Île Maurice : Attaque du gouvernement contre un groupe de presse

Pour l’archevêque de Port-Louis, elle « nuit au bon fonctionnement de la démocratie »

Port-Louis, 6 juin 2010 (Apic) Mgr Maurice Piat, archevêque de Port-Louis, en Île Maurice, a dénoncé les attaques du gouvernement contre un groupe de presse du pays, « La sentinelle », qui publie le quotidien « L’Express », l’un des plus grands titres du pays, accusé de soutenir l’opposition.

Selon la direction du groupe, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, dont le parti a remporté les dernières élections législatives du 5 mai dernier, l’accuse d’avoir pris parti en faveur de l’opposition. Il avait averti les responsables du quotidien L’Express, qu’ils paieraient le prix de leur soutien « supposé » à l’opposition. Cette menace a été mise à exécution dès la prise de fonctions du nouveau gouvernement formé au lendemain des législatives du mois dernier. Un ordre a été transmis à l’ensemble des ministères, des organismes de l’Etat et aux bibliothèques, afin qu’ils annulent leurs abonnements au journal L’Express, « privant ainsi La Sentinelle d’une part de revenu non négligeable ».

En outre, interdiction a été notifiée à l’administration, de recevoir des exemplaires du journal. Elle est également priée de retirer le quotidien de certaines bibliothèques municipales du pays. Des journalistes du quotidien ont été renvoyés d’une conférence de presse ministérielle. Toutes ces « mesures discriminatoires à notre encontre ne sont pas nouvelles », a déclaré à Reporters sans frontières le président du conseil d’administration de La Sentinelle, Jean-Claude de l’Estrac. Depuis quatre ans, a-t-il rappelé, le groupe est frappé « d’un boycott systématique des autorités. Ce tort prend désormais des proportions alarmantes ».

Pour la liberté de la presse

L’archevêque de Port-Louis a déploré cette situation, soulignant, dans une déclaration publiée sur le site internet du diocèse : www.dioceseportlouis.org, que « s’attaquer à la liberté d’information, c’est nuire au bon fonctionnement de la démocratie ».

« L’asphyxie lente d’un groupe de presse, si elle était maintenue, menacerait aussi la liberté d’expression garantie par la constitution », a-t-il poursuivi, ajoutant que l’enseignement social de l’Eglise le dit clairement : « l’information figure parmi les principaux instruments de participation démocratique ». « Aucune participation n’est pensable sans la connaissance des problèmes de la communauté politique, des données de fait et des diverses propositions de solution. Il faut assurer un pluralisme réel dans ce secteur délicat de la vie sociale », a fait remarquer Mgr Piat, citant le Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise, no 414.

Le rôle de l’Etat est de donner un cadre légal approprié pour que la libre circulation de l’information permette un vrai fonctionnement de la démocratie, a-t-il encore dit.

Selon le chef de l’Eglise romaine mauricienne, depuis son indépendance, le pays « a toujours été attaché aux valeurs de la démocratie dont la liberté est la pierre angulaire ». L’indépendance elle-même a été acquise grâce à une liberté d’expression qui garantissait un sain fonctionnement démocratique.

« Toutes les libertés se tiennent : liberté d’expression, liberté de mouvement et de rassemblement, liberté de choisir et de pratiquer sa religion, liberté de conscience », a-t-il encore fait observer, tout en notant que lorsqu’on touche à l’une de ces libertés, toutes les autres sont en danger. A cet égard, il a appelé tous les mauriciens « épris de liberté », à être « vigilant », les appelant à faire entendre leur voix « à la moindre menace ».

En plus, a-t-il encore dit, l’Evangile prend vigoureusement la défense de la dignité de la personne humaine et des libertés qui lui sont nécessaires pour s’épanouir. « Le mot attribué au pasteur Martin Niemöller nous invite à la solidarité dans la défense de ces libertés : Quand ils ont arrêté les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste ; quand ils ont arrêté les socialistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas socialiste; quand ils ont arrêté les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif ; quand ils sont venus m’arrêter, il n’y avait plus personne pour protester», a indiqué enfin Mgr Maurice Piat.

Avec l’archevêque de Port-Louis, de nombreuses organisations internationales de défense des droits de l’homme et de la liberté de la presse, comme que Reporters sans frontières, Amnesty international (AI), et l’opposition mauricienne, condamnent l’attaque du gouvernement contre le groupe La Sentinelle. (apic/ibc/js)

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