Jura: Foot et sport, religion universelle du XXIème siècle ?: conférence de l’abbé Amherdt

«Dégustez le Mundial 2010, sans en faire votre raison de vivre»

Delémont, 13 juin 2010 (Apic) Le mondial de foot en Afrique du Sud: c’est parti. Depuis vendredi, et cela durant un mois, le monde du ballon rond aura les yeux tournés vers le contient africain. Avec une coupe qui fait rêver… et qui remplis les poches de la FIFA, de bon nombre de joueurs et dirigeants de la planète foot.

Mais l’Eglise, s’intéresse-t-elle au football? Mais oui, le sport est une pratique très évangélique et le sport d’équipe est un outil précieux pour la construction des jeunes. Nombre de clubs de foot sont nés d’initiatives paroissiales. A Rome vient de se terminer la «Clericus Cup», championnat de foot des universités pontificales et des collèges romains.

«La grand-messe du Mundial» va battre son plein durant un mois : le sport a-t-il confisqué le spirituel à son profit, les rituels du corps et du stade se sont-il substitués à ceux des Eglises ? Le Centre d’animation jeunesse du Jura pastoral a demandé des explications à l’abbé François-Xavier Amherdt, qui est à la fois juge et partie : prêtre du diocèse de Sion, arbitre de football depuis 34 ans, dont cinq dans les ligues supérieures. Il occupe également une chaire de théologie pastorale à l’Université de Fribourg et il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont «Dieu est arbitre» paru en 2001 aux Editions St-Augustin. Ce sont paradoxalement surtout les adultes qui ont répondu à l’invitation du CAJ-Cados pour la conférence du prêtre-arbitre.

Les expressions qui puisent dans les registres biblique, théologique ou liturgique pour décrire les évènements sportifs ne manquent pas : «dieux du stade, en état de grâce, les SRD au purgatoire…» Le sport exprime des valeurs qui constituent un système de référence universel de nature quasi mystique. Et cela se remarquait dès 1936 aux Jeux olympiques de Berlin. Le sport fonctionne telle une religion laïque, auto-transcendance, fraternité universelle des spectateurs. C’est un transfert du sacré dans le sport moderne, avec son idéologie et ses dérives, néo-paganisme et récupération politique que révèlent les «Mémoires» du baron Pierre de Coubertin parues en 1892 : «le sport est une religion avec une Eglise, des dogmes et un culte…. L’athlète exalte sa patrie, sa race, son drapeau…»

Distinction entre détente et compétition

L’abbé Amherdt fait une grande distinction entre sport de détente et sport de compétition. Il énumère les bienfaits du sport de détente, facteur d’équilibre physique et psychique, espace de socialisation lorsqu’il est pratiqué collectivement, même si l’analogie avec le monde réel a ses limites : un carton rouge n’a pas la même portée qu’un licenciement.

La vision du sport véhiculée par les médias et la publicité par contre est celle de la glorification de l’exploit, de la compétition à tout prix en lien inévitablement avec la sphère économique. L’enjeu prend le pas sur le jeu, «la religion du sport se conjugue au dieu argent pour dominer le monde».

Le sport opium des peuples ?

Si le sport moderne peut donner un sens à la vie ou être un moyen de propagande, le conférencier parle aussi des sports extrêmes comme d’une drogue et du sport nouvel opium du peuple lorsque les stades mettent les spectateurs littéralement hors d’eux-mêmes. Il dénonce la tendance totalitaire du sport de haut niveau et la légitimation du dopage au nom de la performance et des lois du marché, le culte des idoles.

«Mais que faisons-nous admirer aux jeunes ? Lorsqu’on acclame des Ronaldo ou des Messi qui gagnent des centaines de millions de dollars, n’encourage-t-on pas un système absolument immoral ? Les politiques ne devraient-ils pas avoir le courage -et nous avec eux- de dénoncer cette mystification généralisée, mettre des limites aux bonus des banques et aux transferts des joueurs de football ? »

Tout aussi grave, les modèles du sport contribuent à renforcer la mise à l’écart sociale de tous ceux qui ne répondent pas à ces canons de l’homme jeune, musclé, bronzé et performant.

