Suisse: Caritas Suisse propose dans ses 19 épiceries un projet «Espace santé !»

Quand on est pauvre, on se nourrit mal !

Berne, 6 septembre 2010 (Apic) «Quand on est pauvre, on se nourrit mal… la pauvreté rend malade !», ont souligné lundi 6 septembre les responsables de Caritas Suisse, en présentant à Berne leur projet commun « Epiceries Caritas – espace santé !» mis sur pied avec la collaboration de Promotion Santé Suisse.

Même si la Suisse est pour la plupart des gens un «pays riche», dans le canton de Berne, par exemple, 10% de la population est touchée par la pauvreté, dont la moitié émarge à l’aide sociale, relève Rolf Maurer, directeur de la coopérative des Epiceries Caritas. Ce sont justement ces personnes qui se nourrissent mal, et le but de ce nouveau projet est de leur permettre d’accéder à des produits sains à des prix abordables, notamment aux fruits et aux légumes qui ne garnissent que trop rarement l’assiette des plus pauvres.

Les articles proviennent d’excédents de production ou de grands distributeurs comme Coop, Denner, la Migros ou Nestlé. Des entreprises «sponsorisent» certains groupes de produits, comme le fait la Banque Raiffeisen avec la vente de beurre. Directeur de Caritas Suisse, Hugo Fasel a souligné l’immense gaspillage existant en Suisse: le commerce de détail élimine chaque année plus de 50’000 tonnes d’excédents alimentaires qui pourraient être récupérés, dont 1’000 tonnes concernent des fruits et des légumes.

Caritas aimerait réussir à utiliser tous ces excédents pour pouvoir les vendre dans ses 19 Epiceries réparties dans toute la Suisse. Mais pour des raisons logistiques, il est difficile à Caritas de traiter les surplus directement auprès des producteurs. Cela se fait toutefois de manière ponctuelle.

Réticences fédérales

L’œuvre d’entraide catholique cherche plutôt de nouveaux parrainages d’entreprises et de banques pour pouvoir faire acheminer fruits et légumes dans ses Epiceries et les vendre à un prix abordable pour les personnes nécessiteuses. Mais si certaines entreprises ont accepté de jouer le jeu, le projet est plus difficile à faire passer au niveau des autorités fédérales. Elles se déclarent d’accord sur le principe, puis se font rappeler d’autres réalités, comme la concurrence avec les prix du marché ou les intérêts des grandes organisations paysannes. Des milieux comme l’Union suisse des paysans (USP) sont encore fermés à ces propositions, craignant des pertes de part de marché.

Pourtant, note Hugo Fasel, «le chiffre d’affaires de nos épiceries – actuellement quelque 8 millions de francs suisses – est infime par rapport à celui d’une seule entreprise comme la Migros ou la Coop… »

Pour lancer leur campagne commune, Caritas Suisse et Promotion Santé Suisse avaient choisi l’Epicerie Caritas de Berne, sise à la Brunnmattstrasse 44. Ils ont expliqué la philosophie de leur projet au milieu des nombreux produits de consommation courante mis en vente par Caritas. Ceux qui y ont accès sont des personnes à faibles revenus disposant d’une carte de légitimation fournie par les services sociaux, les institutions paroissiales et privées et les Caritas régionales. Ils peuvent se procurer ces biens à des prix extrêmement compétitifs – les clients ne reçoivent pas l’aumône et il n’y a pas de distribution gratuite d’aliments! – dans les 19 Epiceries Caritas réparties dans toute la Suisse.

La santé est avant tout fonction du milieu social

C’est en partant du constat qu’en Suisse, en fonction du milieu social, tout le monde n’a pas les mêmes chances de pouvoir vivre longtemps et en bonne santé, que Caritas et Promotion Santé Suisse ont lancé leur nouveau projet. Les personnes touchées par la pauvreté vont être ainsi encouragées à s’alimenter plus sainement et à bouger davantage. En effet, a rappelé lundi Thomas Mattig, directeur de Promotion Santé Suisse, l’état de santé dépend pour seulement 10 à 20% d’un comportement individuel librement choisi. «L’influence directe et indirecte sur la santé des conditions de vie générales se situe en revanche entre 50 et 60%», ce qui pour lui est très clair: la pauvreté réduit les chances d’une vie en bonne santé. «Plus un individu occupe une position élevée dans la hiérarchie des diplômes et des professions et moins la probabilité est grande qu’il sera soumis à plusieurs risques sanitaires, et inversement», a-t-il souligné.

Il en veut pour preuve les études menées sur le surpoids et l’obésité chez les écoliers. Sa Fondation mène depuis 2005 une analyse de l’indice de masse corporelle (IMC) en collaboration avec les services de médecine scolaire des villes de Berne et de Zurich, étude étendue désormais aux cantons des Grisons, du Valais, du Jura et de Genève, ainsi qu’à la ville de Fribourg. En Suisse, un enfant sur cinq à sept est en surpoids et en moyenne un enfant sur 25 est obèse.

Corrélation entre le surpoids et l’origine sociale

Or l’étude de ces données montre la corrélation entre le surpoids et l’origine sociale, voire même la nationalité. Suivant l’âge et le lieu de domicile, a-t-il relevé, les enfants de nationalité étrangère sont jusqu’à cinq fois plus souvent concernés par l’obésité que les enfants suisses. Et de souligner que le projet des Epiceries Caritas peut avoir une influence directe sur cette réalité avec une offre de produits sains plutôt que celle de produits tels que boissons sucrées, sucreries et aliments à forte teneur en graisse que l’on trouve à bon marché chez les grands distributeurs.

Ainsi, notent les promoteurs, ce nouveau projet «Epiceries Caritas – espace santé !», emprunte une voie innovante vers plus d’égalité des chances en matière de santé. Comme l’a relevé Sonja Kaufmann, présidente de la coopérative des Epiceries Caritas lors de la conférence de presse à Berne: «Les personnes à bas niveau de formation ont trois fois plus de risque de souffrir d’obésité ou de surpoids que les personnes qui ont un bon niveau de formation, car lorsqu’on a un budget serré, l’argent manque pour se nourrir de façon équilibrée». Par conséquent, la lutte contre la pauvreté représente un important moyen d’atteindre l’égalité des chances en matière de santé.

Grâce au projet «Epiceries Caritas – espace santé!», les personnes touchées par la pauvreté peuvent non seulement se procurer des fruits et légumes à des prix particulièrement avantageux, mais elles sont encore encouragées à manger de façon plus saine. Lors de leur achat, l’Epicerie leur fournit des informations utiles concernant une alimentation plus saine et on leur suggère de bouger plus. Un projet pilote mené à l’Epicerie Caritas de Zurich-Oerlikon a montré que le projet intéresse la clientèle: «Grâce aux rabais consentis sur les fruits et légumes, on a vendu trois fois plus de ces produits durant la période d’essai», selon Rolf Maurer. Notons que le projet «Epiceries Caritas – espace santé !» sera accompagné scientifiquement par l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Berne. (apic/be)

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