Brésil: L’évêque de Floresta dénonce le détournement des eaux du Rio Sao Francisco

Le gouvernement ne mène pas de véritable consultation avec la population touchée

Brasilia, 6 mai 2010 (Apic) Dom Adriano Ciocca Vasino, évêque de Floresta, dans l’Etat du Pernambouc, a déconcé mercredi à Brasilia la manière dont le gouvernement fédéral traite les populations touchées par le détournement des eaux du Rio Sao Francisco, le grand fleuve qui traverse la plus grande partie du Nordeste brésilien. Ce projet devisé à plusieurs milliards de dollars est l’un des fleurons du Plan d’accélération de la croissance (PAC), lancé par le président Lula en 2006.

Le détournement de ce symbole national long de plus de 3’000 km – auparavant nommé «Opara», il a été rebaptisé en hommage à saint François d’Assise, fondateur de l’ordre des franciscains – suscite la résistance dans les milieux de l’Eglise brésilienne, notamment de la Commission Pastorale de la Terre (CPT). On se souvient des grèves de la faim et des campagnes de prières menées ces dernières années par Dom Luiz Flavio Cappio, évêque franciscain brésilien à la tête du diocèse de Barra, dans l’Etat de Bahia. Qualifié d’»évêque écolo», il se bat de façon non violente contre le projet de détournement partiel du fleuve Sao Francisco, qui a des effets dévastateurs sur l’environnement et la survie des populations locales.

Ce projet est présenté par le gouvernement brésilien comme le seul moyen efficace d’acheminer l’eau potable à 12 millions de personnes vivant dans le Sertao, l’une des régions les plus arides de la planète. «Chantier du siècle», il est cependant dénoncé par plus d’une centaine d’associations de défense de l’environnement et de mouvements sociaux et communautaires. Il a pour eux de graves conséquences économiques, sociales, environnementales et culturelles.

Malgré les grèves de la faim de Mgr Cappio, les travaux continuent

Pour Mgr Cappio, l’objectif du détournement du «Vieux Chico», comme l’appellent familièrement les Brésiliens, n’est pas tant de rendre l’eau accessible aux plus démunis, «mais bel et bien d’irriguer des terres qui appartiennent à des multinationales désirant développer l’agro-industrie». En particulier les entreprises cultivant la canne à sucre pour la production de l’éthanol. Les opposants s’appuient sur des chiffres officiels qui indiquent que 70% de l’eau détournée servira à de vastes projets d’irrigation – plantations de canne à sucre, de fruits tropicaux, élevages de crevettes… -, 26% alimentera les grandes villes – principalement Fortaleza – en eau potable, et le reste, 4% seulement, parviendra aux populations rurales.

«Le gouvernement fédéral émet simplement un décret, de haut en bas, et les choses ne sont pas débattues. Les audiences publiques ne sont que des palliatifs pour dire que les discussions ont été menées, mais on paie seulement 50 reais (moins de 22 euros) par hectare aux anciens propriétaires et, ainsi, on ne peut pas dire qu’il a y a débat», a déclaré mercredi à la presse Dom Adriano Ciocca Vasino, un évêque missionnaire d’origine italienne.

L’évêque de Floresta (PE) rappelle que le projet de détournement du fleuve touche particulièrement son diocèse, dans les municipalités de Cabrobo et de Floresta. «Il a y des ouvrages sur tout le cours du fleuve, les impacts environnementaux sont très graves et les indemnisations pour les petits qui sont touchés sont insuffisantes. Nous, qui accompagnons ces communautés, nous voyons la souffrance imprimée sur le visage des gens».

Dom Adriano rappelle qu’il a mené des discussions au début des travaux avec les représentants du gouvernement fédéral. «Au début, nous avons parlé avec des représentants du Ministère de l’Intégration Nationale, qui nous ont reçus avec beaucoup de courtoisie et une grande attention. Mais après, quand ils ont vu que nous discutions avec des représentants des communautés touchées par le projet et avec les petits propriétaires, et que nous étions en train de les organiser, le Ministère a coupé tout contact. Nous essayons seulement d’obtenir de meilleures conditions pour ceux qui sont touchés», a-t-il précisé. (apic/cnbb/be)

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