Genève: L’AGORA, présence des Eglises auprès des réfugiés

Un véritable lieu de transit pour personnes en déplacement

Genève, 19 mai 2010 (Apic) C’est à Vernier, dans la banlieue de Genève, que les Eglises chrétiennes ont installé leur espace de rencontre avec les réfugiés. Cours de français, leçons d’informatique, mais aussi repas, salle d’attente pour le service de consultation juridique et lieu de rendez-vous ou de passage pour enfants, jeunes et adultes: AGORA, qui se veut un espace de rencontre et de dialogue, est en réalité un véritable «lieu de transit pour personnes en déplacement».

Centre des Tattes, à Vernier, un matin de printemps à 10h30. Les avions qui survolent les habitations indiquent la proximité de l’aéroport international de Genève. Au milieu des habitations, une grande place de jeux pour enfants est vide pour l’instant. Dans une vaste cour intérieure, des femmes pendent du linge le long de fils traversant une bonne partie de la place. C’est l’Hospice général de Genève (le bras exécutif du département des affaires sociales) qui gère cet immense quartier d’immeubles alignés façon «helvétique» destiné à n’abriter que des requérants d’asile. Il s’agit en réalité d’une population bien plus hétéroclite, autant au niveau des nationalités que des statuts: familles frappées d’expulsion, requérants, permis B, … et même quelques squatters.

«Le taux d’occupation de ces logements varie chaque jour, en fonction des départs et des arrivées», affirme Michel Bavarel, président d’AGORA. C’est dans ce quartier de banlieue que les Eglises chrétiennes ont installé leur espace de rencontre avec les réfugiés. Une enseigne au rez-de-chaussée du dernier immeuble indique l’adresse de l’organisation: «AGORA / Présence des Eglises auprès des réfugiés». Les Eglises en question sont l’Eglise catholique romaine, réformée et catholique chrétienne, soit les trois Eglises reconnues par l’Etat de Genève. Deux autres organisations partagent les mêmes locaux: le service d’assistance juridique ELISA (anagramme de Asile) et «Les Scribes», un groupement d’écrivains publics.

Ce matin, au sous-sol, Carmen donne un cours d’informatique dans une salle équipée de 7 ordinateurs. Seuls 5 requérants sont présents. Jusqu’au moment où une retardataire se pointe. «10 centimes d’amende», décrète l’animatrice. La nouvelle venue, essoufflée, invoque une excuse, mi-amusée mi-gênée. A peine s’est-elle installée que débarque une nouvelle participante, qui prend place devant le dernier ordinateur libre. «10 centimes d’amende», insiste Carmen. «Avant j’avais fixé l’amende à 5 centimes, mais ce n’était pas assez dissuasif», explique-t-elle.

Beaucoup de femmes au cours d’informatique

«Ils ne sont pas tous ponctuels. La notion de l’heure est relative dans certaines sociétés», explique Michel Bavarel. De plus, certains requérants ont d’autres obligations, comme des rendez-vous avec le médecin ou avec les services sociaux. «Et parfois, lorsqu’ils reçoivent une mauvaise nouvelle, ils n’ont pas le courage de venir». Dans la mesure du possible, l’animatrice du cours remplace les absents par d’autres participants. Car le cours est très demandé et il existe une liste d’attente. En plus des 4 matinées, une série a même été lancée sur deux après-midi depuis la fin avril. La salle de cours est maintenant complète. Sur les sept participants, cinq sont des femmes. «Ce n’était pas le cas auparavant. Je pense que ma présence a incité plusieurs femmes à s’inscrire», explique Carmen.

Le pasteur Pierre Dürenmatt est de passage à l’AGORA ce matin. Dürenmatt, comme …. «Oui, comme l’écrivain. C’est son fils», indique Michel Bavarel. Une précision que le concerné, un peu gêné, ne tenait pas forcément à révéler. Il est engagé à 50% comme aumônier protestant à AGORA. Anne-Madeleine Reinmann, également engagée à mi-temps par l’Eglise réformée, est aussi de passage ce matin à AGORA. Mais elle œuvre surtout à l’aéroport dans la zone de transit, en compagnie de bénévoles catholiques, et à Frambois, qui est une prison administrative pour «mesures de contrainte» envers les étrangers.

