Des millions de personnes sont encore exposées à la malnutrition
Islamabad, 17 septembre 2010 (Apic) Tandis que la machine des aides humanitaires avance péniblement, des groupes islamistes radicaux prennent de plus en plus de place dans l’assistance aux sinistrés. C’est le signal d’alarme transmis à l’agence Fides par le monde des ONG, de volontaires, ainsi que des institutions civiles pakistanaises. L’évêque d’Islamabad-Rawalpindi dénonce l’aide ciblée d’organisations islamistes.
Tandis que les pluies et les inondations continuent dans le Sud du pays, et que le gouvernement est en difficulté, «les groupes islamiques remplissent le vide laissé par les institutions. Les camps organisés par le gouvernement et gérés par la protection civile ne réussissent pas à accueillir tous les sinistrés. Une bonne partie du travail, ce sont les agences internationales et les ONG privées qui le font. Dans ce contexte, s’infiltrent aussi des organisations caritatives qui sont l’expression directe de groupes islamistes radicaux, qui utilisent une dénomination différente», explique à l’agence catholique Fides un membre de la «Commission pour les Droits de l’homme du Pakistan», une ONG pakistanaise. «Il y a encore des millions de personnes exposées à la faim et à la malnutrition», a affirmé le 16 septembre Valérie Amos, l’envoyée spéciale de l’ONU au Pakistan. A sept semaines du début de la tragédie, grandissent dans la société civile, dans la politique et dans l’opinion publique les craintes que ces groupes radicaux islamiques utilisent l’assistance humanitaire pour obtenir le consensus et recruter de nouveaux volontaires.
Selon l’Institut pour la gestion des conflits, spécialisé sur l’Asie méridionale, des formations déclarées illégales au niveau international sont actives sur le territoire: «Des groupes militants comme Harkat-ul-Jihad-al-Islami (HuJI), Jaish-e-Mohammad (JeM), Harkat-ul-Mujahideen (HUM), Jama’at-ud-Da’awa (JUD), Lashkar-e-Toiba (LeT), et des formations islamistes radicales comme Jamaat-e-Islami (JeI), profitent de la situation des inondations, en recueillant de l’argent à destination des victimes». Les aides des pays musulmans et des fidèles musulmans dans le monde entier se sont multipliées pendant le mois du Ramadan, à travers le mécanisme de la «Zakah», l’aumône obligatoire que chaque musulman est tenu de verser aux pauvres, surtout à la fin du Ramadan.
Le Premier ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani a critiqué ouvertement les donations effectuées à des ONG privées. Cependant, des membres de l’association musulmane «Falah Insaniat Foundation», très active dans le secours des réfugiés sur tout le territoire – expression directe de la «Jamaat au-Dawa» – déclarent ouvertement à la presse: «La population se fie plus à nous qu’au gouvernement». De nombreux observateurs soulignent que des organisations islamiques, légales ou illégales, travaillent avec beaucoup d’efficacité. «Pour lutter contre l’extrémisme islamique, une action humanitaire compréhensive et coordonnée entre Etat, agences internationales et ONG, est urgente, pour laisser peu de place à cet opportunisme», disent à Fides des volontaires catholiques engagés sur le terrain.
Encadré:
Les groupes qui donnent de la nourriture à des fins détournées «ne font pas la charité, n’agissent pas selon Dieu», affirme à Fides Mgr Rufin Anthony, évêque d’Islamabad-Rawalpindi.
Fides: Comment est la situation des chrétiens après les inondations?
Mgr Anthony: De nombreux chrétiens sont accueillis par d’autres familles chrétiennes. Beaucoup sont dans les camps de réfugiés. Les aides, à ce que j’ai pu constater dans mon diocèse, sont distribuées par l’intermédiaire de l’armée. Les organisations d’assistance, y compris la Caritas, passent par les militaires, qui les distribuent sans discriminations. Dans d’autres zones, là où le gouvernement n’arrive pas, travaillent souvent des ONG locales liées aux groupes islamiques. Ceux-ci demandent l’aumône pour les aides, et comme je l’ai entendu, ils s’occupent seulement des réfugiés musulmans.
Fides: Que veut dire des associations de charité liées aux groupes islamistes radicaux?
Mgr Anthony: Ces groupes ne font pas la charité. Si une aide n’est pas désintéressée, ce n’est pas de la charité, ce n’est pas de la miséricorde. Il y a d’autres raisons derrière: se créer une bonne image, obtenir un consensus, acquérir de la popularité auprès de la population, recevoir de l’aide de l’étranger, recruter des volontaires.
Fides: Comment les chrétiens du Pakistan vivent-ils aujourd’hui leur foi?
Mgr Anthony: Les chrétiens vivent parmi la population, témoignant de leur foi avec conviction, même au milieu des persécutions. Et même, je peux dire que parmi les difficultés et les persécutions, la foi fleurit: nos églises sont pleines. Les chrétiens se sentent d’authentiques Pakistanais. Le Pakistan est notre terre, c’est la terre que Dieu nous a donnée. Même si leurs droits sont niés, ils sont inaliénables et personne ne pourra les enlever. (apic/fides/bb)
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