Lucerne: Le Prix Caritas a été remis à deux pionniers dans le domaine scolaire en Haïti

Soeur Vicenzina Dallai et le Père Gérard Dorméville lauréats 2010

Lucerne, 11 juin 2010 (Apic) Le Prix Caritas 2010 pour l’humanité a été décerné à Soeur Vicenzina Dallai et au Père Gérard Dorméville. La cérémonie de remise du prix s’est déroulée le 11 juin au Centre de culture et de congrès (KKL) à Lucerne, en présence du Conseiller fédéral Didier Burkhalter. Le montant de 10’000 francs (+ une rallonge) soutiendra l’école «La Sainte Famille», dirigée par les deux lauréats, et où 1’300 enfants du bidonville «Trou Sable», à Gonaïves en Haïti, sont scolarisés.

C’est devant un parterre de plus de 500 invités, et dans une ambiance très musicale, que Caritas Suisse a rendu hommage, vendredi soir, aux deux lauréats, qui « s’engagent depuis des décennies dans l’éducation et la formation d’enfants issus de conditions défavorisées », selon les termes de l’organisation. Les participants ont pu découvrir à travers un film documentaire le milieu dans lequel oeuvrent l’Italienne Vicenzina Dallai, de la Congrégation des Filles de Notre-Dame de la Miséricorde, et l’abbé Gérard, prêtre diocésain haïtien, ainsi que les activités déployées par les deux lauréats. Leur école assure un enseignement aux plus pauvres parmi les enfants de Gonaïves. Actuellement, 1’300 garçons et filles fréquentent l’établissement scolaire, situé dans le quartier pauvre de « Trou Sable » à Gonaïves. « Il y a d’autres écoles dans la région qui sont aussi de bonne qualité, mais elles ne sont fréquentées que par des enfants de familles riches », affirme dans le reportage l’abbé Gérard. « Ce qui a essentiellement fait le succès durable de l’école de Gonaïves est le fait que les parents sont intégrés de manière conséquente en tant que bénévoles dans la marche de l’école », souligne Caritas Suisse, qui apporte régulièrement son soutien à ce projet. « Grâce à la persévérance des deux lauréats, ce n’est pas seulement le nombre des enfants scolarisés qui a augmenté mais aussi l’offre de l’école qui a pu être étendue, du jardin d’enfants à l’école primaire en passant par l’école secondaire et les cours de formation professionnelle », explique encore Caritas.

Une foi à déplacer les montagnes

Le conseiller fédéral neuchâtelois Didier Burkhalter, chef du Département de l’Intérieur, s’est adressé directement aux deux lauréats pour rendre hommage à leur « esprit de pionnier ». « Les enfants ont droit à la formation et à l’éducation, quel que soit leur milieu social. Cet objectif – créer une école pour les plus défavorisés – répond à votre conviction profonde », a-t-il lancé. « En Haïti, poursuivre cet objectif est un défi de taille quand on sait que seul un enfant sur cinq termine normalement la sixième classe. Et seul un maître d’école sur dix dispose d’une formation suffisante. De plus, l’état de santé des enfants est tel qu’il ne favorise pas la fréquentation régulière de l’école. Les élèves manquent souvent les classes en raison de diarrhées, de malnutrition chronique ou de parasites intestinaux. La faute à l’eau sale, vu qu’en Haïti seul un habitant sur deux a accès à de l’eau potable. En outre, en raison du fléau du sida, plus de 400’000 enfants ont perdu leur père ou leur mère. Ces orphelins n’ont guère de chance de pouvoir aller à l’école », a relevé le Conseiller fédéral Burkhalter. « Pour garantir aux enfants d’Haïti le droit à l’éducation dans ces conditions, il faut une foi à déplacer les montagnes. Et vous avez bel et bien cette foi-là ! Votre esprit de pionniers et votre persévérance ont permis de faire augmenter drastiquement le nombre d’enfants qui fréquentent l’école. Votre engagement a aussi permis d’élargir le programme de votre collège qui va désormais du jardin d’enfants à l’enseignement secondaire ». De plus, a-t-il relevé « les élèves reçoivent chaque jour un repas chaud et de l’eau potable. Ils ont aussi des cours d’éducation à l’hygiène et à la santé. Ces mesures les aident à suivre les classes de façon régulière et à terminer leur scolarité de six ans avec succès ».

