Les théologiens se font entendre par des arguments de raison et non par des prétentions d’autorité
Fribourg, 20 octobre 2010 (Apic) Le 5 octobre, lors du Conseil de Faculté, le professeur Mariano Delgado – nouveau doyen – a prononcé son allocution inaugurale. Son programme 2010-2012 a pour titre : «Evangile et prophétie». Il est placé sous le charisme de l’Ordre prêcheur : la veritas, la comtemplatio et la compassio.
Mariano Delgado définit la Faculté «comme une Faculté de théologie catholique dans la tradition de l’Ordre dominicain, enracinée en Suisse, mais possédant une vocation internationale, oecuménique et interreligieuse, plaçant sa théologie à la pointe du temps présent et offrant au pluralisme théologique légitime un lieu de rencontre scientifique». A ses yeux, nous devons la réputation internationale de la Faculté «à son attachement à l’Ordre des Dominicains». Il exprime son inquiétude «quant à l’avenir de la présence des Dominicains à notre faculté». Car lors de son départ, l’ancien Chancelier a déclaré au sujet de Fribourg : «Les difficultés se répètent lorsqu’il est question d’appeler et d’assigner des frères pour cette tâche». Le doyen souligne cependant que le plus important est «de penser en terme de qualité, c’est-à-dire de nous poser la question de la signification de la théologie dans la tradition dominicaine». Son vœu est que cette signification reflète la veritas, la contemplatio et la compassio.
«La vérité signifie le principe de la recherche sérieuse, l’effort pour trouver des concepts précis, la confrontation avec toutes les questions dans le cadre herméneutique de la théologie, qui renvoie la foi à la raison et la raison à la foi», déclare le professeur. Dans ce contexte, poursuit-il, «ne craignons pas les échanges interdisciplinaires dans le cadre de l’Université» et favorisons-les.
«La vérité signifie également sincérité et intégrité dans les contacts personnels», insiste le doyen. C’est pourquoi, il invite à suivre le principe suivant : «Amicus Plato, sed magis amica veritas» (»J’aime Platon, mais j’aime mieux la vérité»).
Nous devons nous prosterner devant la vérité, en contemplation. A ce sujet, «la théologie scholastique et la théologie mystique doivent cheminer toujours ensemble», précise le professeur Delgado. Les prêcheurs sont riches en théologie contemplative. Il suffit d’évoquer la tradition mystique de l’Ordre : «Maître Eckhart, Henri Suso, Johannes Tauler et Catherine de Sienne».
Le doyen évoque une double compassion : le combat pour la justice et le droit et le souci d’annoncer la Bonne Nouvelle. Car la théologie s’adresse à toutes les personnes «qui recherchent le Dieu fait homme et qui souhaitent partager avec lui ›les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent’ (Gaudium et spes, 1), (…) qui ressentent aussi la nostalgie d’une vie ›en abondance’ (Jn 10,10), et la promesse ›de nouveaux cieux et une terre nouvelle (…), où la justice habitera’ (2P 3,13)».
Pour le doyen, on attend «du moins des professeurs nommés, qu’ils soient inculturés dans l’Eglise locale par leur collaboration dans des commissions de la Conférence des évêques suisses, par leur engagement dans des tâches pastorales ou des conférences dans les paroisses». Le pluralisme théologique, rencontré à l’Université ou sur le terrain, offre une base scientifique intéressante. Il est «légitime et même nécessaire», affirme le professeur. Selon Thomas d’Aquin, «la théologie (…) doit faire des efforts pour découvrir de nouvelles voies pour l’évangélisation et la pastorale. Elle doit tenter ›de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile’ (Gaudium et spes 4), de répondre aux questions des gens d’aujourd’hui, de réfléchir aux solutions constructives des problèmes actuels, au lieu d’abandonner les hommes et les femmes à leur souci et à leur souffrance». «Seul le courage de pratiquer une théologie prospective, dans la continuité des traditions vivantes, nous ouvrira les portes de l’innovation», conclut le doyen.
«Les théologiens ne peuvent se faire entendre aujourd’hui dans le discours interdisciplinaire universitaire que par des arguments de raison et non par des prétentions d’autorité», affirme le doyen. C’est pourquoi, seuls les théologiens «prêts à chercher le dialogue avec d’autres domaines scientifiques» devraient être appelés dans une faculté de théologie universitaire. Notre tâche est centrale et magnifique, s’exclame le professeur. «L’enseignement et la recherche sur le Dieu fait homme, le Dieu incarné qui voulait nous montrer qui est Dieu et quels sont ses projets pour nous et le monde» est «le point de départ à partir duquel nous devrions placer nos recherches de la vérité dans une implication interdisciplinaire élargie», conclut-il.
Organisation d’un voyage de la Faculté en Espagne, en juin 2011, sur les traces des premiers dominicains et des mystiques Thérèse d’Avila et Jean de la Croix. Offre de deux cours transversaux, en français et en allemand, sur le thème «Evangile et prophétie». Et mise sur pied d’un symposium international, du 1er au 3 décembre 2011, ayant comme titre : «Ces gens ne sont-ils pas des hommes ? Evangile et prophétie 500 ans après le sermon de l’Avent d’Antón Montesino OP». Le symposium se conclura par une eucharistie pontificale à la cathédrale Saint-Nicolas, le deuxième dimanche de l’Avent.
Le professeur Mariano Delgado est le nouveau doyen de la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg, depuis le 1er août 2010. Ce laïque espagnol est né en 1955, à Berrueces, Valladolid. Il est professeur ordinaire d’Histoire de l’Eglise et directeur de l’Institut pour l’étude des religions et le dialogue interreligieux.
Après les dominicains Norberto del Prado (1894-1895, théologie dogmatique et morale), José González (1921-1922, droit canon), Francisco Marín-Solá (1922-1923, théologie dogmatique) et Santiago Ramírez (1928-1929, théologie dogmatique), le professeur Delagdo est le 5ème doyen espagnol dans l’histoire de la Faculté, fondée en 1889. Il est l’auteur d’environ 400 publications (dont 40 livres), le rédacteur en chef du journal « Zeitschrift für Missionswissenschaft und Religionswissenschaft », le chef de la section Science des religions/histoire de la religion/ethnologie de la Görres-Gesellschaft et le président de l’Association d’Histoire Ecclésiastique Suisse. Ses domaines de recherche se focalisent sur l’œuvre de Bartolomé de Las Casas et du mystique Jean de la Croix, sur la théologie politique de l’école de Salamanque, l’histoire du christianisme en Amérique latine et aux Philippines, la théologie de la libération, la théologie germanophone du 20e siècle, les questions des interactions de la religions avec la société et le dialogue interreligieux. (apic/com/uni/ggc)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse