Le cardinal Zen Ze-kiun monte au créneau
Hongkong, 9 avril 2010 (Apic) Le cardinal Zen Ze-kiun l’affirme haut et fort: il y a des limites aux compromis avec Pékin.
Dans une interview accordée à l’agence Ucanews, citée par Eglises d’Asie, le cardinal Zen Ze-kiun, évêque émérite du diocèse de Hongkong, affirme très clairement que les compromis qui peuvent être faits par l’Eglise catholique en Chine ont des limites. Cela, alors que des informations venues de Chine font état de très prochaines ordinations d’évêques illégitimes. Le cardinal estime à ce propos que les évêques en Chine ne peuvent être choisis indépendamment de Rome.
L’interview du cardinal Joseph Zen s’inscrit dans la foulée de la réunion au Vatican de la Commission pour la Chine, mise sur pied après la publication, en mai 2007, de la Lettre de Benoît XVI aux catholiques chinois. Du 22 au 24 mars dernier, les membres de cette commission, dont fait partie le cardinal Zen, se sont retrouvés à Rome pour partager et débattre de la situation de l’Eglise en Chine. Le 25 mars, le Bureau de presse du Saint-Siège a publié un communiqué, immédiatement salué par le cardinal Zen pour sa «clarté».
Dans l’interview à l’agence Ucanews, l’ancien évêque de Hongkong revient sur le contenu du communiqué et les développements que l’on peut attendre de l’actualité des semaines à venir.
Le cardinal précise ensuite l’enjeu que représente la convocation prochaine par les autorités chinoises de l’Assemblée nationale des représentants catholiques. Cette assemblée doit notamment élire le prochain président de la Conférence des évêques «officiels» et celui de l’Association patriotique. Reportée à plusieurs reprises depuis l’an dernier, l’Assemblée devrait se tenir prochainement. Pour le cardinal Zen, la tenue effective de l’Assemblée équivaudrait à «une solennelle déclaration d’intention» des autorités chinoises, qui signifieraient par là que le statu quo actuel doit être maintenu. Des deux présidents qui doivent être élus par l’Assemblée, le cardinal dit qu’ils ne sont que des «marionnettes» n’exerçant aucune autorité véritable sur l’Eglise.
A ce stade de l’interview, le cardinal précise : «La totalité du pouvoir sur l’Eglise est entre les mains d’un laïc, qui est l’un des vice-présidents de l’Association patriotique, une personne qui, de manière évidente, tient son pouvoir du gouvernement. Ces dernières années, ce laïc a pu agir à sa guise tandis que les postes de président (de l’Association patriotique et de la Conférence épiscopale) étaient vacants».
Même si le nom n’est pas cité, les observateurs auront auront reconnu la personne d’Anthony Liu Bainian.
A propos des évêques de Chine, le cardinal reconnaît qu’ils subissent des pressions considérables et que leur mission est par conséquent difficile. «Les évêques sont à la tête de l’Eglise. On peut donc attendre d’eux qu’ils soient à même de résister à la pression qui s’exerce sur eux». A l’adresse de tous les évêques, le cardinal ajoute qu’il est de leur devoir d’essayer «par tous les moyens» d’entrer en communication «avec les plus hautes autorités».
Des sources bien informées venues de Chine confirment que Pékin prépare au moins six ordinations épiscopales, concernant, d’une part, des candidats à l’épiscopat qui ont reçu l’accord du pape et, d’autre part, des candidats sans mandat pontifical. Le cardinal Zen accuse : ce que l’on peut deviner de ces préparatifs est qu’»il doit y avoir une machination ourdie par ceux qui tirent de grands bénéfices de la situation présente. Ces personnes ne veulent pas d’une éventuelle normalisation. Elles ne cherchent qu’à créer des troubles». Le cardinal veut croire que le gouvernement chinois peut changer d’avis : ce qui se prépare «n’est pas conforme à la politique gouvernementale d’harmonie sociale», affirme-t-il, tout en ajoutant : «Pour notre part, nous ne pouvons tolérer que nos évêques restent à jamais les esclaves de l’Association patriotique».
Les dernières ordinations épiscopales illégitimes remontent à 2006. En avril, mai et novembre de cette année, trois consécrations épiscopales eurent lieu sans mandat pontifical. Une dizaine d’évêques en communion avec le pape y avaient pris part. (apic/eda/pr)
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