11h15: la salle principale est remplie. Une douzaine de requérants et d’animatrices sont installés sur les chaises et sur les divans. Les tranches de cake et de pain sur la table basse, à côté des tasses de café, trouvent facilement preneurs. C’est la pause du cours d’informatique. L’animatrice se révèle infatigable pour stimuler et encourager ses élèves. Elle plaisante, discute, s’inquiète de leur santé ou de leur famille. Les requérants présents dans la salle semblent gênés par la présence d’un journaliste et d’un photographe. Ils n’aiment pas être repérés et certains ont demandé de ne pas être pris en photo de façon reconnaissable.

Requérante ou animatrice?

Jasmina, une juriste de ELISA aux cheveux noirs, au teint basané et à l’habillement très coloré, vient consulter la liste d’attente des requérants. Vient-elle d’Afrique du Nord, ou du Moyen-Orient? «Pas du tout. Je suis Appenzelloise», lance-t-elle tout sourire. Dans ce lieu de transit, on confondrait facilement requérantes et animatrices.

Le cours d’informatique va reprendre. La grande majorité des personnes présentes quittent les lieux pour rejoindre la salle du sous-sol. Ne restent que deux ou trois requérants en attente d’être reçus à ELISA et quelques animatrices bénévoles. A la réception, Jacqueline veille à ce que toutes les personnes présentes soient accueillies. L’aumônière catholique Nicole Andreetta débarque. Elle cherche à distribuer des billets d’entrée pour une pièce de théâtre, puis s’inquiète de savoir si son collègue réformé Pierre a emporté des gâteaux qu’elle avait déposés à la réception, pour les distribuer dans d’autres lieux de présence d’AGORA.

L’autre permanente du service juridique s’avance. Elle est de type asiatique, mais qui sait si elle n’est pas Saint-Galloise? Elle consulte la liste d’attente et appelle: «Monsieur Haji?» Un homme resté silencieux jusqu’à maintenant se lève, visiblement soulagé d’être accueilli. Il salue la juriste en souriant et la suit dans la salle de consultation de ELISA. Il est midi. Les allées et venues continuent au Centre AGORA. Et dans le quartier, la vie commence à s’animer, les enfants des requérants d’asile reviennent de l’école sous le vrombissement des avions.

Encadré:

Des contacts établis grâce au centre de consultation juridique

AGORA a ouvert son centre des Tattes en avril 2009. Auparavant, l’organisation était installée dans une vaste maison proche, démolie pour laisser place à un centre commercial d’IKEA.

Le centre de consultation juridique ELISA est ouvert trois demi-jours par semaine. Le fait que sa salle d’attente se trouve dans la grande salle de AGORA permet aux animatrices et animateurs d’établir des contacts.

En plus des cours, les requérants passent à AGORA pour rencontrer des animateurs ou d’autres requérants, boire un café, manger un morceau de gâteau, … D’autres viennent se faire aider pour des démarches administratives. Beaucoup d’enfants y passent également, pour un appui scolaire, pour jouer, lire ou simplement rencontrer d’autres enfants. Il faut savoir que les logements collectifs du Centre des Tattes sont étroits. Souvent, une chambre exiguë accueille 2 ou 3 requérants, et les sanitaires et la cuisine sont collectifs. AGORA accueille aussi des réunions ou des fêtes d’anniversaire.

AGORA tourne avec un budget annuel de 80’000 frs, dont 41’000 proviennent des «Amis d’AGORA», 15’000 frs de l’Etat de Genève (qui met également les locaux gratuitement à disposition), 10’000 frs de donateurs institutionnels et 8’000 frs de subsides des Eglises.

Note: Des photos de ce reportage peuvent être commandées chez Jean-Claude Gadmer

e-mail: jc.gadmer@bluewin.ch ; natel 079 266 23 23 (apic/bb)

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