La solitude de l’évêque face à la décision finale
Fribourg, 22 octobre 2010 (Apic) Le 26 septembre dernier, Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire à Genève, a été élu administrateur du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Interviewé par l’Apic, il livre son analyse sur la fonction d’évêque diocésain et cite les défis qui attendent le successeur de Mgr Bernard Genoud.
Le principal défi du nouvel évêque sera la formation des unités pastorales (UP) dans le diocèse, selon Mgr Farine, qui cite également la pastorale de la famille, l’annonce de la foi dans un monde éclaté, ainsi que le dialogue oecuménique et interreligieux. Même si ses pouvoirs sont très limités dans cette phase de transition, l’administrateur a pu ressentir la solitude qu’éprouve le responsable diocésain au moment de signer une décision. Même si la réflexion a été faite en équipe ou dans des conseils, « au bout du compte c’est l’évêque qui l’approuve », relève-t-il.
Mgr Pierre Farine: Mgr Genoud aimait beaucoup qu’on l’appelle « Père évêque ». Il est donc responsable de toute la famille diocésaine.
Ses tâches sont triples. D’abord sanctifier, à savoir veiller à ce que tout ce qui concerne la liturgie se fasse, veiller à ce que les fidèles de son diocèse se sanctifient. Cela touche tout le domaine de la liturgie, par exemple les messes dans les paroisses. Ces dernières années nous avons dû traiter les célébrations pénitentielles. Dans le cas présent, l’évêque a dû légiférer et rappeler que les absolutions collectives n’étaient pas possibles selon les normes de l’Eglise universelle. C’est une tâche importante. Cela touche la sanctification des fidèles. L’évêque doit aussi veiller à ce que les confirmations se fassent dans les paroisses.
Il y a ensuite l’annonce de la Parole.
Mgr Farine: Tout à fait! D’abord par l’enseignement qu’il assurait personnellement, par l’Ecole cathédrale et par de nombreuses autres initiatives. Il était lui-même un enseignant.
Le domaine de l’annonce de la Parole concerne bien entendu aussi la catéchèse: veiller à ce qu’elle soit donnée dans l’ensemble du diocèse. Et que le message qui est transmis corresponde à celui de l’Eglise universelle. Et quand on parle de catéchèse, ce n’est pas seulement celle des enfants. Cela touche aussi la formation des adultes: les conférences, et tout ce qui se fait dans les paroisses ou ailleurs dans le diocèse. Et il se fait de très bonnes choses. Je pense par exemple au Centre Ste-Ursule à Fribourg.
C’est une fonction énorme. Car il serait grave que la Parole de Dieu ne soit pas transmise.
La troisième tâche de l’évêque est celle du gouvernement de l’Eglise. Afin que l’Eglise soit un ensemble dynamique, cohérent, qui s’inspire du Christ. Et cela comprend la communion entre les fidèles.
Donc, c’est un ensemble de tâches assez vaste. Très vaste même, comme j’ai pu m’en apercevoir.
Mgr Farine: Pas vraiment, dans le sens où je suis déjà un évêque. Je remarque toutefois que certaines décisions sont signées, donc prises, par l’évêque seul. La réflexion a été faite ailleurs, dans des conseils ou par des collaborateurs, et la décision a été préparée, mais au bout du compte c’est l’évêque qui l’approuve.
Mgr Farine: A entendre ces nombreuses réflexions relatées par la presse ou exprimées lors de conversations, l’évêque devrait posséder toutes les qualités et toutes les compétences …
Mgr Farine: Mais l’évêque est d’abord un homme, avec ses qualités et ses limites. La façon dont il exercera sa fonction dépendra aussi de sa personnalité. Pour ma part, je relève qu’au départ il doit surtout aimer l’Eglise et la servir. Il est aussi, à son niveau, l’image de l’Eglise. Sa qualité de relation revêt donc également une réelle importance. Il doit être un homme d’écoute et de dialogue.
Mgr Farine: Bien entendu. Il doit gérer un nombre considérable de dossiers, parfois épineux, savoir s’organiser, déléguer et ne pas supporter tout le poids des difficultés qui lui parviennent.
Mgr Farine: Il s’agit là d’une facette incontournable de la tâche de l’évêque. Notre diocèse comprend quatre cantons avec une forte présence de l’Eglise réformée et, de plus en plus, d’autres communautés chrétiennes comme les orthodoxes. L’Eglise catholique de notre diocèse ne peut manquer le virage œcuménique. Et je citerais tout de suite après le dialogue interreligieux.
