Fribourg: La théologie a-t-elle encore sa place dans une université?

Eclairage du Père Benoît-Dominique de la Soujeole

Fribourg, 13 août 2010 (Apic) Le Père Benoît-Dominique de la Soujeole, dominicain, professeur de théologie dogmatique à l’Université de Fribourg, examine la place et le statut de la théologie dans une université. Il mène cette réflexion suite à la démission du professeur Shafique Keshavjee de la Faculté Autonome de Théologie de l’Université de Genève, dans le numéro de juillet-août 2010 de la revue dominicaine Sources, intitulé « A l’ouest, toujours à l’ouest! »

Shafique Keshavjee* a démissionné, en avril dernier, de la chaire de théologie œcuménique et de théologie des religions. Il justifie son départ comme une protestation contre « la perte d’une identité chrétienne de la théologie » et contre « le peu d’ouverture réelle aux défis pressants des Eglises et de nos sociétés ». Au-delà des rivalités personnelles pointe la question de la place et du statut de la théologie dans une université.

Y a-t-il opposition entre foi et raison?

Pour le Père de la Soujeole, « le lien entre la foi et la raison est nécessaire tant à la foi qu’à la raison pour que chacune de ces deux ’facultés’ soit vraiment elle-même ». La théologie chrétienne n’est-elle pas justement ce lien? Mais aujourd’hui, cette dépendance foi-raison est difficile à comprendre, laisse-t-il entendre.

Que penser des cours ou des départements de « sciences religieuses »?

Cette filière, dont l’approche ne demande aucune conviction particulière, « est juste, bonne et importante ». D’abord, dit-il, parce qu’elle considère le fait religieux d’un point de vue scientifique. Ensuite, parce que les sciences religieuses « appréhendent un aspect du réel de la vie personnelle et sociale »: l’homme comme un être fondamentalement religieux.

Comment concilier un certain contrôle de l’Eglise sur la formation avec le statut d’une université d’Etat?

« Supprimer la foi – la dimension confessionnelle – comme point de départ…, c’est tout simplement supprimer la théologie », affirme-t-il. L’exigence d’ecclésialité de la théologie, qui est confiée à toute la communauté chrétienne, loin d’être une contrainte, est plutôt une libération du fait de sa dimension de communion.

L’exigence d’ecclésialité peut-elle se concilier avec l’appartenance à une faculté d’Etat? La réponse du Père de la Soujeole est oui, mais à cette double condition: d’une part, le théologien doit rester ouvert à toutes les questions, même les plus radicales; d’autre part, de son côté, l’Etat « doit être au clair avec ce qu’il doit à la culture, la civilisation, l’histoire dont il est issu et qui constitue une part déterminante de son identité ». Aujourd’hui, cette dernière condition n’est pas toujours bien remplie, avec comme risque la sortie de la théologie des universités d’Etat, relève-t-il.

Quelles solutions pour la formation des prêtres catholiques ou des pasteurs?

Une espérance: que la théologie reste enseignée dans les universités d’Etat. A la condition qu’elle conserve sa différence (son aspect confessionnel) par rapport aux sciences religieuses, et que l’Etat l’accepte. Sinon, la théologie se verrait contrainte à se réfugier dans des structures « privées », lance le professeur dominicain. Une autre solution serait, pour lui, la modification des structures, en créant par exemple un « Département de théologie » au sein d’une faculté de sciences religieuses. GGC

* Le pasteur Keshavjee vient de publier « Une théologie pour un temps de crise. Au carrefour de la raison et de la conviction » (2010). Il s’est fait connaître par des livres grand public comme « La princesse et le prophète. La mondialisation en roman » (2004), « Dieu à l’usage de mes fils » (2000), « Le roi, le sage et le bouffon. Le grand tournoi des religions » (1998). (apic/sources/ggc)

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