Crainte des Eglises

Sri Lanka: Le pays pourrait sombrer dans une «dictature constitutionnelle»

Bangalore, 16 septembre 2010 (Apic) Au Sri Lanka, responsables et militants d’Eglise affirment que cette île de l’océan Indien pourrait devenir une «dictature constitutionnelle», suite à l’adoption par le Parlement de modifications à la loi fondamentale du pays.

«Nous sommes absolument déçus et frustrés par l’adoption de cet amendement constitutionnel, auquel nous nous opposions sur tous les fronts», a déclaré Rohan Edirasinghe, porte-parole du Centre pour les options politiques, une organisation d’Eglise, au correspondant d’ENInews le 10 septembre depuis Colombo.

Malgré les vives critiques formulées par les organisations de défense des droits, le Parlement sri lankais a accepté le 8 septembre les modifications constitutionnelles à la majorité requise des deux tiers. Parmi les modifications figurent notamment l’abandon de la limite de deux mandats présidentiels et la dévolution au président d’un plus grand contrôle sur des institutions comme la police et le système judiciaire.

Ces changements à la Constitution font suite à la victoire électorale, en 2010, du président Mahinda Rajapaksa, qui est intervenue après sa victoire sur la campagne menée pendant 26 années par des rebelles de l’ethnie tamoule, qui aspiraient à l’autonomie du nord et de l’est de l’île.

Abandon de la limite du mandat présidentiel en cause

Plusieurs députés de l’opposition ont accordé leur voix au gouvernement, tandis que la principale alliance d’opposition a boycotté le vote.

La veille du vote au Parlement, la Cour suprême de Sri Lanka avait rejeté une demande de référendum sur l’amendement constitutionnel, présentée par l’organisation d’Eglise.

«Tout le monde nous a lâché: le gouvernement, l’opposition et le pouvoir judiciaire», a déploré Rohan Edirasinghe, qui est anglican. Il a souligné que ces modifications pouvaient faire de Sri Lanka une «dictature constitutionnelle» en levant la barrière des deux mandats de six ans pour la fonction de président, sans un «rééquilibrage adéquat».

Avant le vote, l’évêque anglican Duleep de Chickera, de Colombo, avait appelé au retrait de l’amendement constitutionnel. «Parmi la population, beaucoup sont profondément alarmés par les répercussions possibles qu’aura l’amendement sur notre système de gouvernance démocratique», a-t-il déclaré dans un communiqué.

L’évêque a également mis en garde contre le fait que les changements à la Constitution pourraient affaiblir des structures autonomes clés de Sri Lanka, dans la mesure où le président de l’exécutif se verrait accorder les pouvoirs de «sélectionner et nommer les personnes qui travaillent dans des commissions cruciales qui ont pour objectif de protéger les droits démocratiques du peuple.»

L’évêque Chickera a affirmé que la commission électorale, la commission des services judiciaires, la commission de la police nationale et la commission de la corruption sont toutes des organes dont l’autonomie et la crédibilité pourraient être affectées par la mesure.

Le Conseil national de la paix, qui comprend des Eglises parmi ses membres, a indiqué que «rien ne prouve que les changements populaires proposés par le gouvernement bénéficient du soutien populaire». Il a ajouté que «pas même les avant-projets d’amendement constitutionnel n’ont été présentés au peuple» pour jauger leur réaction. (apic/eni/js)

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