Voyage de Benoît XVI à Chypre du 4 au 6 juin prochain
Fronde d’une frange de l’épiscopat orthodoxe hostile à la venue du pape
Rome, 1er juin 2010 (Apic) Le voyage que Benoît XVI s’apprête à accomplir à Chypre du 4 au 6 juin 2010 va officiellement s’articuler autour de 3 enjeux principaux: œcuménique, géopolitique, mais aussi interreligieux. D’ores et déjà, le contexte de ce 16e déplacement hors d’Italie s’annonce délicat, suite à la fronde d’une frange de l’épiscopat orthodoxe hostile à la venue du pape et, plus récemment, à la dégradation de la situation au Proche-Orient.
Officiellement, pour le Vatican, le pape se rend sur cette île de l’Est de la Méditerranée pour remettre l’»Instrumentum laboris» (document de travail) du premier Synode des évêques pour le Moyen-Orient d’octobre 2010, au terme de la messe qu’il célébrera le 6 juin à Nicosie, en présence de nombreux patriarches d’Orient et de l’archevêque orthodoxe de Chypre Chrysostome II.
Au fil des réunions préparatoires de ces derniers mois, à Rome, quelques-unes des lignes directrices de ce synode se sont peu à peu dessinées, comme la «collaboration dans le service commun à l’homme et dans la promotion du bien commun» entre chrétiens, juifs et musulmans. Patriarches et membres de la curie romaine ont aussi évoqué la situation ecclésiale et le contexte sociopolitique au Moyen-Orient. L’»Instrumentum laboris» sera très fidèle aux «Lineamenta» (document de préparation de ce synode spécial) publiés le 19 janvier 2010, a assuré le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège le 1er juin.
Au lendemain de l’attaque par Israël de navires de militants pro-palestiniens au large de Gaza, le Père Lombardi a en outre précisé que cet «événement très triste et préoccupant pour le climat général» n’aurait cependant pas d’influence sur le déroulement du voyage.
Le déplacement de Benoît XVI à Chypre peut aussi être interprété comme un nouveau pas dans le dialogue avec les orthodoxes, alors que l’hypothèse d’une rencontre entre le pape et le patriarche de Moscou Cyrille se fait de plus en plus sérieuse. Au terme de ce voyage, le pape aura ainsi rencontré Chrysostome II, 3 ans et demi après avoir été accueilli à Istanbul (Turquie) par le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier.
Pour autant, l’arrivée de l’évêque de Rome à Chypre ne fait pas l’unanimité. Ainsi, 3 métropolites et 2 autres prélats de l’Eglise orthodoxe ont annoncé leur intention de boycotter la visite du pape «en raison du prosélytisme qu’exerce le Vatican aux détriments de l’orthodoxie». Chrysostome II est très respecté et il a la situation en main, a pour sa part assuré le Père Lombardi à la presse, convaincu que «ces franges n’interféreront pas avec l’attitude générale de l’Eglise orthodoxe».
De son côté, sur une île occupée pour un tiers par la Turquie, Nicosie attend beaucoup de la présence du pape dans le processus de réunification de Chypre, divisée depuis l’invasion turque de 1974. Au Nord de la ligne verte – ou ligne ›Attila’ – qui éventre aussi la capitale, la République turque de Chypre du Nord, autoproclamée en 1983 et reconnue uniquement par Ankara, a profondément transformé le visage de l’île, après l’exode de nombreux chrétiens maronites.
Des fenêtres de la nonciature – en fait une aile du couvent franciscain attenant à l’église de la Sainte-Croix – située précisément sur la zone contrôlée par les Nations unies, le pape aura la possibilité d’observer ces fameux territoires occupés. La possibilité d’une présence du pape sur ces lieux disputés a été évoquée, «mais elle n’a pas été prise en considération de façon sérieuse» a confié le Père Federico Lombardi à la presse, n’excluant pas en revanche une rencontre, qui serait «très significative», avec la petite communauté musulmane présente dans la partie Sud de l’île.
La visite du pape va attirer l’attention du monde entier sur la situation à Chypre, confie pour sa part l’ambassadeur de la République de Chypre, George Poulides, qui espère que le 16e voyage du pape jouera en faveur de la réunification de l’île et de la paix. La tâche du pape s’avère néanmoins d’autant plus difficile que le nouveau leader du tiers nord de l’île, Dervis Eroglu, avec lequel le président de la République de Chypre Dimitris Christofias doit rependre les négociations, s’est dit favorable à une solution à 2 Etats. JB/CP
L’Eglise chypriote en chiffres
Du 4 au 6 juin 2010, Benoît XVI effectuera le 16e voyage à l’étranger de son pontificat en se rendant au Sud de Chypre, dans la zone grecque de cette île située en Méditerranée orientale. Les quelques catholiques de rite latin vivant sur l’île dépendent du Patriarcat latin de Jérusalem.
Chypre est divisée entre les Grecs, au Sud (majoritaires et membres de l’Union européenne), et les Turcs, au Nord. L’armée turque occupe la partie Nord depuis 1974 et les deux entités sont séparées par la ›Ligne verte’, contrôlée par les forces des Nations Unies.
Il s’agira de la première visite d’un pape en République de Chypre, un territoire dont la population se compose à 78 % d’orthodoxes, à 18 % de musulmans, et à 3,15 % de catholiques. Cette population catholique se divise entre maronites (0,75 %) et latins (2,39 %), soit 25’000 personnes sur un total de 794’000 d’habitants (au 31 décembre 2008). En République de Chypre, l’Eglise compte 1 diocèse et près de 13 paroisses.
On dénombre à Chypre près de 30 prêtres catholiques maronites et latins: 12 prêtres diocésains et 18 religieux prêtres. Au regard de ces chiffres (au 31 décembre 2008), il y a donc 1 prêtre pour 833 fidèles catholiques, chiffre qui place l’Eglise chypriote bien au-dessus de la moyenne mondiale qui est d’1 prêtre pour 2’849 catholiques.
En outre, on compte également sur l’île 18 religieux non prêtres, 42 religieuses et un seul séminariste. Il y a actuellement 2 évêques nommés pour l’île de Chypre: Mgr Youssef Antoine Soueif (maronites) et Mgr Fouad Twal (latins), résidant à Jérusalem. Ce dernier, patriarche latin de Jérusalem, est représenté à Chypre par un vicaire patriarcal, le Père franciscain Umberto Barato.
Dans le domaine éducatif, près de 18 écoles maternelles ou primaires catholiques accueillent un total de 5355 élèves. Il existe aussi 4 collèges et lycées catholiques pour près de 992 élèves. Il n’existe, en revanche, aucune université ou institut d’études supérieures catholiques. Concernant les institutions caritatives et sociales catholiques, on dénombre à Chypre 2 hôpitaux, 3 dispensaires, 1 maison de soins et 6 orphelinats ou garderies. (apic/imedia/mlb/be)
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