Rome: Benoît XVI s’apprête à fonder un dicastère sur la ›nouvelle évangélisation’

Mgr Rino Fisichella pressenti pour être nommé à sa tête

Rome, 21 mai 2010 (Apic) La rumeur selon laquelle Benoît XVI s’apprêterait à créer un nouveau Conseil pontifical en charge de la ›nouvelle évangélisation’ dans les pays déchristianisés circule ces dernières semaines à Rome, sans pour autant avoir été officiellement confirmée au Vatican. Le but de ce dicastère, que le pape a laissé entrevoir dans ses récents discours au Portugal, est d’enrayer la sécularisation massive d’un Occident détaché de ses racines chrétiennes. D’ici à la fin mai 2010, a appris I.MEDIA, Mgr Rino Fisichella pourrait être nommé à la tête de ce nouveau dicastère.

Avec la création de ce Conseil pontifical pour la ›nouvelle évangélisation’, qui deviendrait l’un des gestes les plus significatifs de son pontificat, le pape répondrait ainsi à une préoccupation de Jean Paul II (1978-2005), qui avait employé l’expression ›nouvelle évangélisation’ pour la première fois en 1979 dans la cité-dortoir de Nowa Huta, dans la banlieue de Cracovie (Pologne), prototype de la ville soviétique et sans Dieu.

Mgr Fisichella pressenti

Selon la presse italienne, c’est Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la vie depuis juin 2008, qui pourrait prendre la tête de ce Conseil pontifical. Cette nomination permettrait de mettre fin aux tensions internes à l’académie, dont quelques membres avaient demandé la démission de leur président après ›l’Affaire de Recife’. Mgr Fisichella serait déjà, murmure-t-on au Vatican, en train de travailler à la lettre apostolique sous forme de Motu proprio qui entérinerait la décision de Benoît XVI.

Au Vatican, la perspective de la création de ce nouveau dicastère ne fait pas que des heureux. Dans plusieurs conseils pontificaux, comme celui en charge de la culture ou celui pour les laïcs, certains ne cachent pas qu’il pourrait empiéter sur le travail déjà en cours dans ces ›ministères’ de la curie romaine.

Lors de son récent voyage au Portugal, Benoît XVI a semblé poser les jalons du dicastère de la nouvelle évangélisation en affirmant à Porto, le 14 mai, que si l’Eglise est convaincue de la nécessité de «communiquer la Bonne Nouvelle de Jésus à tous ceux qui ne le (connaissent) pas encore», elle «est appelée à affronter de nouveaux défis» aujourd’hui.

Ainsi, a soutenu Benoît XVI dans un pays de tradition catholique en proie au sécularisme, «le champ de la mission ad gentes se présente aujourd’hui notablement élargi et il ne peut être défini seulement sur la base de considérations géographiques : en effet, nous sommes attendus non seulement par les peuples non chrétiens et les terres lointaines, mais aussi par les milieux socio-culturels».

La veille, à Fatima, devant les évêques du Portugal, le pape avait soutenu que l’époque actuelle exigeait «un nouveau dynamisme missionnaire des chrétiens, appelés à former un laïcat mûr (…) surtout dans ces milieux humains où le silence de la foi est plus grand et plus profond».

De Vatican II à Nowa Huta

La notion de ›nouvelle évangélisation’ a fait son apparition après le Concile Vatican II (1963-1965). Ainsi, Paul VI (1963-1978), dès la fin du Synode des évêques en octobre 1974 et dans son Exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi, en décembre 1975, annonçait des «temps nouveaux pour l’évangélisation». «Les conditions de la société nous obligent à réviser les méthodes, à chercher par tous les moyens, à étudier comment faire arriver à l’homme moderne le message chrétien», écrivait encore Paul VI.

C’est 4 ans plus tard, alors qu’il effectuait son premier voyage en Pologne, que Jean-Paul II a employé de manière explicite l’expression ›nouvelle évangélisation’. Ce 9 juin 1979, à Nowa Huta, il affirmait: «au seuil du nouveau millénaire», une «nouvelle évangélisation est commencée, comme s’il s’agissait d’une deuxième annonce, bien qu’en réalité ce soit toujours la même». Déjà, lors du Concile Vatican II, le décret Ad gentes sur l’activité missionnaire de l’Eglise rappelait que l’évangélisation n’était pas la spécialité des seuls missionnaires attitrés, mais qu’elle engageait tous les laïcs.

Alors qu’il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Joseph Ratzinger s’était aussi exprimé sur le sujet lors d’une conférence qui portait précisément sur le thème de la nouvelle évangélisation, à l’occasion du Jubilé des catéchistes, le 10 décembre 2000. Inquiet du «processus progressif de déchristianisation et de perte des valeurs humaines essentielles», le cardinal Ratzinger avait regretté qu’»une grande partie de l’humanité d’aujourd’hui ne trouve plus, dans l’évangélisation permanente de l’Eglise, l’Evangile, c’est-à-dire une réponse convaincante à la question: Comment vivre?»

Pour cette raison, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi avait jugé nécessaire de chercher, «outre l’évangélisation permanente, jamais interrompue, et à ne jamais interrompre, une nouvelle évangélisation, capable de se faire entendre de ce monde qui ne trouve pas l’accès à l’évangélisation ›classique’». «Tous ont besoin de l’Evangile, l’Evangile est destiné à tous, et pas seulement à un cercle déterminé», avait asséné le haut prélat, appelant à trouver de «nouvelles voies pour porter l’Evangile à tous». (apic/imedia/cp/ami/bb)

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