Didier Burkhalter a assuré que la Confédération s’engageait dans différents domaines en lien avec l’éducation et la formation. « Nous entendons intensifier ce travail notamment en renforçant la coordination dans le domaine de l’intégration professionnelle. Nous voulons particulièrement cibler nos efforts aux jeunes qui vivent dans des familles modestes. Il est essentiel de les accompagner dès la petite enfance afin de leur donner toutes leurs chances lors du passage vers la formation professionnelle et lorsqu’ils entrent dans la vie active. Car oui, l’éducation est le meilleur rempart contre la pauvreté, ici comme ailleurs », a-t-il affirmé. « Et puis, une solide éducation donnée à la jeunesse c’est aussi le meilleur garant de la prospérité de l’ensemble de la société. En intégrant par la formation et par le travail, nous veillons à empêcher la pauvreté de passer de génération en génération », a souligné le conseiller fédéral Burkhalter.

« Sœur Vincenzina et Père Gérard », a-t-il poursuivi, « avec votre action soutenue par Caritas Suisse, le symbole du drapeau qui vous rattache à notre pays devient double : la croix confédérale – avec ses valeurs d’humanité et de charité – devient aussi dans le regard des enfants d’Haïti le symbole mathématique ›plus’. Car vous leur offrez plus: plus d’avenir, plus de plénitude, plus d’humanité, plus de santé, plus d’espoir. Pour ce témoignage vivant que vous offrez au Monde, vous méritez notre respect, notre gratitude et surtout nos encouragements ». Avant de lancer en concluant : « En Haïti – qu’on appelle ›la perle des Antilles’ – vous dirigez une école qu’on surnomme ›la Perle’. C’est donc une ›perle des perles’ que vous enfilez cette année sur le collier du Prix Caritas, qui grandit chaque année, et qui représente un trésor pour l’humanité ».

Un prix de 10’000 francs, avec promesse de rallonge !

Lors de la remise du Prix, le directeur de Caritas-Suisse Hugo Fasel a promis aux lauréats que le montant de 10’000 francs sera rallongé, sans pouvoir encore préciser de combien. Sœur Vicenzina et Père Gérard ont spontanément saisi la parole tendue par l’animatrice de la soirée. Avec beaucoup d’émotion dans la voix, ils ont évoqué notamment les difficultés politiques rencontrées par la population à Haïti, et cité différents projets qui pourront se réaliser grâce à ce prix, notamment l’extension des bâtiments scolaires et celle des programmes, dans le domaine artistique.

Après avoir reçu le prix, l’abbé Gérard a pris la parole pour affirmer : « Entre autres problèmes auxquels le pays fait face, celui de l’éducation est l’un des plus graves. L’école est le reflet de la société, dont elle génère les disparités qui la caractérisent. (…) Les principales victimes demeurent évidemment toujours les plus pauvres. Ils sont encore plus de 500’000 enfants à ne pas fréquenter l’école ». « Le drame du 12 janvier dernier qui a fait plus de 300.000 morts et des milliers de blessés et de sans abris n’a pas laissé la Suisse indifférente, nous prions pour que des liens de plus en plus forts unissent ces deux peuples profondément humains ! », a-t-il lancé avant de souligner l’apport précieux de la Suisse, et notamment de la Coopération Suisse au développement, dans l’incessante reconstruction de Haïti.

« Je voudrais remercier personnellement chacun de vous mais comme je ne peux pas le faire, je vous porte tous dans mon cœur pour que vous continuiez avec moi à aimer ces enfants, ces élèves pauvres. Je vous considère comme une extension de mes bras qui relie la Suisse à Trou Sable pour dispenser la possibilité de l’éducation et de la nourriture », a affirmé pour sa part Sœur Vicenzina, qui a offert au conseiller fédéral Burkhalter et au président de Caritas Suisse Fulvio Caccia une sculpture haïtienne en signe de reconnaissance.

Le directeur de Caritas-Suisse, l’ancien conseiller national fribourgeois Hugo Fasel a clos la soirée en rendant un vibrant hommage aux deux lauréats. « Au milieu de ce monde troublé, des petites plantes de vie et d’espérance apparaissent, comme le Collège ›La Sainte Famille’ », a-t-il lancé. « Naturellement, Sœur Vincenzina et Père Gérard sont deux personnalités hors du commun. Mais il existe en Haïti et dans les Pays du Sud de nombreux pionniers et pédagogues qui, tout comme nos lauréats, s’engagent avec intelligence et créativité, avec patience et efficacité, afin que le droit humain s’insère dans la formation. J’aimerais décrire ces personnes comme des internationaux de la solidarité », a ajouté Hugo Fasel. Le directeur de Caritas Suisse a enfin remercié les très nombreux participants d’avoir renoncé à assister à l’ouverture de la Coupe du monde de football pour être présents à cette soirée !

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