Ils ne pardonnent cependant rien aux femmes qui occupent des postes à responsabilité
Trèves, 20 juillet 2010 (Apic) Les protestants allemands regrettent la démission de la première femme évêque luthérienne. La démission de la première femme évêque luthérienne élue à cette fonction, à la suite d’allégations portant sur la manière inadéquate dont elle aurait réagi à des cas d’abus sexuels, suscite de nombreux regrets et de sérieux remous.
L’opinion publique allemande de confession protestante ne pardonne décidément rien aux femmes protestantes qui ont une responsabilité au sein de leur Eglise. En octobre 2009, l’évêque luthérienne Margot Kässmann était devenue la première femme à occuper la présidence de l’EKD, avant de démissionner trois mois plus tard pour avoir conduit une voiture en état d’ébriété
Maria Jepsen, évêque de l’Eglise évangélique luthérienne du nord de l’Elbe, a annoncé sa démission le 16 juillet lors d’une conférence de presse donnée à Hambourg, Allemagne. Depuis une semaine elle était soumise à des pressions croissantes concernant son manque d’empressement à se préoccuper rapidement et efficacement de cas d’abus sexuels survenus dans son diocèse il y a dix ans.
Un journal fait pourtant remarquer que les normes établies par le clergé protestant d’Allemagne sont plus exigeantes que celles de la société en général.
Les cas d’abus remontent aux années 1980, lorsqu’un pasteur de la ville d’Ahrensburg fut soupçonné d’avoir commis des abus sexuels à l’égard d’une vingtaine d’enfants. L’évêque Jepsen a déclaré n’avoir eu connaissance de l’affaire qu’en mars, à la suite d’une lettre écrite par une des victimes, mais les médias allemands estiment qu’elle devait être au courant de la conduite du pasteur en 1999 déjà.
Dans une lettre adressée à l’évêque Jepsen, le pasteur Nikolaus Schneider, président de l’Eglise évangélique d’Allemagne (EKD), organisation faîtière des Eglises protestantes, a rendu hommage à son engagement dans les domaines de la mission, du mouvement œcuménique et des relations des Eglises allemandes avec Israël.
«Votre élection en 1992 a eu un retentissement dans le monde entier et a constitué un moment important de l’histoire de l’Eglise protestante allemande», écrit-il. «Depuis cette date, toute femme ordonnée sait qu’en Allemagne on ne peut plus lui refuser l’accès aux plus hautes dignités ecclésiastiques.»
L’évêque Johannes Friedrich, qui est à la tête de l’Église évangélique luthérienne unie d’Allemagne, a exprimé ses profonds regrets, affirmant qu’en tant que première femme évêque luthérienne au monde, Maria Jepsen était la preuve de «l’esprit novateur du luthéranisme allemand».
Théologienne féministe, l’évêque Jepsen était depuis 2003 membre du Conseil de la Fédération luthérienne mondiale, qui a son siège à Genève. «Elle a aiguisé notre perception des besoins des personnes socialement désavantagées en Allemagne et nous a fait entendre la voix des populations du tiers monde», peut-on lire dans une déclaration de l’évêque Friedrich.
En six mois, Maria Jepsen est la seconde femme évêque protestante allemande à démissionner pour des raisons de perte de crédibilité. En octobre 2009, l’évêque luthérienne Margot Kässmann était devenue la première femme à occuper la présidence de l’EKD, avant de démissionner trois mois plus tard pour avoir conduit une voiture en état d’ébriété. «Je n’aurais plus eu désormais la liberté de relever les défis éthiques et politiques ni de me prononcer à leur sujet», a-t-elle déclaré alors.
Lors de sa conférence de presse, l’évêque Jepsen a relevé qu’étant «que ma crédibilité a été mise en question, je ne suis plus en mesure d’accomplir mon devoir comme je l’ai promis à Dieu et aux fidèles lorsque j’ai été ordonnée et élue évêque.» Âgée de 65 ans, elle aurait dû prendre sa retraite en 2012.
«La démission de Maria Jepsen présente des points communs avec celle de Margot Kässmann. Les hauts dignitaires protestants estiment qu’ils doivent être jugés selon des critères d’une exigence morale qui dépasse de loin ceux qui sont appliqués dans la vie civile. Cette manière de faire pourrait bien, à l’avenir, constituer une pierre d’achoppement pour d’autres membres du clergé», peut-on lire dans l’éditorial de la Frankfurter Allgemeine Zeitung.
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