En partant, les troupes étrangères auraient dû laisser la paix et la sécurité dans le pays
Rome, 20 août 2010 (Apic) Alors que la dernière brigade de combat américaine en Irak a quitté jeudi le pays furtivement, près de deux semaines avant l’échéance fixée au 31 août, l’Eglise chaldéenne regrette le retrait rapide des troupes américaines. Mgr Shlemon Warduni, évêque auxiliaire de Bagdad des Chaldéens, relève sur les ondes de Radio Vatican qu’en partant, les troupes étrangères auraient dû laisser la paix et la sécurité dans le pays. C’est loin d’être le cas si l’on considère la dernière vague d’attentats sanglants qui ont endeuillé le pays.
La guerre, commencée en mars 2003 par le président américain d’alors George W. Bush en prétextant la présence dans le pays d’«armes de destruction massive» d’emblée inexistantes, a certes permis le renversement du régime dictatorial de Saddam Hussein, mais elle n’a pas restauré la sécurité. A la fin du mois d’août, les soldats américains ne seront plus que 50’000, occupés à une mission d’»assistance» aux forces locales. Tous les militaires US devraient être retirés d’ici la fin de 2011.
Dans une interview accordée à Fausta Speranza, de Radio Vatican, Mgr Shlemon Warduni relève que l’on ne peut pas prétendre que la situation soit pacifiée, plus de sept ans après l’invasion américaine. «C’est très difficile de vivre dans un endroit où il n’y a pas de loi, où il n’y a pas de gouvernement. L’Irak est un pays sans gouvernement, sans loi. Comment peut-on vivre dans un tel lieu? Il faut avoir avant tout un gouvernement stable, une loi qui gouverne le pays, parce qu’à l’heure actuelle, les terroristes vont et viennent comme ils veulent», déplore Mgr Warduni.
L’évêque chaldéen de Bagdad relève qu’il n’y a pas de travail, mais des voitures piégées, des kamikazes qui se font sauter au milieu des gens et d’autres manifestations de violence. «Les troupes étrangères, si elles s’en vont, ont le devoir de laisser derrière elles la paix et la sécurité. Aujourd’hui, nous voyons les conséquences négatives de la guerre. Comme disait le regretté pape Jean Paul II et comme le dit Benoît XVI, la guerre détruit tout et n’apporte aucun bien !».
Le prélat irakien relève également les tensions internes au sein du pouvoir irakien, le pays n’ayant pas encore de gouvernement depuis les élections de mars dernier. Face à tant de difficultés – manque de travail, manque de sécurité, pas de quoi nourrir sa famille – la population se demande où va le pays. Quant à la démocratie, qui semble si loin encore, Mgr Warduni estime qu’«il est nécessaire d’éduquer à la démocratie, qu’il faut la semer et non l’imposer». «Si une grande digue s’ouvre à l’improviste, qu’est-ce qui arrive? Il y a de grosses inondations. Alors, nous, nous étions dans une grande prison. Qu’arrive-t-il si une prison est ouverte trop rapidement? Il faut enseigner la démocratie, il ne faut pas seulement parler de démocratie. Que ceux qui parlent de démocratie, qu’ils viennent seulement marcher dans les rues de Bagdad… »
Mgr Warduni relève que les chrétiens sont certainement dans le collimateur des terroristes, mais la situation de violence concerne tous les citoyens irakiens. Finalement, l’évêque chaldéen de Bagdad estime qu’il est nécessaire que s’établissent un pouvoir stable et un gouvernement fort qui puisse faire respecter la loi, «car sans loi, on ne peut tout simplement pas vivre». (apic/radva/be)
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