«La paix doit amener la justice des deux côtés»

Jérusalem: Le secrétaire général du COE veut une paix équitable en Terre sainte

Jérusalem, 8 septembre 2010 (Apic) Justice pour les Palestiniens et sécurité pour les Israéliens. C’est ainsi que le secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises (COE) conçoit la paix en Terre sainte.

Le pasteur luthérien norvégien Olav Fykse Tveit a été interviewé par l’Apic lors de son récent passage à Jérusalem. Il attend d’Israël la fin de l’occupation et le démontage du mur de sécurité, et rejette toute forme de violence utilisée en vue de mettre fin aux conflits. Une délégation du COE s’est rendue en visite en Terre sainte du 28 août au 2 septembre.

Apic: Monsieur le secrétaire général Tveit, avec quelles attentes vous êtes-vous rendu en visite en Terre sainte?

Olav Fykse Tveit: Par notre visite, nous voulons souligner notre engagement en vue de soutenir les chrétiens de la région dans leurs efforts de justice et de paix. Nous voulons également tisser et renforcer les contacts avec les Eglises et les responsables religieux. Mais avant tout nous souhaitons nous mettre à l’écoute afin de comprendre l’évolution de la situation dans la région et ce qui est à entreprendre. Notre message est: nous avons comme mission de nous engager en vue d’une paix équitable.

Apic: Qu’entendez-vous par «paix équitable»?

O.F. Tveit: La paix constitue une nécessité d’urgence. Elle doit être imprégnée d’une volonté de justice. Elle doit apporter la justice des deux côtés, chez les Israéliens et chez les Palestiniens. Une paix équitable doit aussi avoir une signification pour la population locale dans sa vie de tous les jours. Pour les chrétiens, surtout à Jérusalem, la vie est devenue très difficile en raison des nombreuses restrictions. Leur liberté de mouvement est très limitée. La ville de Bethléem, par exemple, ressemble à une prison. Cela ne peut pas continuer ainsi. Il doit y avoir un autre avenir pour ces personnes. Un autre point d’attention est la violence, qui résulte de cette situation et qui touche les deux côtés et les trois religions. Si elle se poursuit, cette situation amènera très probablement encore davantage de violence et conduira à un renforcement des positions extrémistes.

Apic: Le 2 septembre, des négociations directes de paix ont débuté entre Israéliens et Palestiniens aux Etats-Unis. Avec quelles attentes?

O.F. Tveit: Les attentes ne sont en fait pas très élevées. Mais la nécessité d’un accord est énorme, et tout le monde en est convaincu. Quelque chose doit changer. Lors de chaque nouvelle visite, je constate que les problèmes se sont accrus, et que d’autres s’ajoutent constamment. Ils rendent la vie quotidienne de la population plus difficile, voire impossible. Cela conduit à une rapide diminution de la population chrétienne locale. Nous avons besoin d’une volonté claire de paix de la part des dirigeants politiques. Je constate que des deux côtés, on perçoit mieux ce qui convient d’entreprendre.

Apic: Voyez-vous des signes d’espérance?

O.F. Tveit: Un des signes d’espérance est le fait que les Eglises unissent leurs voix et rassemblent leurs efforts pour la justice et la paix, comme c’est le cas dans le document du Caire, qui a été élaboré par des chrétiens palestiniens. C’est un bon signe. Je vois un autre signe d’espérance dans l’engagement des chrétiens locaux, qui a un rayonnement dans beaucoup d’Eglises de par le monde et qui provoque des réactions de soutien de leur part. Et lors des discussions dans les milieux ecclésiaux, on est largement convaincu que ce soutien n’est pas en contradiction avec le dialogue judéo-chrétien.

Nous devons nous engager pour un avenir en faveur des deux côtés. Il n’est pas possible que nous ne soutenions qu’un côté. Davantage de justice pour les Palestiniens signifie d’autre part davantage de sécurité pour les Israéliens. Ces deux engagements vont de pair. Il est trop tôt pour dire si les négociations seront fructueuses, mais en tant qu’Eglises, nous devons toujours conserver davantage d’espoir et prier pour cela.

Apic: Le début des négociations a été assombri par les actes terroristes du Hamas en Cisjordanie. Comment jugez-vous la situation politique actuelle?

