Chrétiens et musulmans favorables à une République séculière
Bombay, 25 mai 2010 (Apic) A la veille du 28 mai, date butoir pour dissoudre l’Assemblée constituante alors que la rédaction de la nouvelle Constitution démocratique n’est pas encore terminée, les fondamentalistes hindous exigent la restauration d’une monarchie théocratique au Népal. Chrétiens et musulmans s’inquiètent des visées hindouistes, en insistant que sous la République, ils peuvent jouir d’une plus grande liberté religieuse.
Venus de 64 pays à Mumbai (l’ancienne Bombay) pour préparer leur campagne en faveur de la restauration d’un Etat népalais hindou, les hindous népalais ne veulent pas entendre parler de l’établissement d’une République fédérale et laïque revendiquée par les maoïstes. Les militants hindous estiment que le Népal va perdre son identité définie dans le passé par sa religion et sont opposés à ce que le pays soit gouverné par un régime séculier.
La réunion des hindous népalais était organisée avec le soutien des fondamentalistes indiens du Shiva Sena et de la Fédération mondiale hindoue (WHF). Le congrès accueillait des délégués venus notamment des Etats-Unis, du Japon et de Grande-Bretagne. De l’autre côté, les maoïstes font pression sur la coalition gouvernementale afin qu’elle soumette la nouvelle Constitution dans le délai prescrit du 28 mai, sous peine de plonger à nouveau le pays dans la crise.
Kamal Thapa, chef du parti népalais pro-monarchiste «Rastrya Parjatra Party-Nepal», a déclaré à l’agence de presse catholique AsiaNews que les partis politiques n’ont pas le droit de déclarer que le Népal est un Etat laïc. «80% des Népalais sont hindous», ce qui signifie qu’un référendum sur cette question est nécessaire avant de prendre une telle décision. Il annonce que les hindouistes vont chercher à fonder une «alliance globale» pour combattre le sécularisme. «Si le Népal venait à être déclaré nation laïque, nous perdrions notre identité au plan mondial».
Mashuriddhin Ansari, qui dirige l’association «Société civile musulmane», regrette qu’à travers leur action, les fondamentalistes hindous essayent de pousser le pays vers le chaos religieux et la violence. Il estime que le pays est déjà devenu laïc à l’abolition de la monarchie en 2007 après dix ans de guerre civile et «personne ne devrait essayer de revenir en arrière». Les hindouistes aimeraient que le roi revienne sur son trône, au grand dam des minorités religieuses. Les militants hindouistes ont commis plusieurs attentats contre des mosquées et des églises. JB/AsiaNews
Il y a un an, l’attentat meurtrier contre l’église de l’Assomption de Katmandou
Un an après l’attentat meurtrier contre l’église de l’Assomption de Katmandou, les chrétiens népalais ont organisé une célébration du pardon pour la Pentecôte. «Eglises d’Asie» (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP), rappelle que le samedi 23 mai 2009, une bombe explosait dans l’église catholique de Assomption, principal lieu de culte catholique du Népal. Avec plus de 500 participants, l’église était comble pour la messe dominicale qui se tient habituellement le samedi, jour férié hebdomadaire au Népal. L’engin meurtrier tuait trois personnes, blessait grièvement une quinzaine d’autres et laissait sous le choc toute la communauté chrétienne du Népal.
Le dimanche de Pentecôte coïncidait cette année, jour pour jour, avec l’anniversaire de l’attentat. Des centaines de chrétiens de toutes confessions s’étaient réunis avec leurs prêtres et leurs pasteurs sur un vaste terrain jouxtant l’église de l’Assomption, à Lalitpur, dans la banlieue de la capitale. Alternant cantiques et prières pour le Népal, ceux qui avaient perdu un de leurs proches dans l’explosion ou avaient été blessés, ont exprimé leur pardon aux auteurs de l’attentat, des membres d’un groupe terroriste hindouiste, la «Nepal Defence Army» (NDA) (1), qui revendique le retour à un Etat hindou.
Selon tous les participants à cette grande cérémonie oecuménique de Pentecôte, une autre conséquence positive du drame a été le renforcement des liens oecuméniques entre les chrétiens et même entre les autres religions. Ainsi «La voix des martyrs», un site internet chrétien d’obédience protestante, a fourni des fonds pour payer les soins et les hospitalisations des blessés. Autre grande première au Népal, une grande manifestation silencieuse avait rassemblé fin mai 2009, plus de 7’000 catholiques et protestants dans les rues de Katmandu, et des centaines d’autres dans plusieurs villes du pays, «pour la paix et la non-violence». Cette démarche avait fortement marqué les autres communautés religieuses du Népal dont certains membres s’étaient joints aux chrétiens.
Au Népal, pays hindou à plus de 80 %, l’Eglise catholique qui compte quelque 8’000 membres, doit faire face ces derniers temps à une augmentation de l’hindouisme extrémiste, favorisé par une conjoncture politique d’une grande instabilité où les maoïstes tentent de faire tomber le gouvernement à quelques jours de la promulgation de la Constitution népalaise, prévue initialement pour le 28 mai prochain. JB/EdA
(1) Le 29 mai 2009, la «Nepal Defense Army» avait accompagné sa revendication de l’attentat par ces menaces: «Nous voulons que le million de chrétiens [présents au Népal] quitte le pays, sinon nous mettrons un million de bombes dans toutes les maisons où vivent les chrétiens et nous les ferons exploser». Le groupe, qui demandait la restauration d’un Etat hindou, avait commencé ses actions peu après l’instauration, à la chute de la monarchie, d’une République laïque gouvernée par les maoïstes. Exigeant le départ des étrangers, des ONG et des «religions non hindoues», le mouvement terroriste avait plastiqué des mosquées, multiplié les attaques contre les chrétiens et assassiné en 2008 le P. John Prakash Moyalan. (apic/eda/asian/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/chretiens-et-musulmans-favorables-a-une-republique-seculiere/