Inde: Deux mille aborigènes naga ont fui les violences de l’Etat voisin du Manipur

Les chrétiens du Nagaland viennent au secours des réfugiés

New Delhi, 30 mai 2010 (Apic) Les chrétiens de l’Etat du Nagaland, en Inde, ont mis en place une aide d’urgence pour quelque deux mille aborigènes naga qui ont fui les violences de l’Etat voisin du Manipur, indique Eglises d’Asie.

«Bon nombre d’entre eux se sont enfuis avec seulement les vêtements qu’ils avaient sur le dos», rapporte le Père Nirappel Kuriacko Abrahma, curé de Saint-François de Sales, à Kohima, capitale du Nagaland. Ses paroissiens ont donné de l’argent, des vêtements et du riz. «Heureusement, de nombreux chrétiens se sont présentés spontanément et ont donné avec générosité», se réjouit pour sa part Susan Mao, paroissienne de la cathédrale Sainte-Marie à Kohima. «Ce n’est pas rien de préparer tous les jours des repas pour 500 personnes dans un camp !», ajoute-t-elle.

Les déplacés, en majorité des femmes et des enfants, ont été répartis dans plusieurs camps de secours. D’après leurs témoignages, ils ont subi des attaques de la police et de groupes paramilitaires, la vague de violence a atteint son paroxysme au cours des dernières semaines.

L’Etat du Manipur fait partie des territoires dits «tribaux» (aborigènes) du Nord-Est de l’Inde, considérés comme des zones de conflit endémique et soumis à des restrictions d’entrée sur le territoire. Les Naga, l’une des principales ethnies du pays, vivent dans la partie montagneuse de l’Etat et sont l’objet de discriminations de la part du gouvernement en raison d’un long passé de revendications indépendantistes.

Les tensions ont commencé début avril lorsque les autorités du Manipur ont annoncé la tenue prochaine d’élections pour les conseils de six districts autonomes des Hills Areas, selon une loi récemment adoptée par le gouvernement mais particulièrement controversée au sein des communautés aborigènes. Ces dernières dénoncent les nouvelles dispositions comme étant «anti-tribales», réduisant leurs droits et les empêchant de suivre leurs coutumes et traditions locales comme cela leur a été accordé constitutionnellement. Des organisations de Naga, dont la All Naga Students Association Manipur (ANSAM), d’autres regroupements aborigènes, tel le Manipur Tribal Joint Action Committee, ont alors demandé alors au gouvernement de revoir la loi et d’annuler les élections, menaçant de mettre en place un blocus, isolant l’Etat du Manipur, si leurs revendications n’étaient pas entendues.

Le 11 avril, sous la coordination de l’ANSAM, les Naga établissaient des barrages sur les voies d’accès principales au Manipur pour un «blocus illimité». Le bras de fer se poursuivait depuis trois semaines lorsque «l’incident de Mao Gate» a achevé de mettre le feu aux poudres. Le 6 mai dernier, le ministre-président de l’Etat, Okram Ibobi Singh, a refusé l’entrée sur le territoire du leader indépendantiste du Nagaland, Thuingaleng Muivah, qui devait se rendre dans son village natal du Manipur. Les Naga se préparaient à recevoir avec faste le chef du National Socialist Council of Nagalim (NSCN-Isak Muivah), qui avait renoncé au combat armé avec le gouvernement central indien depuis le cessez-le-feu de 1997.

Le 6 mai, une grande manifestation pacifique naga s’était tenue à Mao Gate, en faveur de Thuingaleng Muivah. Selon des sources locales, les forces de l’ordre auraient tiré sans sommation sur la foule et tué deux jeunes étudiants, blessant grièvement plus de 80 personnes, essentiellement des femmes. Puis la police de l’Etat et les militaires auraient ensuite pourchassé les Naga et menacé ceux qui persistaient à rester dans les villages des environs, les obligeant à fuir au Nagaland tout proche.

A l’heure actuelle, le blocus perdure et menace le Manipur d’une grave crise alimentaire. Les prix du riz, de l’essence et des médicaments ont flambé et ne sont disponibles qu’au marché noir pour trois fois leur prix habituel. L’armée de l’air fédérale a dû acheminer à Imphal, la capitale de l’Etat, des colis alimentaires et médicaux d’urgence.

Les élections controversées dans les Hills Areas se sont finalement tenues comme prévu le 26 mai dernier, sous haute surveillance policière et militaire. (apic/eda/pr)

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