Pakistan: Encore une arrestation pour «blasphème»
Faisalabad, 23 juin 2010 (Apic) Les lois anti-blasphème du Code pénal pakistanais ont fait une nouvelle victime, rapporte l’agence Eglises d’Asie. Le 20 juin, un catholique de 73 ans a été placé en détention et mis en examen pour «blasphème» après qu’un de ses voisins, musulman, l’eut accusé d’avoir insulté le prophète Mahomet. Rapidement, les catholiques de l’archidiocèse de Faisalabad se sont mobilisés pour lui venir en aide.
L’incident à l’origine de l’affaire aurait eu lieu il y a trois mois. Situé au Pendjab, le village de Jhandewali compte une petite communauté catholique, forte de 25 familles, qui vivent parmi une majorité de musulmans. Un différent foncier a opposé Rehmat Masih à un voisin, Sajid Hameed, ce dernier accusant le premier d’avoir blasphémé contre le prophète Mahomet. Le temps que la plainte suive son cours, ce n’est que le 20 juin que Rehmat Masih a été incarcéré par la police de Faisalabad, relate Eglises d’Asie.
A Jhandewali, les catéchistes et les anciens de la communauté catholique se sont mobilisés pour venir en aide à leur coreligionnaire. Ils ont fait appel à leur évêque, lequel a chargé sa Commission ›Justice et Paix’ de tout mettre en œuvre pour assurer sa défense. Selon le Père Khalid Rashi Asi, vicaire général du diocèse de Faisalabad, «l’accusation portée contre Rehmat Masih est mensongère, le cas a été monté pour camoufler un différent foncier». Le prêtre ajoute que des élections ont eu lieu dans le village de Jhandewali il y a trois mois et que l’accusé et son accusateur étaient chacun dans des camps opposés. Depuis que l’affaire a éclaté, d’autres villageois catholiques se voient menacés d’être accusés à leur tour de blasphème, précise-t-il encore.
Au Pakistan, les lois anti-blasphèmes sont inscrites dans le Code pénal. Introduits en 1982 et 1986, ces articles prévoient la peine de mort ou la prison à vie, ainsi que des peines d’amende pour tout «emploi de remarques désobligeantes, eu égard au respect du Saint Prophète, écrites ou orales, qu’il s’agisse d’une représentation visible, d’une insinuation, directe ou indirecte, entachant le nom du Saint Prophète Mahomet (que la paix soit avec lui)». Toute profanation du Coran est passible de la prison à vie. Vivement critiquées à l’extérieur du pays ainsi que par certains milieux pakistanais, elles n’ont toutefois jamais été radicalement amendées ou abrogées.
Les évêques catholiques du Pakistan déclarent approuver pleinement une récente résolution du Parlement européen «sur la liberté religieuse au Pakistan», adoptée le 20 mai 2010. Les parlementaires européens écrivent être «profondément préoccupés par le fait que les lois sur le blasphème – qui peuvent entraîner la peine de mort au Pakistan et qui sont souvent invoquées pour justifier la censure, la criminalisation, la persécution et, dans certains cas, les assassinats de membres de minorités politiques, raciales et religieuses – préparent la voie à des abus qui touchent les gens de toutes confessions au Pakistan». Ils invitent notamment «le gouvernement pakistanais à revoir en profondeur les lois sur le blasphème et leur application actuelle (…)» (apic/eda/bb)
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