O.F. Tveit: Je ne suis pas un spécialiste de la situation locale, ni en ce qui concerne les négociations. Mais d’après ce que nous entendons, ce n’est pas surprenant qu’il y ait des opposants aux négociations de paix, des deux côtés. Mais nous entendons également que parmi les dirigeants politiques il existe des signes clairs de volonté en faveur des négociations. Le fait que les deux côtés s’assoient à la table des négociations constitue une porte ouverte. Nous ignorons s’ils sont en situation et ont la volonté de passer cette porte. Mais l’espérance demande également de croire en ce que l’on ne voit pas. Tous les participants ont besoin de courage et de soutien moral afin de dépasser ce qui constitue aujourd’hui la réalité.

Notre devoir est d’encourager les politiciens à accomplir ce pas. Si les négociations échouent, la situation pourrait encore empirer. Il ne peut y avoir d’avenir sans que l’occupation ne prenne fin et que le mur de sécurité ne soit démonté. La population doit trouver un chemin vers la cohabitation entre Israéliens et Palestiniens, entre chrétiens, musulmans et juifs. Deux parmi les plus grandes ombres de l’histoire de l’humanité du 20e siècle – le Mur de Berlin et l’apartheid en Afrique du Sud – ont disparu. Cela montre qu’un changement est possible, même lorsqu’il paraît difficile.

Apic: Vous avez évoqué les difficultés des chrétiens, en particulier à Jérusalem. Où situez-vous le problème principal?

O.F. Tveit: Jérusalem est un lieu hautement symbolique. C’est une ville sainte pour les trois religions, mais celles-ci n’ont pas l’accès libre à leurs lieux saints auquel elles auraient droit. La situation actuelle engendre toutes sortes de problèmes, pour lesquels une solution doit être trouvée.

Spécialement les Palestiniens à Jérusalem – les musulmans comme les chrétiens – se trouvent sous grande pression. Certains sont chassés de leur maison. Leurs droits humains fondamentaux sont limités, comme par exemple leur liberté de déplacement. Les chrétiennes et chrétiens de Jérusalem se trouvent devant des difficultés particulières s’ils veulent épouser une chrétienne ou un chrétien issu des Territoires palestiniens.

Mais d’autre part, nous voyons qu’à Jérusalem justement, les responsables religieux ont la volonté de collaborer et d’affronter ensemble tous ces défis. De bonnes relations personnelles existent entre beaucoup parmi eux. Les responsables religieux doivent être impliqués dans les négociations de paix. Car une solution possible pour Jérusalem doit aussi englober une solution pour les différents groupes religieux.

Apic: Où voyez-vous la contribution spécifique des chrétiens dans le processus de paix?

O.F. Tveit: Les chrétiens d’ici sont de points de vue très divers des croyants et des fidèles. Ils donnent suite aux appels à la prière, ils manifestent un témoignage d’amour du prochain et de justice. Ils sont des témoins de paix. Les chrétiens issus de la région ne doivent plus attendre jusqu’à ce que des changements positifs apparaissent. Et ils ont besoin de soutiens moraux du monde entier afin que la présence chrétienne soit renforcée, par des visites ou des dialogues.

Apic: Que rapportez-vous de votre visite en Terre sainte?

O.F. Tveit: Les chrétiens de la région, avec lesquels nous sommes très liés, portent leur croix. Mais ils ont aussi de l’espérance. Voir la situation ici rend triste et lassé. Vivre les réalités coûte ici beaucoup plus d’énergie. Mais la foi et l’espérance des chrétiens palestiniens constituent pour moi une source d’inspiration et d’encouragement. Et dans ma situation, j’ai le privilège de témoigner de la situation des Palestiniens auprès de beaucoup d’autres personnes.

Apic: En octobre aura lieu à Rome un synode des évêques sur le Proche-Orient. Quelles attentes pourriez-vous exprimer?

O.F. Tveit: J’espère que le synode pourra être imprégné d’une volonté de développer des visions et une compréhension commune. Il devra porter un regard sincère sur la réalité, mais en même temps lancer une vision commune pour l’avenir, qui amène de véritables changements. Je suis persuadé que tout cela demeure possible.

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(apic/ak/bb)

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