Suisse: Une délégation œcuménique venue d’Afrique rencontre la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey

Les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en point de mire de la séance de l’ONU du 20 au 22 septembre à New York

Berne, 9 septembre 2010 (Apic) Une délégation œcuménique venue d’Afrique, présidée par Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, archevêque de Kinshasa (Congo/RDC), a rencontré jeudi après-midi 9 septembre la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, cheffe du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). La délégation a plaidé en faveur des populations appauvries d’Afrique en vue de la séance de l’ONU du 20 au 22 septembre à New York portant sur l’évaluation de l’ambitieux projet des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

Les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) claironnés à l’ONU par les dirigeants du monde – diminuer de moitié le nombre de victimes de la faim d’ici 2015 – «ne seront pas atteints… D’emblée, on voit que l’on n’y arrivera pas à 5 ans de l’échéance», a confié à l’Apic Mgr Laurent Monsengwo Pasinya. La communauté internationale, réunie du 20 au 22 septembre prochain au siège de l’Organisation des Nations Unies à New York, fera le bilan intermédiaire des OMD. Ces Objectifs ont été adoptés par l’ONU en 2000 pour lutter contre la pauvreté et la faim dans le monde.

Avant le sommet de l’ONU, une délégation de haut rang du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), emmenée par Mgr Monsengwo, et de l’Alliance réformée mondiale (ARM), dirigée par le pasteur ghanéen Setri Nyomi, secrétaire général de l’ARM, a visité des décideurs politiques en Suisse. Jeudi après-midi, les délégués, accompagnés notamment par l’abbé Félix Gmür, secrétaire général de la Conférence des évêques suisses (CES), ont rencontré à Berne la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, ainsi que Martin Dahinden, chef de la Direction du développement et de la coopération (DDC), des représentants de l’administration fédérale et des parlementaires fédéraux.

Les délégués ont fourni des informations sur la situation dramatique que vivent les populations pauvres en Afrique, et rappelé les engagements en faveur des OMD pris en l’an 2000 par les gouvernements du monde. L’Action de Carême (AdC) à Lucerne et son homologue Pain pour le Prochain (PPP) à Lausanne ont soutenu le travail de cette mission de sensibilisation, qui comprenait également deux experts du SCEAM, le Père Jean Patrice Ngoyi (Nigeria) et Firmin Adjahossou (Bénin). A Berne, Mgr Monsengwo a insisté sur la nécessité de contrôler davantage l’action des multinationales actives dans les pays du Sud et demandé plus de transparence en matière de fiscalité. Selon Markus Brun, responsable de la politique de développement à l’Action de Carême, qui accompagnait la délégation, la cheffe du DFAE a insisté sur la coresponsabilité en matière de développement des pays du Nord et du Sud. JB

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De gros doutes subsistent

Malgré quelques progrès, de gros doutes subsistent quant à l’atteinte des objectifs (OMD) fixés par les pays membres de l’ONU jusqu’en 2015. Il y en a encore 1,4 milliard d’hommes et de femmes qui vivent dans la pauvreté extrême, plus d’un demi-million de femmes meurent suite à une grossesse ou lors de l’accouchement, les réformes du système mondial économique et financier tardent à être mises en place, notent les œuvres d’entraide suisse AdC et PPP. Les répercussions de la crise du système mondial économique et financier et du changement climatique touchent les plus pauvres et aggravent encore leur situation. «Il reste encore beaucoup à faire pour les cinq prochaines années», soulignent-elles. JB/Com

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La Suisse est interpellée

Afin de pouvoir contribuer efficacement aux OMD, les œuvres d’entraide suisses demandent à Berne d’augmenter son aide publique au développement (APD) et d’introduire des sources innovantes de financement du développement (par ex. une taxe sur les transactions financières). La Confédération doit prendre des mesures contre l’évasion et la fraude fiscales internationales dans la législation suisse, mettre les droits de l’homme au centre de la coopération au développement, ne pas financer la lutte contre le changement climatique avec le budget de la coopération au développement et améliorer la cohérence entre les politiques financières, économiques et de développement. JB/Com

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Interview de Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, ancien président du SCEAM

Le Congo est victime de ses ressources naturelles

«La guerre a ruiné mon pays, elle nous a fait perdre beaucoup de temps pour réaliser les objectifs de lutte contre la pauvreté et la faim», confie à l’Apic Mgr Laurent Monsengwo Pasinya. «Cela fait dix ans que nous essayons d’en finir avec cette guerre, mais elle continue à l’Est du pays… Le Congo est victime de ses ressources naturelles, la découverte du coltan sur notre territoire, ainsi que du pétrole – on en a trouvé dans la Plaine de la Ruzizi entre le Burundi et la RDC, dans le Lac Albert, entre la RDC et l’Ouganda -, est l’une des causes de la guerre».

Le président de la Conférence épiscopale nationale du Congo/RDC (CENCO) relève que dans son pays l’on ne pourra pas atteindre les objectifs du millénaire: malgré les lourds sacrifices imposés au peuple – les fonctionnaires ne sont pas payés depuis deux mois – la réalisation des OMD semble hors d’atteinte. «En RDC, 17 millions de jeunes devraient être scolarisés dans le primaire et le secondaire, or il n’y a que 8 millions d’élèves qui vont en classe, les autres sont laissés au bord de la route… ».

«Au plan sanitaire, s’il n’y avait pas les hôpitaux et les centres de santé de l’Eglise, tout s’écroulerait. L’Etat est la plupart du temps absent… Les routes sont impraticables, les infrastructures ne sont plus entretenues depuis longtemps, les producteurs ne peuvent pas acheminer leur production vers les villes», détaille Mgr Monsengwo.

Les entreprises nationales ont été bradées au profit de certains individus ou multinationales des pays du Nord ou de la Chine par les gens au pouvoir, en raison de leur faiblesse, de leur complicité ou de la corruption: l’or est exploité par une compagnie étrangère, Ashanti Goldfields, la Minière du Bakwanga (MIBA) a été liquidée, l’Office national des transports (ONATRA) est quasiment en faillite. L’ONATRA n’a plus assez de bateaux depuis longtemps et ce sont des privés qui offrent leurs services sur les voies navigables. Les bois de la forêt tropicale ne sont même plus travaillés sur place, mais directement exportés, sans plus value pour le pays.

La Gécamines, véritable vache à lait du Congo – elle fournissait encore les 60% du PNB du pays dans les années 98-99, affirme le président de la Conférence épiscopale – a été cédée à des intérêts privés lors de l’invasion militaire du pays. «Pour nous, cette vente est illégale, et nous voulons récupérer ce patrimoine au profit de la population», assure-t-il.

«Les politiciens ont une vue à court terme. Chez nous, alors que c’est la crise, l’immobilier connaît un véritable boom. D’où vient l’argent ? Cela veut dire qu’il est volé… Nos minerais devraient pouvoir profiter au pays, mais ils disparaissent, on les exporte depuis le Rwanda ! Il n’y a pas eu, depuis 2003, une assemblée générale de la CENCO sans que nous ne dénoncions le pillage de nos richesse nationales, mais nous n’avons que la parole !» Et Mgr Monsengwo de rappeler à cette occasion que dans les banques occidentales, notamment en Suisse, ce ne sont pas que les milliards de Mobutu qui ont transité, mais également ceux d’autres prédateurs du continent noir. (apic/be)

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