Pakistan: Les minorités religieuses sont les dernières aidées, selon le Père Asi

Conséquences pires que lors du tsunami

Lahore, 13 août 2010 (Apic) Les minorités religieuses au Pakistan sont les dernières à recevoir une aide, dans la catastrophe humanitaire qui frappe une partie de ce pays en raison des inondations, estime le Père Emmanuel Asi, président de la Commission biblique de Lahore et membre de la présidence de l’Institut de Théologie pour les laïcs du Pakistan et experts du dialogue interreligieux.

Dans une interview accordée au service de presse de la direction nationale des Œuvres Pontificales allemandes, basées à Bayern, en Allemagne, reprise par l’Agence Fides, relève que les ONG humanitaires présentes sur le terrain ont raison de dire que cette catastrophe, avec ses conséquences, sont pires que celles du tsunami.

L’évaluation des organisations humanitaires est juste. Près de 14 millions de personnes ont été touchées par les inondations. Presque tous les barrages dans le pays ont cédé. Maintenant, les eaux ont atteint le centre du Pakistan avec ses grandes plaines, où contrairement au nord montagneux, l’eau s’écoule très lentement. Les personnes les plus à risque sont principalement les femmes et les enfants et le gouvernement semble incapable de résoudre la situation. Les mosquées et les églises sont ouvertes pour accueillir les victimes des inondations; sauf avis contraire, jusqu’à présent aucun édifice de l’Etat n’accueille les victimes. C’est parce que, peut-être, les autorités craignent qu’en procédant ainsi, ils devraient pourvoir pendant longtemps à l’approvisionnement de médicaments et de nourriture et ils savent qu’ils ne sont pas en mesure de le faire.

Q.: Selon la presse, dans le nord du pays les talibans fournissent des aides en faisant pression sur le gouvernement, en lui demandant de ne pas accepter d’aide étrangère…

Père Emmanuel Asi: Les talibans sont un petit groupe mais ils sont influents et contrôlent les montagnes dans le nord-est du pays. Dans cette région, dans le passé même, c’était les lois tribales qui prévalaient et non la Constitution du Pakistan. La plupart des musulmans ne voient pas d’un bon œil les talibans. Leur idée d’un Islam avec des préceptes et des interdits très rigides leur apparaît trop archaïque.

Q.: Que peut faire l’Église pour soulager les souffrances?

Père Emmanuel Asi: Nous devons agir d’une manière très ciblée et très rapide. L’hiver commence à la mi-octobre. Si à l’arrivée du froid, les personnes n’ont pas de logements ni des vêtements chauds, la situation s’aggravera de nouveau. Les aides devraient être organisées en collaboration avec les organisations locales. Les petits projets locaux sont souvent plus efficaces que les grands programmes qui dépassent souvent les capacités logistiques du gouvernement. Il y a, par exemple, des religieuses qui aident les gens dans les montagnes au nord et qui accueillent les victimes dans leur église. Au téléphone, une des religieuses me disait que dans son bureau l’eau atteignait les genoux. Ils ont besoin d’une aide immédiate!

Q.: Quels sont vos projets?

Père Emmanuel Asi: Nous voulons créer de petites équipes composées de médecins et de prêtres qui s’occupent surtout des femmes et des enfants. En collaboration avec missio nous voudrions mettre à disposition des uniformes scolaires et du matériel éducatif pour les enfants. Les parents qui ont tout perdu ne peuvent se permettre de telles dépenses et nous voudrions éviter les enfants de perdre leurs années scolaires à venir. L’aide sera nécessaire, même après le déluge quand les gens sont traumatisés et ont besoin d’être accompagné quand vous pouvez commencer par la reconstruction. (apic/fides/pr)

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