Colombie: Campagne de groupes paramilitaires contre la Pastorale Sociale de Tumaco
Tumaco, 11 mai 2010 (Apic) Cible depuis plusieurs années des groupes paramilitaires, Mgr Gustavo Giron Higuita, évêque de Tumaco, un port du département du Nariño, à l’extrême Sud-Ouest de la Colombie, a demandé aux autorités et à la police de lui assurer une protection rapprochée. Des sbires d’extrême-droite, qui se font appeler «Los Rastrojos», ont à nouveau menacé les organisations de défense des droits de l’Homme de Tumaco, en particulier les membres de la Pastorale Sociale de ce diocèse situé sur la Côte pacifique de la Colombie.
«Nous avons reçu plusieurs menaces par internet», précise Mgr Gustavo Giron Higuita. Il a confié à l’agence de presse catholique américaine CNS que c’est au moins la septième fois que des groupes armés d’extrême-droite exigent que son diocèse ferme son service de défense des droits de l’Homme. «Ces groupes considèrent que tout le travail que nous faisons dans ce domaine est un soutien à la guérilla. Dans leur message, ils disent qu’en cas de refus ils ne seront pas responsables de ce qui peut arriver». Les collaborateurs du diocèse ont été déclarés «objectifs militaires» par ces groupes illégaux.
Le Centre de la Pastorale Sociale de Tumaco, un diocèse situé tout près de la frontière équatorienne, ne prend pas les menaces des groupes clandestins à la légère. Sa directrice de l’époque, Soeur Yolanda Ceron, a été assassinée en plein jour le 19 septembre 2001 par des paramilitaires en face de l’église «la Merced», dans le Parc Nariño… non loin d’un casernement de la police. La jeune religieuse s’était engagée corps et âme pour la défense des droits des populations noires du Pacifique, n’hésitant pas à rendre publics les abus et les violations dont elles étaient victimes dans cette région du Nariño de la part d’agents de la Force publique alliés aux groupes paramilitaires. (*)
Mgr Gustavo Giron Higuita a répondu aux dernières menaces en rappelant que l’Eglise diocésaine «n’est pas alliée à un quelconque groupe armé, nous défendons seulement les droits de l’Homme et dénonçons les violations, d’où qu’elles viennent!» Les menaces sont venues cette fois-ci des «Rastrojos», un groupe paramilitaire actif dans le trafic de drogues, l’extorsion et les assassinats. Selon les autorités locales, ce groupe clandestin a également tenté de manipuler les élections locales.
L’évêque de Tumaco déplore que depuis que les menaces contre sa vie ont commencé en 2007, les enquêtes des institutions compétentes n’ont présenté aucun résultat et les menaces continuent. Il exige de connaître ce qu’ont obtenu les enquêteurs jusqu’à maintenant. Mgr Gustavo Giron Higuita a réaffirmé dans une interview accordée à l’Apic, que malgré les menaces, le plan pastoral de son diocèse ne va pas changer, en soulignant que son Eglise est «neutre, fidèle à l’Evangile, s’oppose à la guerre et cherche à favoriser le dialogue entre les parties en conflit». Elle se veut incarnée dans les peuples indigènes, «afros» et métis «pour construire le Règne de Dieu, afin que ces peuples aient la vie en abondance et soient les protagonistes de leur histoire».
Le diocèse de Tumaco (sur 270’000 habitants, près de 90% sont des populations noires «afrodescendientes») connaît un bouleversement démographique depuis quelques années. La ville portuaire est passée de 50’000 à 100’000 habitants. La population urbaine de Tumaco a augmenté notamment en raison de l’émigration des campagnes vers la ville, provoquée par les menaces des groupes armés. Nombreux sont ceux qui fuient leur région parce qu’ils refusent de se soumettre à ces groupes qui les contraignent à s’adonner aux cultures illicites, à savoir la production de la coca.
«La violence quotidienne dont nous souffrons provient essentiellement de la lutte pour le contrôle des plantations et du marché des cultures illicites, affirme l’évêque de Tumaco. Les groupes armés – tous, que ce soient les paramilitaires ou la guérilla – ont trouvé dans la coca une manière de financer leur survie et de poursuivre leurs actions militaires. Se procurer des armes coûte en effet très cher!» JB
(*) Le diocèse de Tumaco, avec le soutien de l’oeuvre d’entraide catholique allemande Misereor et la Mission Bethlehem Immensee (MBI) en Suisse, a publié en septembre 2008 un ouvrage en espagnol sur la vie, la mission et l’héritage de Yolanda Ceron, «Si le grain ne meurt…» L’auteur en est Luis Fernando Botero Villegas, anthropologue, chercheur et directeur de la Pastorale indigène du diocèse de Tumaco. (apic/cns/com/be)
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