Jamaïque: Rassemblement œcuménique international pour la paix de mai 2011

Jamaïque: Edifier une culture de paix

Genève, 19 août 2010 (Apic) Le Rassemblement œcuménique international pour la paix (ROIP) – à Kingston, capitale jamaïcaine, du 7 au 21 mai 2011 – invitera les personnes et les Eglises à renouveler leur engagement en faveur de la non-violence, de la paix et de la justice. Il constituera un témoignage de solidarité pour la culture de paix que les Eglises cherchent à édifier sur l’île, confie le pasteur Paul Gardner, président du Conseil des Eglises de la Jamaïque. De passage à Genève, où il participait à une session organisée sous l’égide du Conseil œcuménique des Eglises (COE) (*) et du Conseil des Eglises des Caraïbes, il se confie à Jane Stranz (**)

Le ROIP «donnera de l’enthousiasme et de l’élan aux organisations qui travaillent avec acharnement pour la paix dans les diverses communautés; c’est du moins l’effet que j’anticipe pour la Jamaïque», a déclaré le pasteur Gardner, président de l’Eglise morave (***) de la Jamaïque et des îles Caïmans depuis 2005 et président de l’Eglise morave mondiale depuis 2008. Selon lui, «le ROIP apportera un témoignage extraordinaire de solidarité en faveur de la culture de la paix que nous cherchons à édifier en Jamaïque».

La criminalité et les «garrison communities»

Les «garrison communities» sont des quartiers propres à Kingston, où la criminalité sévit. Début 2010, les forces de l’ordre avaient tenté de pénétrer dans le district de Tivoli Gardens, ce qui avait entraîné l’état d’urgence. «Les partis politiques font mine de ne pas voir la criminalité dans ces quartiers», relève le pasteur Gardner, escomptant se voir assurer d’un soutien quasi total. Par conséquent, «le pays était pris en otage». «Les milieux politiques doivent démanteler ces ’garrison communities’, afin que les gens se sentent libres de voter pour qui ils souhaitent», assure-t-il.

La place des Eglises en Jamaïque

Selon le pasteur Gardner, les Eglises doivent prendre les devants dans de telles situations. «Il est important que les Eglises s’intéressent davantage au développement des quartiers, à ce qui arrive aux gens des quartiers en crise du centre ville». Il poursuit: «nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas agir ou de croire que rien ne va se produire.»

Oeuvrer en faveur de la justice, de la paix et de la transformation sociale

C’est le rôle principal des Eglises en Jamaïque. Car si «nous ne sommes pas un parti politique, nous sommes des gens d’Eglise, des responsables d’Eglise, et nous devons être capables de nous exprimer en discernant ce que Dieu dit aux Eglises en cette période». Ces dernières années, un groupe de coordination – constitué d’Eglises membres et non membres du Conseil des Eglises de la Jamaïque – a vu le jour. «Nous avons trouvé un moyen pour les rassembler», dit-il. Cependant, «l’état d’urgence a quasiment menacé l’existence de ce groupe … parce que parmi nous, certains avaient le sentiment que nous devions dire ouvertement que le gouvernement avait tort. Or certains responsables d’Eglise n’étaient pas prêts à faire cela.»

Délivrer du mal

Faisant référence à la prière du «Notre Père»: «délivre-nous du mal», le pasteur Gardner a évoqué les difficultés des Eglises à témoigner dans un contexte politique aussi tendu. «Une partie de la ’délivrance du mal’ consiste à ne pas être récupéré par un système politique sous prétexte qu’on veut être du côté du gouvernement». Au contraire, «il faut être indépendant du système politique pour pouvoir s’exprimer clairement et avoir un programme différent de celui des partis politiques.»

Un témoignage en faveur de la paix

L’expérience des Eglises de la Jamaïque est, selon le Pasteur Gardner, «un témoignage puissant en faveur de la paix juste pour les chrétiens et les Eglises du monde entier». (apic/coe/ggc)

(*) Le Conseil œcuménique des Eglises s’attache à promouvoir l’unité des chrétiens dans la foi, le témoignage et le service, en vue d’un monde de justice et de paix. Communauté œcuménique d’Eglises fondée en 1948, le COE réunit aujourd’hui 349 Eglises protestantes, orthodoxes, anglicanes et autres, représentant plus de 560 millions de chrétiens. Il travaille en coopération avec l’Eglise catholique romaine. Son secrétaire général est le Pasteur Dr Olav Fykse Tveit, de l’Eglise (luthérienne) de Norvège. Son siège est à Genève, en Suisse.

(**) Jane Stranz est coordinatrice du Service linguistique du COE. Elle est pasteure de l’Eglise réformée de France et de l’Eglise réformée unie de Grande-Bretagne.

(***) L’Eglise morave (Unitas Fratrum) est une branche de l’Eglise chrétienne, qui est née en Bohême (Europe centrale) en 1457. Elle est issue du grand réveil de la foi à la fin du moyen âge, dont le principal leader fut Jean Hus. Dans ce contexte fut créée l’Unitas Fratrum (Unité des frères, qui suggère en latin la notion de «communauté» ou «communion» des frères), sous la conduite de Grégoire le Patriarche, qui poursuivit le triple idéal de la foi, de la communauté et de la liberté, en mettant l’accent sur la vie chrétienne pratique plutôt que sur la pensée doctrinale ou la tradition ecclésiale. En 1620, l’Unitas Fratrum – comme d’autres organisations protestantes – fut réduite au silence. Mais une «semence cachée» survécut en Bohême et en Moravie voisine et réapparut une centaine d’années plus tard sous la forme de l’Eglise renouvelée. Entre 1722 et 1727, quelques familles de Moravie trouvèrent refuge en Saxe (Allemagne), où régnait la liberté religieuse. Les divergences religieuses menaçaient de dégénérer en conflit, quand une expérience décisive de l’unité leur fut donnée, dans une effusion de l’Esprit Saint, le 13 août 1727. De cette expérience de l’unité naquît un remarquable rayonnement missionnaire. En une décennie seulement, l’entreprise missionnaire toucha le Groenland, le Suriname, l’Afrique du Sud, l’Afrique occidentale, l’Algérie, la Russie arctique et Ceylan (Sri Lanka), et elle s’étendit aux populations africaines et aux autochtones d’Amérique du Nord.

L’Eglise morave affirme que la communauté chrétienne ne reconnaît aucune barrière de nation ou de race. L’Unitas Fratrum voit dans son unité un précieux trésor qui lui a été confié par le Seigneur. Elle soutient l’unicité de toute l’humanité, donnée par la réconciliation en Jésus Christ. Aussi, le mouvement oecuménique est pour elle un élément essentiel. Une simple déclaration intitulée «The Ground of the Unity» (Le fondement de l’Unité) constitue la déclaration doctrinale de base. Le texte «The Covenant for Christian Living» (L’alliance pour la vie chrétienne), qui remonte à l’époque du renouveau de 1732, définit les principes directeurs de la vie et du témoignage communs. (apic/coe/ggc)

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