Mgr Farine: Absolument. Le dialogue avec les musulmans notamment prend de plus en plus d’importance en Suisse. Et cela ne touche pas que la dimension religieuse. La plupart des sujets abordés avec les musulmans concernent leur relation avec la société.
Mgr Farine: La société, en Suisse, s’est trouvée confrontée très rapidement à une forte augmentation de la présence de musulmans et a manifesté des réactions de méfiance ou de peur, ce qui est d’une certaine façon compréhensible. Mais ce sont des sentiments que nous éprouvons beaucoup moins dans les Eglises. Et il est vrai que lorsque nous nous sentons solides dans notre foi, une autre communauté religieuse n’apparaît pas comme un danger ou une « concurrence ». Nous avons développé, dans l’Eglise, une tradition de dialogue.
Mgr Farine: Le premier qui me vient à l’esprit est le fonctionnement des unités pastorales (UP), ces regroupements de paroisses qui ont été adoptés et mis en application ces dernières années sur l’ensemble du territoire diocésain. Car il ne s’agit pas seulement de regrouper des paroisses et d’organiser ce nouveau fonctionnement. Cette restructuration touche beaucoup plus en profondeur la pastorale dans les paroisses.
Pour l’instant, je suis émerveillé de voir que cela se passe plutôt bien. Cette nouvelle forme de pastorale a été assez largement acceptée et les gens se sont vraiment mis à l’œuvre pour que cela fonctionne le mieux possible.
Parmi les autres défis, je citerais surtout la pastorale de la famille, l’annonce de la foi dans un monde éclaté et de postchrétienté, puis comme nous l’avons évoqué avant, l’œcuménisme et le dialogue interreligieux.
Mgr Farine: C’est un problème réel, devant lequel je me sens démuni. Beaucoup de laïcs très valables et très bien formés se sont engagés comme agents pastoraux dans les paroisses, les services et les groupements. C’est un engagement très précieux et indispensable pour notre Eglise. Mais il est vrai que dans son fonctionnement, l’Eglise catholique ne peut se passer de l’engagement des prêtres.
Mgr Farine: Attention. Je ne suis pas contre une réflexion sur les conditions d’accès à la prêtrise. Mais je ne la lie pas à la crise des vocations de prêtres. L’Eglise réformée ouvre le ministère de pasteur aux femmes et aux personnes mariées, et elle se trouve quand même face à une crise des vocations. Je pense qu’il s’agit surtout d’une forme d’hésitation à s’engager au service total de l’Eglise, et pour toute sa vie. Pourtant, je peux vous dire que la vie d’un prêtre est passionnante. J’en fais chaque jour l’expérience.
Mgr Farine: Une réflexion avait été engagée à ce sujet il y a au moins 20 ans. Un projet proposait de partager notre diocèse en deux: Genève et Vaud d’un côté, Fribourg et Neuchâtel de l’autre. Mais je m’aperçois que cette réflexion a perdu de son actualité. La structure de notre diocèse – et la vie qui en découle – s’est renforcée durant cette dernière décennie avec le rassemblement de type synodal AD 2000 et les différents synodes diocésains qui ont suivi. Un partage de notre diocèse n’est donc plus vraiment à l’ordre du jour.
Mgr Farine: Je prends un pas après l’autre. Pour le moment, j’assume la fonction d’administrateur du diocèse tout en restant responsable du vicariat épiscopal à Genève. Mes journées sont assez remplies et je n’ai pas vraiment le temps de réfléchir ce genre de questions. Si je suis demandé par le pape pour devenir l’évêque du diocèse, j’aviserai à ce moment-là. BB
Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire à Genève et administrateur du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, est né le 31 mai 1940 à Locarno, au Tessin. Son ordination sacerdotale a eu lieu à Lausanne le 27 juin 1965. Il a été élu évêque auxiliaire à Genève le 12 août 1996 et son ordination épiscopale a eu lieu à Fribourg le 20 octobre 1996.
Actuellement Mgr Farine a la charge du dicastère «Mariage et Famille» de la Conférence des évêques suisses (CES) et il est le délégué de la Conférence des ordinaires de Suisse romande (COR) à l’apostolat des laïcs. Sa devise épiscopale est «Soyez toujours dans la joie!».
Les membres du Collège des consulteurs du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF) ont élu, le 26 septembre 2010, Mgr Pierre Farine administrateur diocésain, suite au décès de Mgr Bernard Genoud. Il gère temporairement le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg en attendant la nomination du nouvel évêque par le pape Benoît XVI.
(apic/bb)
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