Roumanie: La situation des Roms interpelle notre gouvernement, estime Mgr Virgil Bercea, évêque gréco-catholique d’Oradea Mare

La vraie solution est d’aider à faire marcher l’économie de la Roumanie

Zagreb, 7 octobre 2010 (Apic) «Démanteler les camps de Roms et leur offrir de l’argent pour qu’ils rentrent en Roumanie n’est pas la solution, car ils reviendront peu de temps après. Par contre, la seule vraie solution est d’aider les pays de l’Est, notamment la Roumanie, afin que leur économie fonctionne et que ces personnes puissent être intégrées dans leur pays. Ils n’auront plus ainsi à chercher leur salut à l’étranger», confie à l’Apic Mgr Virgil Bercea.

L’évêque gréco-catholique d’Oradea Mare ne mâche pas ses mots: «la situation sociale et économique que nous vivons actuellement en Roumanie est la pire de ces dernières années, et cette émigration interpelle notre gouvernement !»

Dans une interview accordée à l’Apic, Mgr Virgil Bercea, qui participait en fin de semaine à l’assemblée plénière du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE) à Zagreb, estime que de la part des Roms, la solution n’est certes pas de se ›ghettoïser’ comme ils le font en France ou en Italie.

L’évêque «uniate» d’Oradea Mare fait ainsi montre d’une certaine compréhension pour la position des autorités françaises dans cette affaire, en rappelant la responsabilité du gouvernement de Bucarest. «Il faut faire marcher l’économie pour stopper l’immigration et mener une politique active d’intégration».

Mgr Virgil Bercea est le neveu du fameux cardinal Alexandru Todea, ordonné clandestinement en novembre 1950 à Bucarest archevêque de Blaj par Mgr Iosef Schubert, qui fut lui-même arrêté un an plus tard. L’archevêque de Blaj fut lui aussi arrêté en 1951. A la suite d’un procès de type «stalinien», il fut condamné à la prison à vie pour «haute trahison». Il ne fut amnistié que treize ans plus tard, en 1964. L’Eglise catholique de rite byzantin avait été dissoute en 1948 et intégrée de force dans l’Eglise orthodoxe roumaine. Elle ne sortira des catacombes qu’après la mort du dictateur Ceausescu et la chute du régime communiste en Roumanie en décembre 1989.

Apic: Mgr Virgil, vous êtes vous aussi un évêque issu de l’Eglise gréco-catholique clandestine…

Mgr Virgil Bercea:

Effectivement, j’ai été ordonné évêque clandestinement en 1982 à Reghin. Ingénieur agronome de formation, je travaillais alors à l’Institut de recherche biologique à Tîrgu Mures, en Transylvanie. J’ai étudié la théologie clandestinement pendant mes études universitaires à Cluj. Mes professeurs étaient les professeurs de théologie de Blaj (ce petit bourg au coeur de la Transylvanie était le centre de l’Eglise gréco-catholique roumaine, nommé aussi ›la petite Rome’) qui étaient sortis de prison. C’est à Blaj que l’on formait les théologiens et les prêtres gréco-catholiques avant la dissolution de notre Eglise par les communistes en 1948.

Apic: L’Eglise gréco-catholique travaille-t-elle depuis longtemps avec les tsiganes ?

Mgr Virgil Bercea:

Déjà du temps de Mgr loan Suciu, un des trois évêques catholiques morts dans la prison politique de Sighet (il est mort de faim en 1953 à l’âge de 46 ans, suite aux conditions inhumaines infligées aux prêtres et évêques qui y étaient détenus), l’Eglise s’occupait des tsiganes. C’est lui qui avait commencé à la fin des années 30 un programme de catéchèse pour les tsiganes, à dire la messe pour eux. Après la période communiste, qui fut une libération, nous avons continué cette pastorale auprès d’eux. A Blaj, nous avons 5 ou 6 prêtres issus du monde tsigane qui travaillent dans le monde des «Roms», en Roumanie et en Italie.

Selon le dernier recensement de 2001, les tsiganes ne sont que 700’000 en Roumanie. Ils sont occultés du côté officiel, comme le sont d’ailleurs toujours les gréco-catholiques. Ainsi le nombre des gréco-catholiques en Roumanie est en réalité de quelque 700’000 alors que le recensement en dénombre moins de 200’000. C’est politique !

Les tsiganes sont en fait beaucoup plus que les 700’000 recensés officiellement : ils sont peut-être 2,5 millions. Beaucoup d’entre eux ont été classés comme orthodoxes, mais il y en a aussi qui sont catholiques. Il est cependant difficile de donner une proportion, car ils sont très «volatiles» du point de vue religieux.

Apic: Que faites-vous pour les «Roms» en dehors de la catéchèse ?

Mgr Virgil Bercea:

L’Eglise essaie de ne pas seulement travailler à la formation religieuse en milieu tsigane. Tant les gréco-catholiques que les catholiques romains apportent leur aide, en particulier pour la construction de maisons. Les Eglises travaillent avec les mairies, la Caritas, des ONG extérieures.

On travaille à intégrer les enfants tsiganes dans les écoles. Nos prêtres travaillent avec les jeunes dans les paroisses, où il y a aussi des fidèles tsiganes. On essaie de les intégrer parmi les autres, en évitant de faire des différences. Il faut l’avouer: en ce qui concerne l’intégration des tsiganes, on est très peu écoutés par les hommes politiques dans notre pays! (apic/be)

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