Afrique du Sud: Publication d’une caricature de Mahomet

Un journal présente ses excuses, mais la grogne demeure

Johannesburg, 10 juin 2010 (Apic) L’hebdomadaire sud-africain « Mail and Guardian » a présenté ses excuses pour les conséquences d’une caricature représentant le prophète Mahomet. L’artiste, Jonathan Shapiro, a quant à lui déclaré qu’il ne dessinerait pas le prophète pendant le temps que le journal prendra pour revoir sa politique en matière de religion. La grogne est toutefois largement perceptible aujourd’hui encore.

Dessinant sous le pseudonyme de Zapiro, le caricaturiste avait raillé la fureur des musulmans partout dans le monde, déclenchée par la page « Everybody Draw Muhammad Day » (Journée « On dessine tous Mahomet ») sur Facebook, qui avait fait des milliers d’adeptes. La caricature de Zapiro, publiée le 21 mai dans le « Mail and Guardian », montre le prophète allongé sur un divan de psychanalyste, qui se plaint: « Les autres prophètes ont des fidèles qui ont le sens de l’humour! »

Ce dessin a amené le Conseil des théologiens musulmans d’Afrique du Sud à tenter de faire suspendre la vente de l’hebdomadaire. Après une audience à la Cour suprême, la demande a été déboutée par un juge musulman, qui a affirmé que le dessin faisait déjà partie du domaine public sur le site web du journal.

Plusieurs menaces de mort ont été proférées à l’encontre de Jonathan Shapiro, qui n’a pas manifesté le moindre repentir, et le journal a été submergé d’appels. Le Conseil des théologiens musulmans a par la suite indiqué qu’il ne pourrait pas garantir l’absence de violences, des propos rappelant les déclarations qui précédaient les manifestations mortelles à l’époque de la lutte contre l’apartheid.

Le 24 mai, le Conseil judiciaire musulman, organe islamique suprême de l’Afrique du Sud, a fait savoir que, tout en dénonçant le dessin, il rejette également les menaces de mort, les qualifiant de « non islamiques ». Ce genre de menaces « laissent seulement penser que les musulmans n’ont pas l’intelligence nécessaire pour résoudre les désaccords au moyen du dialogue et de la communication, ce qui est loin d’être vrai », a indiqué le Conseil.

Le rédacteur en chef du « Mail and Guardian », Nic Dawes, a vigoureusement pris la défense de Zapiro, affirmant: « Aucun dessin n’est aussi insultant envers l’islam que la supposition selon laquelle les musulmans vont réagir avec violence. » Cette phrase a largement circulé sur le site de réseau social Twitter. Les médias et les organisations de presse ont également soutenu le droit de Zapiro à faire des dessins sur le sujet qu’il souhaite.

Yusuf Abramjee, président du Club national de la presse, apporte cependant un son de cloche différent. « Les médias doivent être plus sensibles aux croyances religieuses et ne doivent marginaliser aucune communauté. Nous devons agir avec responsabilité. »

Fin mai, Nic Dawes a cependant déclaré dans son journal que, lors d’une discussion avec des responsables musulmans, il a « fait part des regrets du journal pour les torts causés par la publication du dessin », présentant ses excuses pour les conséquences qui en ont découlé. Nic Dawes a affirmé que le journal avait sous-estimé « l’ampleur de la vénération qu’ont les musulmans pour le prophète » et qu’il a entrepris de revoir profondément ses « politiques en matière de religion ». Il a ajouté que pendant cette période, les représentations du prophète seraient interdites dans le journal.

Zapiro s’est rendu célèbre en Afrique du Sud pour ses dessins sans concessions, invoquant fréquemment la protection que lui accorde la Constitution, qui garantit la liberté d’expression. Il a remporté une épreuve de force contre le président Jacob Zuma après l’avoir représenté en train de violer une femme symbolisant la Justice, ce qui avait également attiré les foudres des féministes. (apic/eni/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/un-journal-presente-ses-excuses-mais-la-grogne-demeure/