Une personnalité rayonnante, un homme de contacts
Fribourg, 22 septembre 2010 (Apic) L’évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Bernard Genoud, est décédé le soir du 21 septembre au home de la Providence à l’âge de 68 ans, suite à un cancer des poumons. Homme de contacts, il était à la fois théologien, philosophe et musicien.
«Mgr Bernard Genoud a rejoint la maison du Père». Pour le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), c’est une personnalité rayonnante qui disparaît: un maître en spiritualité et en philosophie, mais aussi pour tous ceux qui ont eu la chance de le côtoyer un véritable ami. «Dans la fidélité au ministère ecclésial qui lui était confié, il a lutté avec courage contre le cancer, maladie qu’il avait rendu publique début octobre 2009», affirme l’évêché dans un communiqué diffusé le 22 septembre.
Le corps de l’évêque défunt reposera en la chapelle de l’évêché jeudi de 11h à 16h, et vendredi de 11h à 18h45. Une veillée de prière sera célébrée le vendredi 24 septembre à 19h dans les quatre cantons du diocèse: cathédrale St-Nicolas, Fribourg; église du Sacré-Cœur, Lausanne; basilique Notre-Dame de l’Immaculée Conception, Genève; basilique Notre-Dame de l’Assomption, Neuchâtel. Les funérailles de Mgr Genoud seront célébrées en la cathédrale St-Nicolas à Fribourg le samedi 25 septembre, à 10h.
«Le Collège des consulteurs va prochainement se réunir pour nommer un administrateur diocésain. Un successeur à Mgr Genoud sera ensuite désigné par le pape», précise l’évêché.
En décembre 2007 déjà, Mgr Genoud était opéré d’une hernie, mais également d’une tumeur cancéreuse. Au terme d’une période de convalescence, il pouvait cependant reprendre normalement son activité épiscopale.
Puis, dès octobre 2009, sa santé s’est irrémédiablement détériorée – avec des répits – suite à la découverte d’une tumeur cancéreuse au poumon droit. L’évêque devait alors réduire ses activités, tout en restant à la barre du diocèse, une barre qu’il n’a jamais totalement lâchée, ni totalement agrippée sans l’aide de ses proches collaborateurs. Il va suivre régulièrement des séances de chimiothérapie à l’Hôpital cantonal de Fribourg. «J’ai bon espoir», «Je vais poursuivre mon ministère épiscopal, tout en allégeant ma charge», ne cessera-t-il d’affirmer durant cette dernière année.
Le 26 mars 2010, c’est un Mgr Bernard Genoud affaibli et amaigri, mais nullement défait, qui se présentait devant la presse pour faire le bilan de son état de santé. «Les examens radiologiques démontrent une évolution favorable et très satisfaisante», avait-t-il affirmé en lisant son bulletin de santé délivré par l’Hôpital cantonal. Annonçant même: «Il est possible que je reprenne bientôt toutes mes fonctions ministérielles». L’espoir devait être de courte durée, il n’a pas connu de véritables rémissions. Ses apparitions se faisaient de plus en plus rares et son état physique était tout sauf rassurant. Depuis le 30 juin, c’est du home de la Providence à Fribourg, qu’il a dirigé le diocèse. Le 20 septembre 2010, l’évêché de LGF annonce que l’état de santé de Mgr Bernard Genoud «s’est considérablement dégradé ces dernières heures». «Il est possible que l’évêque s’en aille vers Dieu ces prochains jours», ajoutait le communiqué.
Monseigneur Bernard Genoud est né le 22 février 1942 à Châtel-Saint-Denis, dans le canton de Fribourg. Il effectue ses études secondaires et gymnasiales au Collège de Saint-Maurice, en Valais, où il obtient une maturité de type A (latin-grec) en 1963. La même année, il obtient le Certificat de musique pour flûte au Conservatoire de Lausanne.
De 1963 à 1968, il étudie la théologie au Grand Séminaire de Fribourg, où il a pour maître le cardinal Charles Journet, dont il aimait à dire que «ce professeur hors pair était mon maître en théologie comme Jacques Maritain l’était en philosophie.» Philosophie que l’abbé Genoud étudiera à l’Université de Fribourg de 1971 à 1975, où il obtient sa licence.
Ordonné prêtre le 22 juin 1968 à Fribourg, il est vicaire à Montreux de 1968 à 1971, puis professeur à l’Ecole normale cantonale de Fribourg, de 1972 à 1975. Il passera deux ans au Collège Saint-Michel à Fribourg, de 1975 à 1977, puis quittera la vénérable institution pour aller enseigner à Bulle entre 1976 et 1994: au Collège St-Michel, l’abbé Genoud ne se sentait pas à l’aise, percevant des animosités à son égard, notamment de la part de professeurs laïcs qui voyaient en lui le successeur tout désigné du recteur en place, l’abbé André Bise. Préférant la sérénité à la vaine querelle, il est retourné dans le sud du canton. Mais il participait chaque mois aux réunions du groupe cantonal des professeurs de philosophie à Fribourg, et aimait inviter ses collègues à Bulle pour une fondue lors de la dernière réunion de l’année, juste avant Noël.
Professeur passionné et passionnant, Bernard Genoud s’est aussi investi à l’Ecole de la Foi, à Fribourg, et jusqu’en 2006 à l’Institut romand de Formation aux Ministères (IFM). Il a également été chargé de cours à l’Université de Fribourg, de 1996 à 1999.
Bernard Genoud était aussi musicien dans l’âme. De 1976 à 1999, il a été directeur des Céciliennes du district de la Veveyse et d’une partie de celui de la Glâne. La musique était pour lui une manière extraordinaire de chanter les louanges de Dieu. Sa flûte et le chant l’ont accompagné tout au long de son chemin de croyant.