Quels modèles alors pour les jeunes ?

«Le sport n’est pas tout… C’est un jeu, un spectacle et le symbole de l’ambivalence du réel. Pourquoi serait-il le seul lieu de pureté dans un monde de business, d’égoïsme et de fanatisme ? La seule activité honnête dans un monde où l’on triche et corrompt partout, dans le monde politique et dans l’Eglise, si j’ose…» dit l’abbé Amherdt.

De l’abbé footballeur aux évêques footballeurs, il n’y a qu’un pas, que les prélats chiliens ont aisément voulu franchir. «Merci Seigneur pour le football»: l’Eglise catholique du Chili s’est en effet mise à la page de la Coupe du monde, avec le site internet de sa Conférence épiscopal, cité par l’Agence France presse. L’attaquant de la sélection Fabian Orellana frappe dans la balle dans un stade rempli et Jésus s’élève pour l’arrêter à deux mains: l’animation du site www.iglesia.cl de l’église catholique, dominante au Chili (70%), se place astucieusement au coeur de l’actualité. «Des millions de personnes dans le monde vont à la messe le matin et au stade l’après-midi, pose la fenêtre dédiée au Mondial. Parce que nous sommes une église en mission, nous vivons le meilleur des valeurs du football, et l’espoir de tout un peuple autour d’un maillot commun».

L’église chilienne propose enfin une prière spéciale à l’occasion du Mondial pour demander à Dieu «le courage de jouer franc jeu au football et dans la vie, pour accéder, avec ta Grâce, au titre éternel de la vie en Toi». Mais elle ne cache pas sa préférence pour la sélection du Chili en lice au Mondial. APIC

Encadré

Alors que le coup d’envoi du Mundial vient à peine d’être donné, un groupe de responsables chrétiens et musulmans d’Afrique s’inquiète d’une plus grande vulnérabilité aux infections par VIH pendant la coupe du monde de football qui se déroule en Afrique du Sud.

La grande fête du football mondial, qui se tient pendant un mois à partir du 11 juin, a lieu pour la première fois en Afrique et les responsables religieux demandent au gouvernement d’aider les travailleurs et travailleuses du sexe et leurs clients à se protéger contre le VIH pendant la manifestation.

«Quand on mélange beaucoup d’hommes avec beaucoup de temps libre et beaucoup d’alcool, on obtient un résultat détonnant», a déclaré Jape Heath, un prêtre anglican sud-africain qui est séropositif. Il est co-fondateur du Réseau africain de responsables religieux vivant avec le VIH et le SIDA ou personnellement touchés par eux (ANERELA).

«Nous savons par expérience que, dans ces circonstances, les gens tendent à se prostituer ou à rechercher des travailleurs du sexe», a expliqué le prêtre d’origine namibienne au correspondant d’ENInews à Nairobi. Les responsables religieux ont appelé à redoubler d’efforts pour enrayer une éventuelle propagation du virus.

Ces délégués du Burundi, du Cameroun, de la République démocratique du Congo, du Kenya, du Malawi, du Rwanda, d’Afrique du Sud, du Soudan et d’Ouganda se sont récemment réunis sous l’égide du groupe de travail mondial sur la religion SSDDIM and SAVE. Ces deux sigles anglais font référence aux concepts suivants: stigmatisation, honte, déni, discrimination, inaction et mauvaise action, d’une part, et pratiques plus sures, disponibilité des interventions médicales, conseil volontaire et dépistage et prise en main personnelle, d’autre part.

Ils souhaitent l’intervention des gouvernements contre le trafic d’enfants, qui, ont-ils averti, risque de s’intensifier pendant la coupe du monde. (apic/sic/eni/pr)

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