Le père des bébés éprouvettes est également celui du marché des ovocytes
Rome, 5 octobre 2010 (Apic) L’attribution du Prix Nobel de médecine au Britannique Robert Edwards rend perplexe le Vatican. Le président de l’Académie pontificale pour la vie, Mgr Ignazio Carrasco de Paula, a fait part de ses réserves suite à la désignation, le 4 octobre, du pionnier de la fécondation in vitro (FIV) comme Prix Nobel. Le soir même, dans une prise de position, le prélat espagnol a fait remarquer que le père des bébés éprouvettes était également à l’origine du « marché des ovocytes » et des « congélateurs pleins d’embryons ».
« L’attribution du Prix Nobel au professeur Edwards a suscité beaucoup d’approbations et bon nombre de perplexités, comme on pouvait le prévoir », a ainsi relevé le président de l’Académie pontificale pour la vie. « Personnellement, a poursuivi le prélat, j’aurais voté pour d’autres candidats comme McCullock et Till, qui ont découvert les cellules souches, ou bien pour Yamanaka, qui fut le premier à créer une cellule pluripotente induite (iPS) ».
Mgr Ignazio Carrasco de Paula a reconnu en outre que le scientifique britannique avait « ouvert un chapitre nouveau et important dans le domaine de la reproduction humaine ». Il a ainsi estimé que la naissance du premier bébé éprouvette, Louise Brown, en 1978, était l’un de ses meilleurs résultats.
Cependant au chapitre des perplexités, le prélat a déclaré : « sans Edwards il n’y aurait pas de marché des ovocytes ; sans Edwards il n’y aurait pas de congélateurs pleins d’embryons en attente d’être placés in utero ou, plus probablement, d’être utilisés pour la recherche ou de mourir abandonnés et oubliés de tous ».
« Je dirai qu’Edwards a inauguré une maison, mais en ouvrant la mauvaise porte du moment qu’il a tout misé sur la fécondation in vitro et a consenti, implicitement, au recours à la donation et à la vente qui mettent en jeu des êtres humains », a encore soutenu Mgr Carrasco de Paula. »Ainsi, il n’a en rien modifié le cadre pathologique de l’infertilité, ni son cadre épidémiologique », a poursuivi le prélat pour qui « la solution à ce grave problème viendra d’une autre voie moins coûteuse » pour laquelle « il faut patienter et avoir confiance en (les) chercheurs ».
Cette prise de position du nouveau président de l’Académie pour la vie a été diffusée dans la soirée du 4 octobre par le Bureau de presse du Saint-Siège. Un peu plus tôt, dans une interview accordée à l’agence de presse italienne Ansa, le même prélat tenait des propos moins nuancés sur le choix du Prix Nobel de médecine 2010. Membre de l’Opus Dei, Mgr Carrasco de Paula avait été nommé président de l’Académie pontificale pour la vie le 30 juin dernier.
Interpellé par l’agence de presse Imedia, Mgr Jacques Suaudeau, membre de l’Académie pontificale pour la vie, a pour sa part estimé que l’attribution du Prix Nobel de médecine à Robert Edwards avait des accents «politiques». Prélat et médecin, Mgr Suaudeau a aussi expliqué que le père de la fécondation humaine in vitro avait «franchi une barrière éthique» et n’avait fait qu’appliquer «une technique qui existait déjà pour les animaux».
Pour sa part, le président de l’association italienne « Science et Vie », Lucio Romano, a jugé que cette attribution ne «respectait aucune problématique d’ordre éthique» et montrait que l’homme était «réduit à l’état d’objet», n’étant «plus un être humain fruit d’une procréation» mais «construit comme un produit de conception».
L’« Osservatore Romano », dans son édition du 4 octobre, a fait part de cette attribution du Prix Nobel de médecine en indiquant simplement que Robert Edwards, 85 ans, était considéré « comme un pionnier dans le domaine de la fécondation in vitro».
En deux décennies, de la fin des années 1950 à 1978, Robert Edwards a travaillé sur l’obtention d’embryons après fécondation in vitro et collaboré notamment avec l’obstétricien Patrick Steptoe (décédé en 1988). Des recherches qui ont abouti en 1978 à la naissance du premier bébé éprouvette, Louise Brown. (apic/imedia/lb/amc) AMI/LB ?
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