«Les armes n’apportent de toute évidence pas la paix en Afghanistan»

Genève: L’Afghanistan a besoin d’une «paix juste

Genève, 11 mai 2010 (Apic) – Une victoire militaire sur les talibans ne pourra pas garantir une «paix juste» pour le peuple afghan. Telle est l’opinion du pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE) à Genève, interviewé par l’hebdomadaire allemand «Rheinischer Merkur».

«La violence ne prendra fin que si, en parallèle, nous édifions la société afghane», a affirmé le pasteur Tveit lors de l’interview, publiée dans l’édition du 6 mai du «Rheinischer Merkur». Le secrétaire général du COE s’exprimait à l’approche du Kirchentag œcuménique, convention d’Eglise organisée à Munich du 12 au 16 mai par des organisations protestantes et catholiques allemandes. Le pasteur Tveit prononcera un discours à l’ouverture de cette manifestation, qui devrait attirer plus de 100’000 participants.

Afghanistan: besoin d’une «paix juste»

La question du conflit militaire en Afghanistan fait l’objet d’une controverse en Allemagne ces derniers mois, depuis que Margot Kässmann, qui était alors la principale évêque protestante du pays, a critiqué la stratégie militaire allemande en Afghanistan et a appelé à recourir à d’autres moyens que la force armée. L’Allemagne compte plus de 4’500 soldats en Afghanistan, ce qui en fait le troisième plus gros contingent de la force internationale menée par l’OTAN. Dans une prédication du Nouvel An, l’évêque Kässmann avait affirmé que les armes «n’apportent de toute évidence pas la paix» en Afghanistan.

Dans son interview à l’hebdomadaire «Rheinischer Merkur», le secrétaire général du COE a souligné, que dans le passé, les Eglises discutaient des conditions dans lesquelles la guerre pouvait être considérée comme «juste» d’un point de vue chrétien. Toutefois, il est nécessaire aujourd’hui, selon lui, «de parler d’une paix juste». Le pasteur Tveit a déclaré: «Nous devons nous demander ce qui constitue une paix durable fondée sur la justice. Il doit s’agir d’une paix qui offre à la population un avenir dans lequel elle puisse vivre dans la paix et la justice, avec des conditions de vie décentes.»

Kirchentag

Plus de 3’000 événements sont prévus au Kirchentag – études bibliques, concerts ou tables-rondes, entre autres. Divers thèmes seront abordés, tels que la justice sociale en Allemagne, la mondialisation, la guerre et la paix face à l’environnement, ainsi que des questions liées à l’œcuménisme et à la religion. Le pasteur Tveit a rappelé que le Rassemblement œcuménique international pour la paix, qui est organisé par le COE en Jamaïque en 2011, va «se pencher plus en détail sur la question de la paix juste». «Dieu nous appelle à être à la fois prophétiques et critiques, à dire ce qui doit être changé et à élaborer une vision pour l’avenir», a déclaré le pasteur Tveit, un luthérien de Norvège, qui est entré en fonction à la tête du COE en janvier. Le Kirchentag œcuménique de Munich est le deuxième rassemblement de ce genre. Le premier s’était déroulé à Berlin en 2003.

Autre question à aborder lors du Kirchentag à Munich, la possibilité que protestants et catholiques partagent l’eucharistie, c’est-à-dire le sacrement qui commémore le dernier repas de Jésus avec ses disciples. Le droit catholique stipule que les fidèles ne doivent pas communier dans les Eglises protestantes et que, à quelques exceptions près, les prêtres catholiques ne doivent pas offrir la communion aux non-catholiques. De nombreux chrétiens d’Allemagne, où les traditions protestante et catholique représentent chacune un tiers des 82 millions d’habitants du pays, voudraient voir un assouplissement de ces règles. «Je pense que nous pouvons progresser», a affirmé le pasteur Tveit, «mais il se pourrait que le chemin soit long».

Encadré

Fondé en 1948 afin de promouvoir l’unité des chrétiens, le COE compte 349 Eglises membres, essentiellement anglicanes, orthodoxes et protestantes. L’Eglise catholique n’en est pas membre mais collabore avec le COE dans certains domaines. «En tant qu’Eglises, nous devons être davantage conscients que nous sommes appelés à être un», a déclaré le pasteur Tveit. «Nous devons donc plus que jamais créer une plateforme dédiée à l’unité des Eglises.» Il s’est félicité de l’élaboration récente d’un document, par les luthériens et les baptistes de Bavière, qui cherche à surmonter les différences entre les deux traditions en matière de baptême. De nombreux baptistes pensent que le baptême des enfants n’est pas valable parce qu’il ne s’agit pas d’une expression personnelle de la foi. Dans ce document, les baptistes affirment cependant que, dans certaines conditions, ils pourraient reconnaître le baptême d’un enfant. «C’est un énorme pas en avant», a commenté le pasteur Tveit. (apic/eni/fb)

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