Mais Mgr Genoud était avant tout prêtre. Il a ainsi été responsable de la paroisse de Lessoc, en Gruyère, de 1981 à 1994, date à laquelle il est appelé comme Supérieur du Séminaire diocésain à Villars-sur-Glâne et professeur de philosophie pour l’année de discernement au Séminaire de Sion à Givisiez.
Le 16 mars 1999, il est élu évêque du diocèse de LGF; il est ordonné le 24 mai. Il succède à Mgr Amédée Grab, appelé comme évêque du diocèse de Coire.
Au sein de la Conférence des évêques suisses, Mgr Genoud était responsable du dicastère des médias, ainsi que de la formation ecclésiale; il y était également coresponsable du dicastère des médias. Dès janvier 2007, il est entré au présidium de la Conférence des évêques suisses. Il était encore président du groupe francophone du Conseil Episcopal Européen pour les Médias (CEEM). Mgr Genoud, en dépit des nombreuses tâches qu’il devait affronter, gardait toujours l’objectif premier de sa vocation: faire connaître l’Evangile partout où il passait, que ce soit dans la rue, les bistrots, les églises ou lors de pèlerinages.
L’évêque défunt a présidé la clôture de l’Assemblée diocésaine 2000 – démarche d’Eglise ayant pour but de donner à la vie du diocèse un souffle nouveau, un horizon d’espérance, un nouvel élan missionnaire et de charité. De ce grand rassemblement découlèrent les Forums diocésains. Il a entrepris la réforme de la pastorale territoriale sous l’angle de la «Proposition de la Foi». Toujours désireux de porter la Bonne Nouvelle aussi hors des églises, en tant qu’évêque coresponsable des médias au sein de la CES, il s’est exprimé à de nombreuses reprises par des moyens modernes de communication (webfilms, chat, internet …) pour tenter d’atteindre un large public.
Unanimement apprécié de ses élèves et étudiants pour sa bonhomie et son ouverture d’esprit, Bernard Genoud était aussi quelqu’un de très fidèle: ses amis comptaient beaucoup pour lui, il savait avoir avec eux de très heureuses conversations. Il avait toujours le mot qu’il fallait dans chaque situation. Il était aussi toujours très aimable avec les gens qu’il croisait dans la rue ou à l’église: qu’il les connaisse ou pas, il avait un petit sourire ou un petit geste de salutation pour chacun.
Sa soif de contact s’est traduit par une initiative pastorale inédite, qui l’a fait connaître au-delà des frontières du diocèse et du pays: les «rencontres au bistrot». Depuis mars 2000 jusqu’en décembre 2006, Mgr Genoud donnait régulièrement rendez-vous aux fidèles et à toutes les personnes intéressées dans une salle de restaurant. Du Belvédère à Fribourg, ces rencontres se sont déroulées ensuite dans chaque canton du diocèse (Vaud, Genève, Neuchâtel), puis dans la partie alémanique du diocèse, à Tavel, puis encore sur Vaud, à Yverdon-les-Bains, et en Gruyère, à Bulle en automne 2006. Puis il a mis en place la même année des «Ecoles cathédrales», des rencontres où il approfondissait à la cathédrale de Fribourg des notions de la foi sur la base du Catéchisme de l’Eglise catholique.
Très rapidement après son élection, Mgr Genoud a été confronté au scandale de la pédophilie des prêtres. Sous-estimant l’ampleur du phénomène au début de son épiscopat, il a ensuite empoigné courageusement le taureau par les cornes et mis sur pied la Commission «Sos prévention». Ces douloureux événements, qui l’ont profondément atteint, ne l’ont pas empêché de vouloir faire toute la clarté. Il s’est engagé pour la vérité et la justice.
L’évêque s’est toujours prononcé pour l’unité de l’Eglise, et il considérait que les décisions du Concile Vatican II devaient être respectées. Il tenait aux valeurs fondamentales que sont l’œcuménisme, la liberté religieuse, le droit à l’autodétermination dans la croyance.
En octobre 2009, Mgr Genoud a donné une conférence de presse où il présentait son état de santé, tout en déclarant qu’il n’était pas question pour lui d’abandonner sa charge épiscopale, car l’annonce de Jésus-Christ est prioritaire. Il a dit vivre sa maladie en solidarité avec tant de malades du cancer, et il voulait former avec eux en quelque sorte un «monastère invisible pour prier ensemble».
Encadré:
Cette épreuve de la maladie «n’a pas été une partie de plaisir», avait déclaré Mgr Genoud en mai dernier devant la presse. L’évêque s’est senti «en profonde communion avec tous les malades» lorsque les forces vitales semblaient le quitter. Mais il devait reprendre courage en s’appuyant d’abord sur le philosophe qui est en lui. Tout comme Socrate, il est persuadé que «l’on n’est jamais mort. On rejoint les dieux». Il s’est ensuite appuyé sur sa dimension de croyant, de chrétien, qui vit dans l’espérance de Pâques. «J’ai uni mes souffrances à celles du Christ», a-t-il affirmé. Il a ensuite vécu cette épreuve avec la force du prêtre et de l’évêque, qui est resté et reste au service de la communauté chrétienne: «Je n’ai pas pu prendre un vrai congé-maladie». «J’ai vécu cette épreuve dans la foi, dans l’espérance. Et je continue mon ministère d’évêque avec joie». A un journaliste lui demandant s’il était parvenu à abandonner la cigarette, Mgr Genoud a assuré qu’il avait «diminué la fumée». Ajoutant: «Mais j’ai encore des rechutes». (apic/js/bb)
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