La controverse fait écho à une époque où l’anti-catholicisme était présent aux Etats-Unis
New York, 23 août 2010 (Apic) Le débat fait rage autour de l’éventuelle construction d’un centre islamique doté d’une mosquée, à quelques pâtés de maisons de Ground Zero, à New York. Selon un sondage réalisé pour CNN, 68% des Américains sont opposés à ce projet. Cette controverse est «la dernière manifestation d’un cycle historique de méfiance à l’égard des immigrants et de leur foi», selon un article publié par l’agence américaine Catholic News Service (CNS).
Des protestations ont éclaté cet été suite au projet de convertir un ancien magasin de la Burlington Coat Factory en un centre culturel islamique de neuf étages comprenant une mosquée. Pourtant, la communauté musulmane de la région utilise déjà l’espace vacant pour l’excédant des fidèles de la mosquée de New York al-Farah, selon l’agence américaine The Associated Press.
Les opposants, à New York et au-delà, décrient le projet et le qualifient d’insulte à la mémoire de ceux qui sont morts lors des attentats terroristes du 11 septembre 2001 visant les tours du World Trade Center. Certains adversaires parlent même d’une tentative des musulmans radicaux de «prouver de manière triomphale qu’ils peuvent construire une mosquée juste à côté d’un lieu où 3’000 Américains ont été tués», comme l’a déclaré l’ancien speaker de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Newt Gingrich, pressenti comme un potentiel candidat républicain à l’élection présidentielle de 2012.
Les partisans du projet mettent en avant le symbole de la liberté religieuse, pilier des valeurs américaines, que cet édifice pourrait constituer. Ils font également remarquer que le bâtiment proposé n’est pas à portée de vue de Ground Zero puisqu’il est à environ six pâtés de maisons de la plus proche des deux tours détruites en 2001. Pour le maire républicain de New York, Michael Bloomberg, «nous renierions la meilleure partie de nous, New Yorkais et Américains, si nous disions non à une mosquée dans le sud de Manhattan. (…) Nous trahirions nos valeurs».
Le président des Etats-Unis Barack Obama a salué, lors d’un dîner présidentiel organisé le 13 août à la Maison-Blanche à l’occasion de la fête musulmane du ramadan, l’attachement «inébranlable» à la protection de la liberté religieuse dont font preuve les Etats-Unis. Le lendemain, Barack Obama a précisé qu’il ne s’était pas prononcé «sur l’opportunité d’édifier une mosquée près du site des attentats du 11 septembre».
Lors d’une conférence de presse impromptue, le 18 août, l’archevêque de New York, Mgr Timothy M. Dolan, a noté «qu’en tant que catholiques, nous sommes un peu chatouilleux sur cette question, parce que dans le passé, nous avons nous aussi été victimes de discrimination». Il a ajouté qu’il serait heureux de participer aux efforts visant à négocier un compromis sur la mosquée de Manhattan dans le cadre d’une «discussion très civilisée, rationnelle, aimante et respectueuse».
Les survivants des attaques du 11 septembre sont divisés en deux camps: ceux qui s’opposent au projet de mosquée, le considérant comme une profanation de la zone, et ceux qui disent que cet endroit pourrait devenir un lieu de «guérison, de réconciliation et de compréhension».
À sa base, la fureur engendrée par ce projet de mosquée n’est pas différente de ce que les catholiques ont vécu aux États-Unis pendant plus de 100 ans, explique le professeur de théologie, Chester Gillis, de l’Université de Georgetown. Le théologien est également directeur du programme sur l’Eglise et le dialogue interreligieux au Centre Berkley pour la religion, la paix, et les affaires mondiales. Bien qu’il existe un large éventail d’arguments contre le centre islamique, Chester Gillis perçoit avant tout un sentiment anti-musulman au cœur de ce débat.
Il explique: «Avec les catholiques, les gens avaient peur de leur fidélité à une puissance étrangère, le Saint-Siège. Avec les musulmans, les gens craignent une possible connexion à un gouvernement islamique ou à une organisation terroriste». Pour le professeur, «cela ne va peut-être pas prendre 100 ans pour que les musulmans soient acceptés aux Etats-Unis, mais cela va prendre du temps». S’adressant aux Américains ayant des préjugés négatifs envers la communauté musulmane, il déclare: «Cela peut paraître simpliste, mais vous devez apprendre à connaître les musulmans en tant que personnes».
Le débat enflamme campagnes politiques, émissions télévisuelles et pages de discussion sur internet. Au même moment, de New York au Tennessee, du Wisconsin à la Californie, des communautés ont des débats similaires sur des initiatives de constructions de centres islamiques et de mosquées.
Par exemple, début août, le curé de la paroisse St. Margaret Mary à Staten Island (New York) avait retiré son soutien à la vente d’un couvent à la Muslim American Society qui voulait l’utiliser comme mosquée. La nouvelle de la vente proposée au groupe musulman avait déclenché des protestations dans la communauté de Midland Beach, où se trouve la paroisse. Selon des habitants, la mosquée allait causer des problèmes de circulation et de stationnement et ne convenait pas au voisinage. Beaucoup ont également dit craindre que la Muslim American Society soit «liée à un groupe terroriste».
Dernièrement, une petite Eglise protestante de Floride, le Dove World Outreach Center – une institution qui se désigne elle-même sous le terme d’»Eglise du Nouveau Testament» – a déclaré qu’elle prévoyait de brûler publiquement des exemplaires du Coran le 11 septembre. Ce geste serait, selon les dires de cette Eglise, un «signe de protestation contre l’islam, religion que les membres considèrent comme diabolique». Pourvue d’une cinquantaine de fidèles uniquement, le groupuscule religieux a toutefois retenu l’attention des médias internationaux. (apic/cns/fb)
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