Brésil: L’Eglise toujours aux côtés des victimes

Deux mois après les inondations

Rio de Janeiro, 6 juin 2010 (Apic) Le 6 avril dernier, Rio de Janeiro, au Brésil, était le théâtre d’inondations faisant plus de 200 morts et plusieurs milliers de sans abri, essentiellement dans les favelas. Après les secours d’urgence et l’organisation de la solidarité, l’Eglise continue son travail, en soutenant les populations désormais menacées d’expulsion.

Le Père Silmar se souvient parfaitement de la première messe qu’il a célébrée dans la chapelle de la favela « Morro dos Prazeres » (« Colline des plaisirs »), adossée au quartier de Santa Teresa, le « Montmartre » de Rio de Janeiro. « C’était le 11 avril, cinq jours après la tragédie. La coulée de boue avait enseveli trente quatre personnes, dont une majorité d’enfants. Parents, amis, voisins… Tout le monde avait perdu un être cher. Lorsque j’ai célébré l’eucharistie, se souvient-il, j’ai senti un moment de communion intense durant lequel les fidèles ont pleuré leurs morts. » En évoquant ces instants, le Père Silmar Alves Fernandez a du mal, lui aussi, à contenir son émotion. Devant lui se dressent des écheveaux de maisons cubiques aux couleurs délavées, séparées par un sillon de terre rouge d’une quarantaine de mètres de largeur et de plusieurs centaines de mètres de long. « C’est ici, le 6 avril, à 08h15, après deux jours de pluies diluviennes, que le torrent de boue a dévalé. Sur son passage, Il a emporté des dizaines de maisons. »

Les inondations qui ont fait au total plus de 200 morts et plusieurs de milliers de sans abri dans toute l’agglomération de Rio de Janeiro, deuxième ville du Brésil (8 millions d’habitants), n’a pas surpris grand monde parmi les habitants du « Morro dos Prazeres ». « C’est la troisième fois en dix ans que de tels éboulements meurtriers se produisent, rappelle Elisa Rosa Brandao, la cinquantaine, présidente de l’association des habitants de la favela et résidente depuis plus d’un quart de siècle. Et cela fait des années que nous réclamons des travaux pour stabiliser et renforcer les pans de la colline. » Des ouvrages relevant de la municipalité, mais cette dernière rechigne à la tâche. « En janvier, poursuit Elisa, des ingénieurs de la voirie sont venus ici pour évaluer les risques que pouvaient présenter certaines portions de la colline. Parmi elles figuraient la partie qui s’est éboulée. A l’époque, ils ont assuré que cette partie-là ne présentait aucun danger ! »

Témoignage d’une éducatrice

Dona Rosa Alice, elle aussi, « sentait » qu’un jour ou l’autre une tragédie allait arriver. Arrivée en 1955 alors que la favela ne comptait qu’une douzaine de baraques, cette dynamique septuagénaire, « laïque consacrée » comme elle se qualifie elle-même, a vu se développer ces habitats précaires occupés par des « gens durs au labeur » venus de régions pauvres du Brésil, en quête d’un avenir meilleur pour leurs enfants. « J’ai travaillé pendant près d’un demi siècle au développement de l’éducation à « Morro dos Prazeres », explique t-elle. D’abord très modestement, puis, avec l’argent d’une ONG allemande nous avons construit une école qui accueille aujourd’hui près de 120 élèves. » Une école heureusement peu affectée par les inondations car bâtie sur une partie stabilisée de la favela. Ce qui ne l’empêche pas de vivre un drame puisque quatre élèves scolarisés dans l’établissement ont péri dans l’éboulement. « Parmi eux, figurait un gamin qui a été enseveli par une pierre sous les yeux de son père impuissant. »

Ines, elle, remercie tous les jours le Seigneur d’avoir épargné sa famille. Sa maison n’a certes pas été directement touchée par le torrent de boue, mais elle a pourtant été interdite d’accès le jour même en raison d’un début d’effondrement. Résultat, la quarantenaire, son mari (insuffisant rénal), ses deux enfants, son gendre et ses deux petits enfants s’entassent dans un minuscule deux pièces que l’administration du Collège Assomption, une institution religieuse située en face de la favela, lui prête jusqu’à la fin du mois. « On n’a pu sauver que la gazinière, explique t-elle, les larmes aux yeux, en montrant les vêtements et les matelas amassés à même le sol. Et ni le gouvernement, ni la ville de Rio ne nous aident. » Hormis un « chèque social » de 400 reais (250 Chf), supposé permettre la location d’un appartement dans le quartier. « Impossible ! tonne Ines. Ou alors ce serait un vrai taudis ! Mais j’ai peur que bientôt nous n’ayons pas le choix. Je prie tous les jours, sanglote t-elle, pour que mes enfants ne dorment pas sous un pont. »

Solidarité dans le diocèse

Une crainte que le Père Silmar apaise sans tarder. « Jusqu’à présent, toutes les personnes délogées pour raison de sécurité ont été accueillies par de la famille ou des amis. Et quand ce n’était pas possible, nous avons fait appel à nos réseaux de solidarité. » Avec un franc succès. « Dès le lendemain de la tragédie, tous les moyens de communication, notamment informatiques, ont été mis en œuvre pour lancer un appel à la solidarité à travers tout le diocèse de Rio de Janeiro. Le même jour et pendant plus de deux semaines, nous avons assisté à un défilé incessant de véhicules de tous volumes, déchargeant des tonnes de vivres, de vêtements, de couvertures et de matelas dans la cour du collège Assomption. » Devant cet afflux, un hangar a même été improvisé et des navettes ont assuré la livraison des habitants via la paroisse située au cœur de la favela. « Le travail a été fait en collaboration avec les différentes institutions religieuses du quartier, comme les « Missionnaires de la Vie » et la Pastorale des favelas », précise le Père Silmar.

Mais le travail de l’Eglise ne s’est pas arrêté là. Alerté par les déclarations du maire de Rio de Janeiro qui a, dès le lendemain de la catastrophe, a ouvertement envisagé de « raser » la favela pour « raisons de sécurité », le Père Silmar et d’autres membres de l’Archevêché de Rio ont tenu à accompagner les représentants de l’association des habitants du « Morro dos Prazeres » pour s’opposer à une expulsion et demander à ce que la mairie s’engage au contraire à entreprendre les travaux de voirie indispensables pour garantir la sécurité des habitants de la favela. « Personne ne souhaite partir d’ici, assure le Père Silmar. D’autant que le programme de relogement proposé à la va vite aux 1’200 familles qui résident ici est indigne. » Appuyé par son archevêque, Mgr Orani, le Père Silmar est donc monté au créneau. Objectif ? « Montrer aux autorités municipales que nous nous tenons aux côtés des plus démunis, et pas uniquement pour distribuer de la nourriture et des vêtements. Notre mission consiste désormais à aider les habitants du « Morro dos Prazeres » à défendre leurs droits de citoyens. » Et leur éviter d’être submergés par de fausses promesses. (apic/jcg/js)

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