Faire la lumière «sans ménagement», «même si cela fait mal»

Fribourg: Soirée sur les abus sexuels envers des mineurs dans l’Eglise et la société

Fribourg, 4 mai 2010 (Apic) Les divers intervenants à la table ronde organisée vendredi soir par la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg et portant sur les abus sexuels envers des mineurs dans l’Eglise et la société n’ont pas mâché leurs mots. Mgr Martin Werlen, Abbé d’Einsiedeln, a affirmé que l’Eglise devait enfin prendre au sérieux les critiques que lui adressent les fidèles.
Certes, l’Eglise jouit encore d’une certaine bienveillance, a admis Mgr Werlen. Elle doit cependant faire « sans ménagement » la lumière sur ces faits « même si cela fait mal », et entrer dans un processus de purification, a pour sa part lancé le théologien et psychologue allemand Wunibald Müller.

Au cours de la discussion, le psychologue Wunibald Müller et l’Abbé Martin Werlen ont fait part de leurs constatations à propos de la « violence sexualisée » derrière les murs de l’institution ecclésiale. Ils ont abordé aussi bien les aspects psychologiques que ceux relatifs à la politique de l’Eglise. Depuis plusieurs mois, l’institution est secouée par une sévère crise de confiance engendrée par les cas d’abus révélés au public. Pour les organisateurs de la soirée, les chaires de théologie morale et d’éthique (Prof. Adrian Holderegger) et de théologie pastorale (Prof. Michael Felder), ces affaires touchant des enfants et des jeunes ont profondément marqué l’Eglise.

Mettre un terme à la chape de silence

Wunibald Müller, de Wurtzbourg, a demandé à l’Eglise de mettre enfin un terme au processus de silence en soi et au silence sur les blessures infligées aux victimes. Pour le psychologue allemand, les abus peuvent se produire dans tous les cas de dépendance, que ce soit de la part d’enseignants, de prêtres, de parents, ou de maîtres des novices. Dans tous ces cas, on peut abuser du pouvoir pour satisfaire ses propres besoins sexuels. Les enfants, tout comme les personnes dépendantes, ne disposent pas de la « fermeture éclair » leur permettant de se protéger de telles mainmises.

Le thérapeute a relevé le danger, en ce qui concerne la pédophilie, que représentent des « adultes immatures » recherchant la proximité de mineurs, que ce soit dans des activités sportives, à l’école, dans les camps ou durant les vacances, ou passant volontiers leur temps libre avec eux. Les enfants et les jeunes sont souvent attirés par le « comportement naïf » de ces adultes. Ces derniers ne peuvent pas avoir de relation contraignante avec d’autres adultes et se sentent « incompétents » au sein de groupes de personnes du même âge. Il estime que cette tendance ne peut pas être guérie, mais on peut accompagner la personne concernée, de sorte qu’elle apprenne à vivre avec.

L’Eglise doit être sensible aux signes des temps

Wunibald Müller a appelé l’Eglise a être sensible à ces « signes ». Ainsi, elle ne doit accepter comme prêtres que des hommes qui soient au clair sur leurs propres tendances sexuelles, qu’elles soient hétérosexuelles ou homosexuelles, et qui soient aussi aptes à en parler. Il faut également examiner le passé « psycho-sexuel » des candidats au sacerdoce. En effet, de nombreux abuseurs ont été eux-mêmes victimes d’agressions sexuelles pédophiles. Des spécialistes formés dans ce domaine peuvent être d’un grand secours. Et le thérapeute d’affirmer qu’il y a dans l’Eglise, en comparaison avec le reste de la société, un taux d’homosexuels « dépassant la moyenne », mais qui exercent leur ministère de prêtre sans problème. Il ne faut pas confondre l’homosexualité avec la pédophilie, insiste-t-il.

Le thérapeute allemand se demande si l’introduction du sacerdoce féminin ne changerait pas le regard de l’Eglise sur la sexualité. Pour lui, l’assouplissement de la règle du célibat augmenterait considérablement parmi les candidats au sacerdoce le nombre d’hommes qui se seraient déjà confrontés à leur sexualité. Wunibald Müller estime encore que c’est une bénédiction que les victimes d’abus commencent maintenant à parler et à briser le silence. Pour lui, l’Eglise reste cependant l’institution qui refuse ce « cadeau de Dieu » qu’est la sexualité.

Des adultes sont aussi victimes d’abus sexuels

Mgr Martin Werlen a pour sa part relevé que l’on ne devait pas oublier, en raison de la discussion sur la pédophilie, qu’il y a aussi des adultes qui sont victimes d’abus sexuels dans le cadre de la pastorale. L’Abbé d’Einsiedeln a étonné les auditeurs quand il a affirmé que le plus grand nombre de cas d’abus commis par des « membres de l’Eglise » ne l’étaient pas par des prêtres et des religieux, mais par des fidèles catholiques baptisés.

Certes, l’Eglise catholique aurait dû déjà beaucoup plus tôt reconnaître les signes des temps, comme l’exige le Concile Vatican II. A propos des personnes qui tournent le dos à l’Eglise en arguant des cas de pédophilie, l’Abbé d’Einsiedeln les a comparés à un toit recouvert de neige qui finalement s’effondre à cause d’un seul flocon de neige. Dans ce cas, la neige représente pour tous ceux qui sont mécontents les problèmes dont l’Eglise ne s’était pas occupée jusque-là. Il a reconnu que le scandale de la pédophilie et les sorties d’Eglise qui s’en réclament sont un signe de Dieu pour l’Eglise « qui ne veut pas entendre ce que Dieu nous dit, mais ce qu’elle veut réaliser ».

« Pour nous, ce ne sont pas les médias qui sont le problème… »

Des responsables de l’Eglise ont à plusieurs reprises déclaré que les médias, qui ont rendu public le scandale, voulaient en fait causer du tort à l’Eglise – ce qui est effectivement le cas dans certaines circonstances. « Pour nous, ce ne sont pas les médias qui sont le problème, mais ce qui a été mis au jour! », souligne l’abbé bénédictin. Mgr Werlen se dit surpris que l’Eglise, malgré le scandale qui a éclaté partout dans le monde, bénéficie toujours de beaucoup de bienveillance. A ses yeux, elle ne doit pas gâcher la situation et regarder la réalité en face. Certains responsables de l’Eglise en Suisse ne le font pas, ont estimé des membres du public présents dans la salle.

Mgr Werlen a relevé que l’Eglise devait s’ouvrir afin qu’un individu qui voudrait entrer à son service puisse parler de ses tendances. « Alors nous pouvons l’aider, mais pas s’il est contraint au silence! » Et l’Abbé d’Einsiedeln de rappeler que l’Eglise devrait avoir le courage de parler « le langage de l’Evangile ». Le fait d’écouter davantage les jeunes et leurs conseils fait partie de cette démarche. « Mais nous n’avons presque pas de jeunes qui sont dans les structures, qui participent aux conseils et aux décisions, afin de porter aussi la responsabilité ». Mgr Werlen souhaite que l’Eglise confie des responsabilités aux jeunes, « afin que nous reconnaissions les signes des temps ». (apic/gs/be/ak)

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