Elle songe à une possible action en justice
Bruxelles, 27 juin 2010 (Apic) L’Eglise catholique belge est sous le choc après les perquisitions menées jeudi 24 juin dans ses locaux sous mandat du Parquet de Bruxelles dans le cadre d’une enquête sur les abus sexuels commis par des membres du clergé. Les enquêteurs ont perquisitionné le palais épiscopal de Malines, au nord de Bruxelles, au moment même où les évêques belges tenaient leur assemblée. Ils ont été retenus pendant neuf heures, leur téléphone confisqué. L’Eglise belge songe à une possible action en justice.
«Nous ne pouvons pas exclure le fait qu’il puisse y avoir une action en justice, si cela est nécessaire», a indiqué le Père Eric De Beukelaer, porte-parole de l’archidiocèse de Malines-Bruxelles, cité par l’agence de presse Belga. Son avocat, Fernand Keuleneer, s’est demandé si cette action – suivie par la télévision – était légitime et proportionnelle. Dans le cas contraire, il conseillera à l’Eglise d’aller en justice contre l’Etat belge.
L’Eglise belge s’est également déclarée outrée par la fouille dans la crypte de la cathédrale Saint-Rombaut de Malines où des forages ont été effectués dans les tombes des cardinaux Léon Joseph Suenens et Joseph-Ernest Van Roey.
Dans une interview à Radio Vatican, l’archevêque André-Joseph Léonard, actuel Primat de Belgique, a regretté que «les fouilles et la détention des évêques aient donné l’impression qu’ils étaient suspects» et qu’en quelques heures, «l’image de l’Eglise belge a été ternie», a-t-il déploré selon l’agence de presse Belga.
Des perquisitions ont également été menées par la police judiciaire au domicile privé de l’ancien Primat de Belgique, le cardinal Danneels, dans les bureaux du palais archiépiscopal ainsi qu’à la «Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale», une instance créée en 1998 par l’Eglise de Belgique et présidée par le professeur Peter Adriaenssens. Des ordinateurs, dont celui du cardinal, et des dizaines de classeurs ont été saisis. Selon le prêtre à la retraite Rik Deville, des centaines de cas d’abus sexuels auraient été signalés au cardinal Danneels dans les années 1990.
Dans la cathédrale de Malines, les tombes des cardinaux Van Roey et Suenens ont été perforées par les enquêteurs, qui y ont introduit une caméra, pour tenter de trouver des documents cachés. Sans résultat, a précisé Jean-Marc Meilleur, porte-parole du Parquet de Bruxelles.
Tant qu’il ne récupérera pas les appareils et données nécessaires à son bon fonctionnement, le service de presse de l’archevêché de Malines-Bruxelles n’est plus en mesure de fonctionner correctement, précise l’archevêché. Ses services administratifs sont temporairement paralysés à la suite des perquisitions menées jeudi. Des ordinateurs ont été saisis par les enquêteurs. L’ensemble des informations destinées à alimenter les nouvelles du site internet de l’archevêché, de périodiques et de pages d’informations sont dès lors aux mains des enquêteurs.
Suite à la saisie par le parquet des dossiers et ordinateurs de la «Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale», et à la demande de son président Peter Adriaenssens, le point de contact (Cf. www.commissionabus.be) est temporairement interrompu et l’adresse courriel n’est plus joignable, ceci jusqu’à ce que la situation soit clarifiée.
Les évêques belges regrettent, tout comme le professeur Adriaenssens, que lors de la perquisition tous les dossiers de la Commission aient été confisqués. «Ceci va à l’encontre du droit à la confidentialité dont doivent bénéficier les victimes qui ont choisi de s’adresser à la Commission. Une telle action handicape donc gravement le nécessaire et excellent travail de cette Commission. »
Du côté du Vatican, le traitement réservé aux évêques belges a été fortement critiqué, parlant même de «séquestration », de fait «grave et invraisemblable». Les évêques sont restés neuf heures sans boire ni manger, a déploré le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Vatican. Et d’affirmer qu’il n’y avait pas de précédent, «même dans les anciens régimes communistes !». JB/Com
Une Commission en place depuis une décennie
Conscients que la peine et l’angoisse des personnes confrontées à un abus sexuel au cours de la relation pastorale est très particulière, les évêques de Belgique et des Supérieurs Majeurs des religieux de Belgique ont insaturé en 2000 une Commission commune pour le traitement des plaintes pour abus sexuels. La Commission a pour tâche d’accueillir les plaintes, d’orienter les victimes et leurs proches vers l’aide compétente, d’informer les évêques diocésains et les Supérieurs Majeurs, de leur remettre un avis sur les mesures nécessaires à court et à long terme et de stimuler toute initiative qui pourrait éclairer l’ensemble de cette problématique.
Depuis le 23 avril 2010, 270 nouveaux dossiers ont été ouverts auprès de la Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuel dans une relation pastorale. Beaucoup de lettres et de courriels attendent encore de recevoir une réponse vu le nombre des plaintes enregistrées. La Commission souhaite également solliciter l’attention des médias concernant sa préoccupation pour le respect de la vie privée des victimes. De nombreux dossiers dans la presse ne disent pas clairement si une autorisation a été obtenue de la victime, même si les données sont rendues anonymes. La Commission tenait à ce que la discrétion soit garantie aux victimes. (apic/com/belg/cathobe/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/elle-songe-a-une-possible-action-en-justice/