Exposition sur la complexité des liens entre juifs et chrétiens dans l’Espagne médiévale
New York, 14 avril 2010 (Apic) Une exposition présentée actuellement à New York illustre la relation complexe qui existait entre chrétiens et juifs en Espagne au Moyen-Age. Elle montre que l’art résultait souvent d’une coopération interreligieuse.
L’exposition «Uneasy Communion: Jews, Christians, and the Altarpieces of Medieval Spain» (Une communion difficile: les juifs, les chrétiens et les retables de l’Espagne médiévale), présentée au Museum of Biblical Art, ne minimise pas les tensions qui existaient en Espagne et qui ont conduit à l’expulsion des juifs du pays en 1492.
A la fin de l’exposition comprenant des tableaux, des mosaïques et divers artefacts, on rappelle en grosses lettres aux visiteurs qu’après 1492, l’esprit de la coopération judéo-chrétienne a pris fin de façon abrupte et tragique.
Selon les critiques d’art, cependant, l’exposition permet de rectifier l’idée reçue selon laquelle les juifs n’ont pas produit d’art au cours des 14e et 15e siècles et que les échanges entre juifs et chrétiens étaient minimes à cette époque.
Les critiques affirment au contraire que l’exposition prouve que l’Espagne était une terre propice à la coopération interreligieuse et même au dialogue, ce qu’il est bon de rappeler en cette période où les juifs viennent de commémorer la Pessa’h et où les chrétiens ont tout juste célébré Pâques.
«Il y avait une effervescence, comme celle qui existe aujourd’hui aux Etats-Unis. C’est l’effervescence qui se produit quand les cultures se mélangent», a expliqué à l’Agence oecuménique ENI Vivian Mann, conservatrice de l’exposition.
L’un des thèmes clés de l’exposition est l’idée de coexistence – ou conviviencia en espagnol – c’est-à-dire l’idée selon laquelle la créativité mutuelle des artistes chrétiens et juifs existait parallèlement à ce que l’exposition désigne comme «une friction, une rivalité et une suspicion mutuelles».
L’exposition souligne que les artistes chrétiens et juifs travaillaient côte-à-côte dans les ateliers d’artistes ou les studios, afin de produire des œuvres religieuses pour les lieux de culte tant chrétiens que juifs. Les artisans chrétiens enluminaient les manuscrits hébreux, tandis que les juifs – ceux qui avaient conservé leur foi comme les convertis au christianisme – réalisaient des objets pour les églises.
Au cœur de l’exposition se trouvent des retables en plusieurs volets, qui reflètent – tantôt explicitement, tantôt avec subtilité – les problèmes auxquels étaient confrontés les juifs d’Espagne. D’autres œuvres voient la tradition juive comme une étape vers le christianisme et transmettent «une vision messianique d’un avenir dans lequel juifs et chrétiens seraient unis dans une même foi», peut-on lire dans la présentation de l’exposition.
Les diverses œuvres démontrent que «le mélange des cultures est ce qui a donné une si grande vitalité à l’ensemble de la culture médiévale espagnole», selon Vivian Mann, enseignante au Séminaire théologique juif de New York.
L’exposition est présentée au Museum of Biblical Art, à New York, jusqu’au 30 mai. (apic/eni/pr)
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