tâche titanesque consistant à dénombrer précisément une population estimée à 1,2 milliard de personnes, 2,5 millions d’agents de l’Etat se rendront dans plus de 630 000 villages et 7 000 villes. L’opération devrait prendre, selon les autorités, un peu plus de onze mois, relève le 7 avril l’agence «Eglises d’Asie». A terme tous les Indiens pourraient être dotés d’une carte d’identité, une première de l’histoire de l’Inde. Cette nouveauté leur permettra de se dispenser de fournir à chaque démarche une multitude de documents prouvant leur identité.

Baptisé «Census 2011», ce recensement est le 15e réalisé en Inde depuis l’époque coloniale. Il s’accompagnera d’une enquête, tout aussi gigantesque, ayant pour but de dresser un état des lieux de la population indienne actuelle et d’établir la première base de données jamais enregistrée en Inde sur ses habitants. Il permettra également d’identifier tous les contribuables imposables, qui, en raison des failles de l’administration et de la corruption des fonctionnaires, sont nombreux à passer à travers les mailles du filet fiscal (seuls 7 % des Indiens paieraient des impôts sur le revenu).

Après une première phase portant surtout sur les conditions de vie des habitants, une deuxième permettra d’effectuer le véritable comptage de la population ainsi que la collecte de données inédites, d’ordre démographique, économique, socioculturel, afin d’établir le premier fichier informatisé de la population indienne.

Maoïstes clandestins aussi recensés?

De nombreuses difficultés sont d’ores et déjà à craindre, affirme «Eglises d’Asie». En tout premier lieu, l’opposition des maoïstes, actifs dans 20 des 28 Etats de l’Inde. Le 6 avril encore, une embuscade maoïste dans l’Etat du Chhattisgarh a fait plus de 75 morts parmi les forces de l’ordre ainsi que des dizaines de blessés. Il s’agirait du plus important massacré perpétré par les rebelles contre la police. Le gouvernement, comme le soulignait avec ironie le quotidien Hindustan Times du 2 avril dernier, avait pourtant assuré aux maoïstes qu’ils pourraient venir se faire recenser sans craindre d’être arrêtés… et obtenir une carte d’identité officielle avant de retourner dans la clandestinité…

Parmi les défis lancés par «Census 2011», donner une identité aux milliers de sans-abris, qui vivent et dorment dans les rues des mégapoles indiennes, ne sera pas le moindre. L’enregistrement de ces citoyens ignorés aura également pour but de contrôler l’immigration clandestine, une préoccupation majeure du gouvernement. D’autres obstacles pourraient encore être évoqués, comme l’illettrisme d’une grande partie de la population (qui ignore souvent son âge exact), les difficultés d’accès à certains territoires occupés par les aborigènes, et le casse-tête que représentera l’enregistrement de la religion et de la caste.

Dalit exclus des chrétiens et des musulmans

C’est sur ce dernier point que les Eglises chrétiennes, qui avaient tout d’abord accueilli favorablement le recensement, considérant qu’il permettrait de mieux évaluer les besoins de la population, ont fait part de leur inquiétude, en particulier au sujet des chrétiens d’origine dalit (ex- «intouchables»). En effet, bien que le gouvernement ait assuré qu’il ne serait pas fait mention de la caste dans le cadre du recensement (sauf au Bengale occidental qui a demandé à inscrire cette «indication majeure»), l’appartenance aux catégories «répertoriées» accordant des avantages au nom de la politique de discrimination positive sera, en revanche, bien déclarée. Or, les catégories «hors-castes» excluent les chrétiens et les musulmans d’origine dalit, au prétexte que ces deux religions ne reconnaissent pas le système des castes.

Lors du dernier recensement de 2001, les statistiques officielles avaient dénombré 24 millions de chrétiens, soit une sous-estimation par rapport aux données dont disposent les organisations d’Eglises. L’Eglise catholique revendique 17 millions de fidèles, tandis que le Conseil national des Eglises en Inde, une association de 29 groupes d’obédiences protestantes et orthodoxes, affiche 13 millions de membres, selon l’agence Ucanews.

Pour les communautés chrétiennes, la minoration de leur nombre est due en grande partie au fait que de nombreux chrétiens dalit se sont sentis obligés de s’inscrire comme hindous, craignant pour certains des représailles dans les régions où ils sont persécutés et appréhendant pour d’autres de perdre leurs privilèges. Les dalit représenteraient pourtant plus de 60% de la communauté chrétienne en Inde, une réalité largement sous-estimée pour ces raisons.

Selon le Père Babu Joseph, porte-parole de la Conférence des évêques catholiques de l’Inde, les chrétiens ont bien conscience qu’il y a un «réel problème» pour leurs frères dalit à révéler leur appartenance religieuse. Il précise qu’à maintes reprises, les Eglises ont demandé, en vain, au gouvernement l’élargissement des mesures de discrimination positive à tous les dalit, sans distinction de religion. (apic/eda/bb)

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